Mouvance populaire, élections, alliances… les petites phrases de Laenser

La fusion MP, MNP, UD aura lieu le 24 mars.
Aherdane président honorifique, Laenser secrétaire général
et Fadili président du conseil général.
Vers un renouvellement de l’alliance avec le RNI ?

Ça y est. Après moult péripéties et près de deux ans de tractations, les trois plus importants partis de la mouvance populaire ont décidé de sceller leur union. A partir du 24 mars, le Mouvement National Populaire de Mahjoubi Aherdane et l’Union Démocratique, dirigée par Mohamed Fadili, marqueront officiellement leur retour dans le giron du Mouvement Populaire, dirigé par l’actuel ministre de l’Agriculture, Mohand Laenser.

Alors que les réunions continuent, cette fois seulement pour peaufiner l’organisation de la grand-messe harakie, l’on apprend que le parti devrait garder le nom du MP, dont s’était détaché le MNP en 1991, de manière à éviter qu’une nouvelle appellation laisse croire «à la création d’un nouveau parti et à l’abandon des valeurs sur lesquelles se fonde l’action du Mouvement Populaire depuis près de 50 ans», explique M. Laenser.

Cela faisait un moment déjà que le processus était enclenché, mais de retards en gels purs et simples, la fusion prenait par moments des allures de monstre du Loch Ness. Pendant longtemps, les négociations avaient achoppé sur la proportion des différents partis dans les organes-clés de la nouvelle entité, chacun voulant que ses cadres soient le plus représentés possible. Au final, les négociateurs des trois partis auront décidé de laisser les militants trancher en désignant les responsables, quel que soit leur parti d’origine: «Nous allons vers la fusion, donc nous n’avons plus intérêt à parler de quotas», explique Saïd Ameskane, membre du bureau politique du MP et coordinateur de la fusion. Rassurons-nous, pour cette première expérience en tant que parti unifié, les organisateurs auront prévu un bureau politique assez large (environ 35 membres) pour éviter les frictions, sachant que quelques sièges (environ 5%) seront attribués par les hautes instances du parti pour repêcher des personnalités influentes qui, pour une raison ou une autre, n’auront pas été élues.

Ainsi, la querelle des leaders, qui avait débouché sur la scission de la mouvance populaire, devait nécessairement, une fois enterrée, donner une nouvelle fusion. Désormais, et c’est un secret de Polichinelle, Mahjoubi Aherdane, fondateur du MP et du MNP, devrait se voir attribuer le poste essentiellement honorifique de président, tandis que son ancien dauphin, Mohand Laenser, se retrouvera à la barre. Quant à Mohamed Fadili, il sera président du conseil général, le seul qui ne sera pas invité à la fête étant le président déposé de l’UD, Bouazza Ikken, empêché in extremis – et par voie juridique – d’organiser un congrès exceptionnel à Marrakech le 18 mars. Expulsé, à l’instar d’Aherdane par Laenser à la fin des années 80, ce dernier ira-t-il jusqu’à créer un nouveau parti à son tour ? En attendant, avec environ 150 sièges au Parlement et plus de 5 000 autres au niveau des collectivités locales, le nouveau Mouvement Populaire devrait gagner assez de poids sur la scène politique pour revoir ses ambitions à la hausse dans le gouvernement qui naîtra à l’issue des législatives de 2007.

La Vié éco : Qu’apportera une fusion aux partis de la Mouvance populaire ?
Mohand Laenser : Nous pensons que c’est une évolution positive, qui va de paire avec les changements connus par le pays et ses institutions. Ce que nous appelons au Maroc la période de transition ayant trop duré, nous estimons qu’il faut passer à un fonctionnement plus orthodoxe des institutions en s’appuyant sur des forces politiques ayant un certain poids et pouvant assumer leurs responsabilités au sein du gouvernement ou dans l’opposition. C’est du reste dans ce sens que vont les invites de S.M. le Roi, à l’occasion de différents discours.

Comment s’appellera le nouveau-né ?
C’est une question que nous avons longuement débattue. Nous avons conclu que, du fait qu’il s’agit de réunir, à nouveau, des formations politiques issues du Mouvement Populaire, il est plus indiqué de conserver ce nom. D’autant plus qu’une nouvelle appellation pourrait laisser croire à la création d’un nouveau parti et à l’abandon des valeurs sur lesquelles se fonde l’action du Mouvement Populaire depuis près de 50 ans.

Il se dit que vous allez occuper le poste de secrétaire général du nouveau parti, qui sera présidé honorifiquement par M. Aherdane, tandis que M. Fadili sera à la tête du conseil général…
Au stade où nous en sommes (avant la tenue du congrès), il n’y a aucune répartition de faite. Certes, les nouveaux statuts prévoient les postes que vous citez, mais c’est au congrès qu’il reviendra de désigner les candidats auxquels il accordera sa confiance.

Le 16 mars 2006, Bouazza Ikken a annoncé la tenue d’un congrès extraordinaire de l’UD à Marrakech. Quel sera l’impact de cette annonce sur la fusion ?
Cet évènement n’a finalement pas eu lieu, le congrès annoncé ayant été interdit par un jugement. Mais il est certain que si la justice avait reconnu le droit à M. Ikken d’organiser ce congrès, nous serions revenus à un schéma précédent où la fusion ne concernait que le MNP et le MP.

