Partis : La saison des congrès est ouverte, mais quel est l’impact sur l’action politique ?

Une demi-douzaine de partis organisent leurs congrès. Une occasion pour un changement dans l’action partisane ?
La moitié des électeurs sont jeunes et sans préférence politique, il est peut-être temps de les convaincre à intégrer l’action partisane.

La saison des congrès démarre chez les partis politiques. Une demi-douzaine de partis organisent leurs congrès d’ici la fin de l’année. L’USFP a ouvert le bal, la semaine dernière, le RNI suivra le début du mois prochain. Une série d’événements majeurs dans la vie de tout parti politique qui laisse espérer, peut-être non pas un changement notoire de la classe politique, mais au moins un sensible renouvellement dans les bases et même les centres de décisions des partis. Le débat qui a accompagné les préparatifs du congrès de l’USFP autour du troisième mandat verse d’ailleurs dans ce sens. En laissant de côté le cas du premier secrétaire, si on y voit de plus près dans les changements apportés aux statuts du parti, on constatera que la possibilité de postuler pour un troisième mandat concerne surtout les instances dirigeantes aussi bien au niveau local que national. L’idée étant de faire en sorte que dans chaque instance siègent des militants chevronnés qui puissent encadrer et former les nouveaux arrivants. On retrouve là, bien sûr, l’une des missions principales des partis politiques mais également une confirmation que les dernières élections ont pu permettre d’injecter du sang neuf dans plusieurs formations.

Ce phénomène est d’ailleurs encore plus accentué chez le RNI dont la nouvelle dynamique lancée en 2016 lui a permis d’attirer beaucoup de profils qu’on a pu découvrir à l’occasion des dernières élections du 8 septembre 2021. Et justement comme, chez le RNI, les élections se préparent cinq ans avant, il vient justement de boucler les préparatifs de son prochain congrès qui devrait lui permettre de booster ses organisations afin qu’elles soient à nouveau prêtes pour les échéances à venir et, entre-temps, pour mieux mener leur mission d’encadrement et de formation des citoyens.

En parlant des prochaines élections, celles du 8 septembre ont démontré que le sort des prochaines élections est désormais entre les Marocains nés pendant les années 2000. C’est une tendance mondiale. C’est un indicateur non moins important, d’ailleurs selon Mostafa Yahyaoui, professeur universitaire et spécialiste en géographie politique, un électeur sur deux a moins de 35 ans et il n’est pas forcément politiquement encadré. Les mêmes élections ont montré que les préférences électorales chez une grande partie de l’électorat ont changé. Il n’est plus question de bassins ou réservoirs électoraux dans les villes et les grandes agglomérations urbaines comme il n’est plus question de vote politique, comme aimait à le mettre en avant le PJD. L’électeur de la fin de la deuxième décade du millénaire a plutôt tendance à voter local. D’où l’importance du travail de proximité mené par certaines formations qui s’est d’ailleurs révélé payant.

C’est justement ces jeunes qui ne s’intéressent pas à une couleur politique donnée, mais au travail que les partis peuvent réaliser sur le terrain qu’il faut convaincre aujourd’hui à faire le pas de l’action partisane.  Cela dit, en perspective de la tenue, les 4 et 5 mars prochain, de son 7e congrès national, le RNI a organisé 53 congrès provinciaux dans toutes les régions du Maroc. A terme, il devrait tenir 82 congrès au total dans moins d’un mois. Et comme il a été souligné au sein du parti, aujourd’hui, le RNI a marqué deux chemins importants sur la scène politique. Le premier, porte sur la pérennisation de la dynamique partisane, fondée sur une action au diapason des enjeux du champ politique. Quant au second, il se rapporte à la consolidation de la démocratie interne et au renforcement de la contribution permanente des institutions du parti aux différentes étapes organisationnelles.

En plus du RNI, l’Istiqlal est le deuxième grand parti qui s’apprête à organiser son congrès. Lors de la dernière réunion de son conseil national, il a été précisé que le prochain congrès, le 18e, se tiendra dans les délais prévus par la loi. Si tout va bien, et il n’y a pas une raison pour qu’il n’en soit pas ainsi, le parti réunira sa grand-messe en juillet prochain. L’équipe actuellement aux commandes a su prouver l’efficacité de sa stratégie organisationnelle. Le parti était divisé et presque au bord de l’éclatement à la veille du dernier congrès –on se rappelle tous comment le 17e congrès a été assombri par des scènes de jets d’assiettes de chaises et d’échange d’insultes-.

Aujourd’hui non seulement la direction a pu ressouder les rangs de la formation, mais elle a été l’artisan de sa percée électorale. Un sacre électoral qui s’est traduit par le changement de positionnement politique du parti, passant de l’opposition à la coalition gouvernementale. C’est dans ces conditions que les militants sont appelés à renouveler les instances décisionnelles et exécutives et les organisations parallèles de leur parti.

Pour le PJD, dans les conditions actuelles, marquées par un désistement général au niveau du parti et de ses organisations parallèles, l’organisation d’un congrès national ordinaire n’est, semble-t-il, pas une priorité. Quant aux autres formations de l’opposition, le MP devrait organiser son congrès vers la fin de l’année. C’est le cas également de l’UC et, éventuellement, pour le PPS et le FFD. Mais en termes d’intégration de nouveaux encartés, c’est plutôt des partis de la majorité qu’il faut attendre beaucoup. Les trois formations dominent, en effet, pratiquement toutes les instances élues, ce qui, en toute logique, ne ferait qu’augmenter leur pouvoir d’attractivité.