Maroc-Israël, un an après la reprise des relations

Washington continue d’adhérer pleinement et de soutenir avec force l’accord tripartite signé le 22 décembre 2020. En un an, les relations entre le Maroc et Israël ont connu une dynamique aussi forte qu’inattendue.

En une année après la reprise, les relations entre le Maroc et Israël ont connu un développement aussi fulgurant et profond qu’inattendu. De la recherche et l’innovation au domaine militaire, du tourisme à l’agriculture, de l’industrie à la biotechnologie…, les relations entre les deux pays n’ont pas de limite, ni d’horizon fixe. Tout a commencé il y a exactement une année, le 22 décembre 2020, avec la signature officielle de l’accord tripartite Maroc-USA-Israël, en foi de quoi les Etats-Unis reconnaissent également la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son territoire saharien. Avec bien sûr toute l’évolution positive que la question a connue, depuis, notamment au sein de l’Onu et du Conseil de sécurité. Ce jour-là, une voie est ouverte sur la pleine coopération entre les deux pays, un élan sans précédent a été donné aux rapports entre les trois pays dans différents domaines. Concrètement, la reprise des relations entre les deux pays a donné lieu à la signature, progressivement, de plus de 20 accords couvrant divers domaines, à l’ouverture et la mise en marche de représentations diplomatiques, à la création d’une plateforme pour le dialogue et la coopération impliquant cinq groupes de travail sectoriels, à l’ouverture de canaux de communication entre les communautés des affaires et le lancement de vols directs opérés par les compagnies aériennes des deux pays. En parallèle, la coopération Maroc-USA, déjà élevée au rang de partenariat stratégique majeur aux contours multiformes (politique, économique, sécuritaire, etc.) s’est nettement renforcée au cours des douze derniers mois. Elle le sera sans doute encore plus dans l’avenir. Faut-il souligner qu’à Washington, le rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël a encore une fois été qualifié, il y a à peine quelques jours de «tournant» qui «a approfondi des liens historiques existants». Plus encore, dans une récente déclaration du Département d’Etat, l’accord maroco-israélien est considéré non seulement comme un élément positif pour Israël et le Maroc individuellement, mais aussi «un élément vraiment important pour atteindre nos objectifs stratégiques». Washington n’a, par ailleurs, pas manqué de rappeler que tout récemment Israël et le Maroc ont signé un protocole d’accord de coopération en matière de défense.

Il faut dire que depuis la signature de cet accord tripartite, il y a un an, les choses se sont accélérées considérablement. En août dernier, à l’occasion de la visite du ministre des affaires étrangères et futur Premier ministre israélien dans notre pays, Nasser Bourita, le ministre des affaires étrangères, avait fait état de «perspectives prometteuses de coopération entre les deux pays». Trois mois plus tard, les deux pays ont signé un mémorandum d’entente historique à l’occasion de la visite dans le Royaume du ministre de la défense israélien. Un protocole d’accord, estime-t-on, qui est appelé à jouer le rôle de catalyseur de la coopération entre le Royaume et l’Etat d’Israël en termes de lutte contre le terrorisme, le partage de renseignements, la formation de groupes de travail ou encore la coopération industrielle. A en croire certains analystes, par cet accord, Israël compte profiter de l’expérience accumulée par les différents services de sécurité marocains dans la lutte contre le terrorisme, notamment contre des groupes comme Al Qaida et Daech. Le mémorandum d’entente devrait, en contrepartie, profiter à l’industrie marocaine de la défense actuellement en phase de démarrage, qui pourra tirer un grand profit de transfert de technologie de l’industrie d’armement israélienne.

Cela dit, bien avant cette visite qualifiée, à tous les niveaux, d’historique, les deux pays s’étaient déjà engagés, en juillet dernier, à collaborer en matière de cybersécurité.

D’une manière globale, la reprise des relations entre les deux partis va plus loin, elle est à même de permettre l’émergence d’un nouvel ordre régional. C’est d’ailleurs le ministre Nasser Bourita qui a évoqué ce volet récemment en mettant justement en évidence la nécessité d’établir ce nouvel ordre régional, dans lequel Israël est partie prenante, plutôt qu’un «outsider dans sa propre région». Ce nouvel ordre régional, explique le ministre, ne doit pas être perçu comme étant contre quelqu’un,  mais plutôt pour notre bien à tous. De même, «il devrait être fondé sur une évaluation conjointe actualisée, mais aussi sur la manière de générer des opportunités favorisant la stabilité et le développement pour tous».

Bien évidemment, on ne peut pas évoquer cette reprise des relations maroco-israéliennes sans parler de l’autre partie de cet accord tripartite également pleinement engagée dans l’évolution que les choses ont connue depuis. Plus encore, bien au delà de cette entente régionale, il est même évoqué, ici et là, une plus forte intégration de Rabat dans l’axe tripartite Washington-Londres-Tel-Aviv. Une alliance, fait-on remarquer, qui se démarque par son pragmatisme qui se traduit sur le terrain par une «prédilection pour la realpolitik». Le virage qu’a connu récemment la diplomatie marocaine est sans doute une conséquence de cette nouvelle approche. Ce qui s’est révélé d’ailleurs payant. Les cas de l’Espagne et de l’Allemagne dont les relations avec notre pays ont souffert un coup de froid en sont l’exemple le plus concret.

Il va sans dire qu’au delà de ses dimensions économique, politique et militaire, la reprise des relations entre les deux a son côté humain indéniable. Cette dimension humaine dont l’une des manifestations fut l’inauguration récemment de vols directs entre les deux pays et l’enthousiasme que cela a suscité auprès des Israéliens d’origine marocaine et la fierté de leur attachement au Royaume et à la personne de SM le Roi vient en effet enrichir et consolider les accords conclus entre les deux pays. Bien entendu, cet élan qu’ont connu les relations institutionnelles entre les deux pays a été largement suivi par les milieux d’affaires. Des rencontres ont eu lieu entre le patronat israélien et les membres de la CGEM et la Chambre de commerce et d’industrie Maroc-Israël (CCIMI) qui vient à peine d’être constituée a déjà abattu un travail colossal pour préparer le terrain pour les opérateurs marocains et israéliens.