Petits partis : se regrouperÂ… ou disparaître

Ils sont au nombre de 24. Pris ensemble, ils disposent d’un poids non négligeableÂ…
Â… Mais six grands partis contrôlent 90% des instances élues et communales.
L’USFP, une planche de salut pour la gauche; le PAM, le RNI et le MP, une solution pour les conservateurs.

Ceux qui ont prédit jusque-là la disparition des petits partis politiques se sont trompés. Ces petites formations sont toujours présentes, parfois même influentes sur la scène politique. Elles doivent cependant affronter le vent des alliances et des regroupements qui souffle actuellement sur la vie partisane. Car, depuis 2007, les choses semblent se corser. Le système politique et électoral devient difficilement accessible en raison des dispositions prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la balkanisation du champ partisan.
Pris ensemble, ils peuvent cependant savourer leurs ultimes performances. Lors des communales de 2009, quelque 24 petits partis ont remporté 2 886 sièges. Ils comptent aujourd’hui 60 députés à la Chambre des représentants et un nombre non négligeable à la Chambre des conseillers. Ils assurent la présidence de quatre conseils préfectoraux et provinciaux et de plusieurs communes.
Même si leur taille est petite, le rôle de ces formations est indéniable. Leur impact sur le champ politique est tel qu’elles parviennent à s’imposer parfois comme un acteur décisif, notamment aux niveaux local et régional. A chaque processus électoral, les élus de ces formations sont sollicités par les représentants des grands partis en quête d’alliés pour la présidence d’institutions comme les communes, les régions et les mairies. Leurs membres, souvent des notables, se révèlent, dans plusieurs cas, plus entreprenants et ils parviennent à mobiliser autour d’eux des alliances qui leur permettent de présider des communes. Aussi des partis ont-ils pu obtenir des sièges de conseillers parlementaires en dépit de scores plutôt modestes au niveau des communales et des élections professionnelles. Le cas du Parti de l’environnement et du développement durable (PEDD) est éloquent. Lors des dernières élections, il a réussi à placer quatre de ses membres à la Chambre des conseillers alors qu’il ne comptait que 106 conseillers communaux et 14 élus issus des scrutins professionnels. Un véritable exploit ! Le Front des forces démocratiques (FFD), le Mouvement démocratique et social (MDS), le Parti de la réforme et du développement (PRD) et le Parti travailliste (PT) ont chacun un président de conseil préfectoral ou provincial !

Des professionnels de la politique !
Ces «performances» sont-elles le fruit d’une dynamique politique et d’un ancrage au niveau de la société ? Pas sûr. En tout cas, les partis affiliés à la droite conservatrice, qui en constituent la majorité, sont présents au Parlement et dans la gestion des collectivités locales grâce à un professionnalisme acquis dans la pratique électorale. Le parti est une sorte d’enseigne qui ouvre ses boutiques dans les circonstances électoralistes. Objectif : assurer à leurs dirigeants (le zaïm surtout) une carrière et une couverture politique. Ces «boutiques» servent également à octroyer les accréditations à d’autres notables qui ont besoin de ce «visa» pour s’engager dans la course vers les sièges des communes ou du Parlement.
Quant aux petits partis qui ont une référence historique et idéologique, ils défendent plutôt un discours politique. Issus souvent de la gauche, ces partis ont acquis une force idéologique, à défaut d’un ancrage électoral. Il n’empêche que leur influence sur la scène politique est médiatiquement importante. «C’est Bensaïd Aït Idder, le patron de l’OADP, qui a été le premier à évoquer le sujet de la prison secrète de Tazmamart et c’est grâce à lui que ce sujet a été révélé à l’opinion publique. C’est aussi ces petits partis de gauche (le Parti travailliste de Benatiq en particulier) qui ont soulevé le grand débat autour du projet du code électoral en 2006 et précisément sur le seuil minimum de participation», rappelle Mohamed Hafid, militant de la gauche.
Mais, aujourd’hui, l’étau se resserre autour de ces petits partis, aussi bien ceux de la droite que de la gauche. Ils sont sérieusement menacés par les dispositions prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la balkanisation du champ partisan. Depuis 2007, l’Etat conditionne son aide financière au profit des partis politiques aux résultats de ceux-ci au niveau des élections (5% au niveau national lors des législatives). En même temps, il impose un seuil de participation aux élections : 6% aux communales et 3% aux législatives.

Le regroupement est inévitable
Ces mesures qui favorisent les regroupements sont une épée de Damoclès au-dessus de ces petites formations. Leurs effets sont déjà perceptibles puisqu’en 2007 et 2009, six grands partis contrôlent 90% des instances élues (communes et Parlement). C’est dire que l’option d’alliances et de regroupements est inévitable pour garantir leur survie en 2012. Les partis de la gauche s’y sont mis déjà. Le Congrès national ittihadi (CNI), le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti du progrès et du socialisme (PPS), le Parti socialiste (PS) et le Parti de l’avant garde socialiste (PADS) multiplient les tentatives de rassemblement. Le FFD et le PPS ont rencontré récemment les responsables de l’USFP pour examiner un possible rapprochement entre les trois partis. Il faut dire que le parti socialiste qui dominait jusque-là la scène politique, et qui connaît aujourd’hui des temps difficiles, pourrait se positionner en tant que noyau dur d’une éventuelle alliance de la famille de la gauche. Ne serait-ce que sur le plan du poids qu’il pourrait faire valoir vis-à-vis des autres grands acteurs de la vie politique.
Quant aux petits partis d’obédience conservatrice ou plutôt notable, ils seraient plus exposés aux dégâts des dispositions de l’Etat visant à lutter contre la balkanisation du champ partisan. Certains observateurs n’hésitent pas à conjecturer qu’ils sont en voie de disparition. «Ils auront du mal à survivre en l’absence de l’essence même de leur existence, à savoir le financement public», pronostique-t-on. Il existe cependant un autre scénario moins pessimiste : se fondre au sein d’autres grands partis de même métal. Le MP, le RNI et surtout le PAM seraient les mieux placés pour en bénéficier.