Nouveau modèle de développement, ce que proposent les partis politiques

Réformes institutionnelles, une économie inclusive et transparente, mais aussi la culture et les valeurs, parmi les propositions des partis. A de rares exceptions près, aucune formation n’a proposé des mesures concrètes, chiffrées et avec un échéancier. En moins de quatre semaines, la CSMD a reçu les partis, les syndicats, des associations et a même tenu des réunions avec des étudiants et de simples citoyens.

Depuis le 24 décembre dernier, la CSMD a décidé de procéder à l’écoute des institutions et des forces vives de la nation. C’est ainsi que les partis politiques, toutes tendances confondues, ont été invités à exposer leur vision du nouveau modèle de développement selon un programme bien défini. Ce marathon, étalé sur plusieurs semaines, inclut, bien sûr, les partis politiques, mais aussi les syndicats, le secteur privé, les associations et même les étudiants et les simples citoyens, surtout dans les zones reculées. Dans ce dernier cas, il s’agit d’une série de réunions de terrain pour écouter les citoyens et les différentes composantes de la société marocaine «dans l’optique de consolider l’esprit d’interaction et d’ouverture qui caractérise son travail». Tout cela, pour reprendre l’expression consacrée, «dans un esprit d’ouverture et de construction commune». Cette écoute, voulue large et ouverte par la commission, «vise à recueillir les contributions et les avis des parties sollicitées en vue de l’élaboration d’un modèle de développement». Deux ans plus tôt, le 13 octobre 2017, le Souverain appelait, dans le discours d’ouverture au Parlement, «à ce que soient associés à ce processus de réflexion l’ensemble des compétences nationales, des acteurs sérieux et des forces vives de la nation». Certains partis se sont aussitôt mis à la tâche. Le RNI, par exemple, est l’une des premières formations qui s’est inscrite pleinement dans cet exercice. Une concertation interne a été menée auprès de quelque 13000 membres et une autre, externe, a ciblé des milliers de citoyens à travers le pays. Ce qui a permis de dégager les axes considérés comme prioritaires par les personnes sondées. Ce large «brainstorming» a d’ailleurs permis la rédaction de «La voie de la confiance, au service d’un nouveau modèle de développement», un document de 188 pages dans lequel le parti expose, chiffres et mesures concrètes à l’appui, sa vision du nouveau modèle de développement.

Ecole, hôpital et emploi pour tous les Marocains

C’est ainsi que le RNI a élaboré sa contribution à cette réflexion nationale en prenant comme axe pour le nouveau modèle de développement les secteurs de l’enseignement, de la santé et de l’emploi. Le RNI souligne donc dans son exposé devant la commission, que «l’emploi, la santé et l’éducation devraient être érigés en priorités pour construire un nouveau modèle de développement qui réponde aux attentes des citoyens et réalise les valeurs de cohésion sociale, d’égalité et d’égalité des chances dans la société». Selon la perception du parti, travailler sur ces domaines fondamentaux, qui revêtent une grande importance dans le processus de développement, «nous permettra de trouver des solutions efficaces à divers problèmes sociaux». Par ailleurs, la vision du modèle de développement du RNI découle de principes et de valeurs sociétaux basés sur l’écoute de la société et de ses aspirations. Selon le parti, «le système de valeurs qui encadre ce modèle repose principalement sur trois valeurs sociétales : l’égalité, la responsabilité et la cohésion sociale». Ce système de valeurs sera «le fondement d’une société où les citoyens jouissent des mêmes droits et ressentent le sentiment d’égalité et de cohésion sociale, et qui garantit à tout citoyen des chances égales pour l’inclusion sociale».

La même idée a été développée par le PAM dans sa proposition du nouveau modèle de développement, insistant, lui, sur «la nécessité de mettre en place un contrat social s’inspirant des valeurs et des principes énoncés dans le texte et l’esprit de la Constitution, ainsi que dans le système international des droits de l’homme dans lequel le Maroc est engagé en vertu d’un certain nombre d’accords et de traités». En d’autres termes, pour cette formation, «le nouveau modèle de développement doit non seulement répondre aux problèmes économiques, mais également apporter des réponses au système de gestion de la chose publique dans ses différentes dimensions». Le PAM propose, en ce sens, des suggestions et recommandations relatives au renouvellement du modèle politique et institutionnel, en appelant au lancement d’une nouvelle génération de réformes. Le nouveau modèle devra, de ce fait, prendre en compte les dimensions liées à la culture, aux valeurs et à l’identité.