Comment interprétez-vous le geste de M. Ikken ?
Nous considérons que c’est une affaire interne à l’UD dans laquelle nous n’avions pas à nous immiscer. En tant que formations politiques, nous traitons avec la direction de l’UD choisie par ses militants et disposant de la légitimité légale.

Les accusations portées contre M. Ikken à propos d’éventuels abus en matière de droits de l’homme y étaient-elles pour quelque chose ?
Absolument pas. Nous estimons que chacun est responsable de ses actes et qu’il est innocent jusqu’à preuve du contraire.

Cette fusion ramène dans le giron du MP des partis qui s’en sont séparés en 1991 et 1996. Comptez-vous réintégrer d’autres rejetons de la Mouvance Populaire tels que le Parti du Renouveau et de l’Equité, le Mouvement Démocratique et Social ou Al Ahd ?
Le Mouvement Populaire a été et restera toujours ouvert aux formations partageant ses valeurs et ses référents. Toutefois, nous avons choisi l’option de la prudence, en édifiant d’abord un ensemble homogène qui puisse avancer et ne pas être tenté par des retours en arrière. C’est pour cela que nous préférons consolider la fusion à trois avant d’aller plus loin. Si les scissions sont relativement «faciles», les fusions posent beaucoup plus de problèmes et nous ne voulons pas agir de façon précipitée.

Cette fusion fait de votre parti un poids lourd de la scène politique marocaine. Envisagez-vous quand même des alliances ?
Bien entendu, nous rechercherons des alliances avec les partis qui nous sont les plus proches. Ne serait-ce que pour aller dans le sens de la constitution de familles politiques homogènes. C’est pour nous une orientation stratégique quels que soient nos résultats électoraux.

Avec qui ? Le PJD semble à la mode ces derniers temps…
C’est prématuré. Tout dépendra de la carte politique qui sera issue des prochaines élections. De plus, ce ne serait pas la première fois que nous formerions une coalition avec le RNI. Cependant, pour le moment, nous n’avons pas encore abordé la question des alliances, la priorité étant à la fusion.

Et le RNI, pas trop éloigné politiquement ?
Le RNI est un des partis avec lesquel nous avons beacoup de points communs. Ce ne serait pas la première fois que nous formerons une coalition avec lui. Mais pour le moment, la priorité est à la fusion. La question des alliances viendra après.

Quelle est votre position par rapport à la Koutla ?
La composition de la Koutla est assez complexe. Nous avons, certes, été au gouvernement avec l’Istiqlal dans le passé et, aujourd’hui, avec la Koutla, mais nous estimons que c’est le schéma de coalition qui viendrait après tous les autres si nous voulons, réellement, entamer un véritable parcours d’alternance avec une majorité et une opposition visibles. Ceci étant, c’est la nouvelle carte politique qui commandera les futurs rapprochements.

Peut-on espérer un retour au Wifak ?
Le Wifak n’est pas mort, mais je pense qu’aujourd’hui, s’il devait être redynamisé, il faudrait qu’il se fonde dans des alliances plus larges.

Quelles sont les concessions que votre parti est prêt à faire à ce niveau ?
C’est une question prématurée. Nous aviserons, le moment venu, sachant qu’une alliance ou une coalition se fait autour d’un programme qui intègre le maximum de visions communes.

Quelles ont été les principales réalisations du MP, du MNP et de l’UD au sein du gouvernement actuel ?
L’UD soutient le gouvernement et n’y est pas représentée. Le MNP et le MP sont sous-représentés. Ces seuls éléments m’amènent à dire que l’une des principales réalisations de la Mouvance est d’avoir démontré qu’elle place l’intérêt général au-dessus de ses intérêts propres. Maintenant, sur le plan du bilan gouvernemental qui est un tout, je dois dire qu’il est globalement positif. Dans les départements dont nous avons la charge, nous nous sommes attachés à respecter les engagements de la déclaration gouvernementale, même si nous n’avons pas été choyés en matière de moyens. Que ce soit dans l’agriculture et les pêches, dans l’énergie et les mines, dans la formation professionnelle, le commerce extérieur ou le développement rural, nous avons fait aboutir des dossiers en souffrance, nous avons engagé des réformes et nous avons amélioré les indicateurs. Cependant, l’action gouvernementale est un tout et on ne peut isoler un domaine et l’évaluer séparément.

Après les élections de 2007, quels sont les portefeuilles où votre nouveau parti sera le mieux placé pour agir ?
Ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué !

En cas de majorité, votre parti entend-t-il revendiquer la primature ?
Je pense que le parti ou la coalition majoritaire s’attendra légitimement à conduire le gouvernement, dans le respect de la Constitution. Nous savons que la situation actuelle est la conséquence d’une absence de majorité significative. De plus, ce serait aussi une caractéristique du fonctionnement orthodoxe des institutions.

Mohand Laenser Secrétaire général du Mouvement Populaire
Si les scissions sont relativement faciles, les fusions posent beaucoup plus de problèmes et nous ne voulons pas agir de façon précipitée.