Maroc – Elections : Quatre scénarios, quatre types de gouvernements

Istiqlal-Gauche-PJD ? Droite libérale ? Islamistes ? Statu quo ? qui sera aux commandes après le 25 novembre ?

Istiqlal-Gauche-PJD : Socialistes et conservateurs pourront-ils faire bon ménage ?

Si l’Istiqlal arrive en tête, il est clair qu’il va chercher ses alliés dans la Koutla. Mais cela risque d’être insuffisant. Au sortir des législatives de 2007, la Koutla et la gauche totalisaient à peine 127 sièges sur 325, soit 39% des sièges. Il sera donc contraint de chercher des appuis ailleurs. Et c’est naturellement sur le PJD que devrait porter son choix, les deux partis  ayant une idéologie conservatrice. Le changement sera alors total. Numériquement, toutes ces formations réunies (Gauche, Istiqlal et PJD), ont remporté un peu plus de 53% des sièges en 2007.  
Du reste, il ne faut pas non plus oublier que, depuis l’annonce de l’alliance des quatre partis de la droite libérale, la majorité de Abbas El Fassi se trouve éclatée. En conséquence, l’Istiqlal et l’USFP auront de la difficulté à défendre certains points des lois électorales, une fois ces textes soumis au débat parlementaire. Pour les faire aboutir, il faudra composer avec le PJD. Cela reste une forte possibilité.
Il se pourrait aussi que l’alliance des quatre n’arrive pas à tenir et qu’au lieu du PJD, l’Istiqlal se tourne vers l’une des composantes de cette alliance, le RNI et le MP par exemple. Les deux partis se prétendant d’idéologie libérale centriste, donc assez proches de l’Istiqlal. Dans ce cas de figure, nous nous retrouverons dans la même composition actuelle du gouvernement. C’est-à-dire une majorité numérique, mais pas politique ou parlementaire au vrai sens du terme.

Droite libérale : Du libéralisme social au socio-libéralisme ?

Si le RNI ou le PAM arrivent en tête, c’est tout naturellement que le prochain gouvernement, ou du moins son ossature, sera formé par les partis de l’alliance des quatre (RNI, PAM, UC, MP). Si, en effet, les quatre arrivent à constituer une majorité confortable, le problème est résolu. Cela est d’autant plus probable que le MP intègre ce bloc flanqué des autres membres de la mouvance populaire, le MDS d’Abdessamad Archane, le PRE, devenu il y a quelques jours «parti du peuple», de Chaquir Achehbar, et d’Al Ahd de Najib Ouazzani avec lesquels il a scellé récemment une alliance politique. Pour ne s’en tenir qu’aux résultats des élections de 2007 (le PAM n’étant pas encore né), ces formations avaient remporté 120 sièges, soit 37% des sièges.
Au cas où ce bloc n’arrive pas à réunir une majorité confortable, l’USFP sera sollicitée pour renforcer l’équipe. Une option certes non envisageable, pour le moment, mais pas du tout impossible.
Pour l’heure, les quatre planchent sur un programme où se décline leur nouvelle identité construite autour du libéralisme social. Le scénario est d’autant plus séduisant que nous aurons à la fois une opposition forte et un gouvernement cohérent, avec en bonus l’image d’un pays démocratique puisqu’il aura consacré l’alternance au pouvoir, et un Istiqlal qui passe dans l’opposition. Une opposition conservatrice et un gouvernement socio-libéral, un scénario digne des pays les plus démocratiques.

Islamistes : Le Maroc est-il prêt pour un gouvernement à la turque ?

Si le PJD arrive en tête, il pourrait avoir des difficultés à trouver un partenaire. Si le RNI refuse de pactiser avec lui, le MP et l’UC ne vont certainement pas le faire. Et une alliance avec le PAM est exclue d’office, les deux partis ayant clairement déclaré leur refus de se rapprocher. La seule issue reste la Koutla. Or, comme le soutient ce membre de cette alliance vieille de 20 ans : «Ce scénario n’est pas actuellement à l’ordre du jour». S’il y a ouverture de la Koutla, ce sera en direction des autres partis de la gauche.
N’empêche, le même responsable politique n’écarte pas qu’une telle option sera d’abord soumise au débat au sein de la Koutla, avant de prendre position pour ou contre. Toutefois, il semble que la question a déjà fait le tour des instances dirigeantes de l’USFP. «La réflexion est assez avancée sur ce point, mais c’est encore tôt pour prendre une décision», soutient Hassan Tarek. Une alliance entre le PJD et l’Istiqlal, parti réputé pour son pragmatisme politique, est également possible.
Et si le PJD n’arrive pas à trouver des alliés, il sera contraint de déclarer forfait. Dans ce cas, ce sera au sein du parti arrivé deuxième en terme de nombre de sièges que sera choisie la personnalité appelée à former un gouvernement. C’est plutôt cette option que plusieurs sources privilégient dans le cas d’une victoire électorale du PJD. Celui-ci sera ainsi évincé dans le strict respect des termes de la nouvelle Constitution. Serait-ce cette perspective qui poussent certains de ses membres à parler de plus en plus ouvertement d’un boycott des élections ?

Statu quo : Un gouvernement El Fassi bis ?

Si aucun des trois camps, les libéraux, la Koutla et le PJD, n’arrive à constituer une majorité lui permettant de gouverner, nous nous retrouverons dans la situation qui a prévalu ces 13 dernières années. Soit un groupe de partis choisis après moult tractations qui sera invité à former le gouvernement et un autre groupe de partis qui se retrouve par accident dans l’opposition. Le pays n’en sera pas plus avancé et bonjour les enlisements, les aberrations, voire les crises politiques.
Une chose est sûre déjà, il est impossible d’aboutir à un gouvernement dans lequel se côtoient le PJD et le PAM. Il sera également difficile d’envisager par exemple un gouvernement, dont l’ossature sera formée du PJD et de l’USFP et les autres partis de la gauche. C’est antinomique. Il se peut, à la rigueur, que le pragmatisme politique et «l’intérêt de la nation» veuillent que l’Istiqlal se retrouve côte à côte aux commandes des affaires du pays avec le PJD ou le PAM.
Selon Mohamed Darif, politologue, malgré les réticences de l’USFP, un scénario dans lequel les socialistes côtoient le PAM dans le gouvernement n’est pas à écarter complètement.
Après tout, l’un des deux courants politiques qui forme le PAM n’est-il pas constitué de personnalités de la gauche ? Et puis, il ne faut pas non plus oublier que dans des déclarations relativement récentes, certains dirigeants de l’USFP ont souvent fait référence au rapport du Cinquantenaire et recommandant l’IER comme formant partie du programme politique de l’USFP, soit la même base politique que revendique le PAM.

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