Plus jamais de rente ou de privilèges

S’attardant sur les réformes politiques et institutionnelles, l’USFP a élaboré sa vision du nouveau modèle autour de cinq principaux axes. Outre le pilier institutionnel, il s’agit des axes économique, social, sociétal et culturel. Mais le plus important est sûrement le renforcement de la démocratie «en tant que condition essentielle pour la réalisation du développement». L’USFP a ainsi présenté plusieurs propositions dans le cadre de l’axe institutionnel, notamment en ce qui concerne la garantie de l’équilibre des pouvoirs et de l’acquittement de leurs rôles conformément à la Constitution, le parti considère «fondamentale» la question de la modernité, tout comme la question de l’égalité, qui permet à la moitié de la société de jouer pleinement son rôle.

Quant à l’Istiqlal, il a élaboré ses propositions principalement autour de la question économique, appelant à «rompre avec l’économie de rente et à adopter une gouvernance efficace». Il est clair que, pour ce parti, le nouveau modèle de développement «doit rompre avec l’économie de rente et des privilèges et adopter une gouvernance basée sur l’efficacité et la globalité». En développant un peu plus sa vision, le doyen des partis politiques marocains estime qu’il «est important de se focaliser sur la rupture liée au passage d’une société de l’économie de rente et de privilèges vers une société où tous ses membres jouissent des mêmes droits et obligations», ainsi que sur le «passage de la gouvernance basée sur le clientélisme et le favoritisme vers une gouvernance basée essentiellement sur l’efficacité, le ciblage, la globalité et l’inclusion dans les politiques appliquées». Comme les autres formations, l’Istiqlal a également souligné l’importance de mettre l’accent, lors de la conception du nouveau modèle, sur «le renforcement de la cohésion sociale et la réduction des disparités territoriales et sociales». En outre, cette formation a mis l’accent sur la nécessité d’investir dans les ressources humaines et de renforcer les capacités des entreprises, des institutions, des partis politiques, de la société civile et des syndicats.

Pour des investissements créateurs d’emplois

Dans le même ordre d’idées, l’UC juge, lui, nécessaire d’orienter les investissements publics de manière à générer plus d’emplois. Pour cette formation de la majorité, le nouveau modèle en cours d’élaboration «doit prendre en compte la nécessité d’orienter une grande partie des investissements publics vers les secteurs productifs et pourvoyeurs d’emplois». Il est primordial, estime le parti, de reconsidérer certains aspects du développement au Maroc, de façon à orienter les investissements publics, destinés jusqu’ici dans leur majorité aux infrastructures de base, vers les secteurs productifs. Ainsi, la réservation d’une grande partie des potentialités de l’investissement public aux secteurs productifs «permettrait la création de davantage d’emplois, en faveur surtout des jeunes». Le Maroc, estime l’UC, est confronté aujourd’hui à une grande pression sociale née du chômage qui touche certaines grandes villes et leurs agglomérations. Naturellement, et c’est pratiquement une constante pour tous les partis : des réformes institutionnelles s’imposent d’elles-mêmes. L’UC ne déroge pas à la règle, il n’a pas manqué de mettre l’accent sur «la nécessité d’une révision institutionnelle de certaines lois, y compris les lois électorales et constitutionnelles, en vue de disposer d’outils qui favoriseraient la mise en œuvre du nouveau modèle de développement, une fois élaboré, aux niveaux central et local». A cet égard, la délégation a relevé aussi l’importance d’adopter une démarche participative qui implique les collectivités territoriales et régionales, ainsi que les autorités centrales.

Au delà des investissements, pour le PPS, l’important c’est d’adopter une croissance économique rapide, stable et productive. Cela en luttant, notamment, comme l’a d’ailleurs soulevé l’Istiqlal, contre «les politiques publiques de rente, en optant pour une économie nationale transparente» et, comme l’a souligné l’UC, «une industrialisation créatrice d’emplois, de richesse et de valeur ajoutée». Le parti suggère, en plus, de considérer l’environnement comme «un axe essentiel dans la protection des richesses». Le PPS a, par ailleurs, mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la gouvernance, de réformer la justice et de garantir un climat propice au travail et aux affaires, «en luttant contre la corruption». Mais au delà de tout cela, «le nouveau modèle de développement doit se baser, en principe, et conformément à la vision du parti, sur l’individu en le plaçant au cœur du processus de développement». Bien sûr, le PPS a également mis l’accent sur la nécessité de prendre en compte les valeurs, ainsi que les dimensions culturelle et sociétale dans le processus de développement, notamment «en reconsidérant la civilisation et le patrimoine marocains et en donnant à la culture l’importance et le poids qu’elle mérite en en faisant un secteur productif».

Tout passe par le développement du monde rural

Reprenant ce dernier aspect, celui des valeurs, mais pas forcément selon la même logique et encore moins sous le même angle, le PJD estime que c’est la clé du nouveau modèle de développement. «Nous ne pouvons envisager un nouveau modèle de développement distingué, qui rompt avec les dysfonctionnements du modèle actuel et ses limites, sans se référer aux valeurs sociétales inclusives et authentiques», souligne le parti islamiste au pouvoir. Le PJD propose même «d’aller de l’avant et jusqu’au bout» dans le choix démocratique et de renforcer le système de gouvernance. Le parti n’a pas fourni plus de détails. Et ce, contrairement au MP qui va droit au but en insistant sur l’importance de venir à bout des disparités territoriales et de développer le monde rural. Le Mouvement populaire a fait du développement rural et des zones montagneuses son credo depuis très longtemps. Ce n’est donc pas étonnant qu’il érige en priorité l’élimination des disparités territoriales et le développement du monde rural. Pour lui, le développement global et inclusif passe inéluctablement par le développement du monde rural. De même, le parti, membre de la majorité, accorde une importance particulière à la culture et à la généralisation de la langue amazighe, «deux éléments qui contribuent à la dynamique de développement». Le MP a en outre mis l’accent sur l’importance de renforcer le rôle des collectivités territoriales et de la Région dans le processus de développement, insistant sur la nécessité de permettre aux régions de s’acquitter de leur rôle en matière de développement, en particulier dans le cadre de la régionalisation avancée. Naturellement, la CSMD ne s’est pas limitée à écouter les propositions, ou pour être plus précis «les exposés», des grandes formations politiques représentées au Parlement. La Commission a, en effet, reçu dans son siège les responsables de pratiquement tous les partis politiques légalement constitués. Mais, et c’est un constat général, pratiquement aucun parti n’a proposé des mesures concrètes chiffrées et accompagnées d’un échéancier. Pourtant, les formations politiques avaient bien été appelées à se doter de compétences capables de relever pareil défi. Rappelons à ce propos que le Souverain avait appelé, lors du discours d’ouverture au Parlement, le 12 octobre 2018, à «une augmentation du soutien public accordé aux partis, en veillant à ce qu’ils en allouent une fraction aux compétences qu’ils mobilisent pour des missions de réflexion, d’analyse et d’innovation». Et ce, afin de les inciter à rénover leurs méthodes de travail dans le but de rehausser leur performance.

En guise d’entrée en matière, la FGD appelle à des «réformes profondes» pour réaliser la justice sociale. La vision de ce petit parti de l’opposition (deux sièges) repose sur l’adoption de préludes à même de «sortir le Maroc de la crise complexe qu’il connaît». Il s’agit d’opérer des ruptures et d’engager des réformes profondes qui s’appuient sur le respect des droits de l’homme et les libertés et qui contribuent à l’instauration d’un «climat de confiance et d’éclaircie politique» dans le but de bâtir une société démocratique moderne où se réalise la justice sociale. Pour la FGD, il faut également tenir compte des volets politique et économique pour jeter les fondements d’un nouveau modèle économique sans pour autant perdre de vue les volets éducatif et culturel avec un accent particulier sur la résolution de la problématique de l’enseignement et de la recherche scientifique.

Pour sa part, le Parti de la gauche verte (un siège, majorité) appelle à inclure l’environnement dans le nouveau modèle de développement. Ce nouveau modèle doit, en effet, «prendre en considération la dimension écologique et s’intéresser à l’Homme, qui se veut le garant du succès de tout projet de développement». Le PGV a, en outre, mis en exergue le rôle de la mise en œuvre effective des politiques territoriales et des plans de développement qui prennent en compte l’étude de l’impact environnemental sur les projets de développement.

Quant au PUD (un siège, majorité), sa vision repose sur la justice et la lutte contre la corruption. Pour ce parti, le nouveau modèle doit être équitable et exiger une mise en œuvre sur le terrain. Il doit se baser sur la lutte contre la corruption sous toutes ses formes, l’instauration d’une justice sociale et la résolution des problèmes auxquels fait face le citoyen, tout en rétablissant la confiance dans l’action politique et partisane et dans les institutions.

Enfin, pour le MDS (trois sièges, majorité), sa perception concernant le nouveau modèle de développement repose sur quatre piliers fondamentaux à même de permettre l’implémentation des politiques publiques et le changement du quotidien du citoyen marocain. Il s’agit, notamment, de la consolidation du chantier de la régionalisation avancée tout en mobilisant les moyens pour atteindre cet objectif. Les autres piliers concernent l’investissement dans l’élément humain, étant donné le rôle essentiel qu’il assure dans tout programme de développement, tout en accordant de l’importance au secteur de l’éducation et de la formation. La concrétisation de ces objectifs nécessite la promotion du processus démocratique engagé par le Maroc, en plus de l’importance de se doter de partis forts et à la hauteur des attentes.