Lutte contre le terrorisme : Le Maroc plus vigilant

Le Royaume a très tôt pris conscience de la nécessité d’intensifier ses efforts pour barrer la route à  ce phénomène en adoptant une stratégie préventive unique en la matière. Cette stratégie de dé-radicalisation se base sur le triptyque suivant : la sécurité religieuse, la prévention sécuritaire et le développement humain.

ai 2014, le nouveau délégué de l’administration pénitentiaire, Mohamed Saleh Tamek, a été invité à Washington à s’exprimer sur la lutte antiterroriste au Maroc. Devant un parterre d’intéressés, le responsable marocain s’est longuement attardé sur l’approche multidimentionnelle qui a permis au Maroc de se prémunir du danger terroriste. Une approche singulière basée sur plusieurs fondements. Il s’agit d’abord d’une stratégie mise en place par le Maroc pour la prévention et la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux dans le but d’éradiquer ce fléau qui menace non seulement le Maroc, mais toute la région du Maghreb et du Sahel. Ainsi, et au-delà de la vigilance sécuritaire qui a permis d’anticiper d’éventuelles attaques terroristes, le Maroc a très tôt pris conscience de la nécessité d’intensifier ses efforts pour barrer la route à ce phénomène en adoptant une stratégie préventive unique en la matière. Cette stratégie de dé-radicalisation se base sur le triptyque suivant : la sécurité religieuse, la prévention sécuritaire et le développement humain. L’Institution de la Commanderie des croyants épargne au Maroc toute surenchère religieuse motivée politiquement. N’est-ce pas cette référence religieuse marocaine basée sur le rite malékite et la doctrine achaarite, qui puisent dans les vertus de la modération et le juste milieu en toute chose, qui a de tout temps immunisé le Royaume contre les courants extrémistes. Cela ne saurait suffire sans l’engagement irréversible et volontariste du Maroc sur la voie de la consolidation des acquis démocratiques. L’approche marocaine a porté aussi sur la restructuration du champ religieux, dans le but d’assurer «la sécurité spirituelle» des citoyens contre les influences extrémistes qui sont étrangères aux spécificités millénaires de l’Islam marocain. En le domaine, le Maroc fait aujourd’hui objet de référence. Des pays de la région la plus exposée en Afrique ont voulu s’inspirer de cette expérience. Cette coopération vertueuse en matière religieuse a été inaugurée avec le Mali à travers notamment la formation au Maroc de pas moins de 500 imams maliens. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Niger, la Libye, la Tunisie et la Guinée Conakry ont sollicité le concours du Royaume pour faire bénéficier leurs imams d’une telle formation. Ainsi, des centaines d’imams issus de ces pays sont actuellement au Maroc. Le ministère des Habous qui supervise cette formation envisage de construire un institut dédié pour répondre à la demande de plus en plus croissante en la matière.
En plus de cette dimension religieuse, dont la finalité est de préserver la sécurité spirituelle des citoyens, le volet socio-économique a été largement investi. Des actions et des efforts intensifs et substantiels ont été déployés par le Royaume à travers notamment l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) dont l’un des principaux objectifs est la lutte contre la marginalisation et l’exclusion, ainsi que les politiques d’investissements et d’entreprenariat visant, entre autres, à encourager l’investissement étranger et la stimulation du marché de l’emploi.  La dimension sécuritaire, l’autre pilier de la lutte antiterrorisme, a connu une évolution remarquable. Prises au dépourvu lors des premiers attentant du 16 mai 2003, éprouvées par ceux de 2007, les forces de l’ordre ont pu développer, depuis, une nouvelle stratégie à essence foncièrement préventive. Le nombre des cellules terroristes démantelées, leurs natures, l’ampleur de leurs projets destructeurs en disent long sur le degré de maturité des forces de l’ordre dans la lutte contre le terrorisme.
Cependant, quel que soit le degré de leur vigilance, le défi que suppose l’étendue de la menace terroriste dépasse les moyens des forces de sécurité d’un seul Etat. C’est un phénomène international qui encercle tous les pays de l’Afrique du Nord, depuis la Somalie jusqu’au Nigeria, qui trouve son terreau de l’instabilité et les appels au séparatisme. Les groupes terroristes qui sévissent dans la région sahélo-saharienne font désormais cause commune avec les partisans du séparatisme, comme en témoigne l’engagement actif de pas moins de cent membres du Polisario au sein d’Al-Qaïda dans le Maghreb islamique (AQMI) et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Cette alliance est d’autant plus alarmante que les réseaux d’AQMI et du Mujao ont pris une si grande envergure qu’ils touchent aujourd’hui le groupe terroriste Boko Haram au Nigeria et celui des Chabab en Somalie. Seule une stratégie et une action internationale plus abouties en matière de lutte antiterroriste, en veillant à ce que les différentes franchises locales d’Al-Qaïda ne mettent à profit les soubresauts nés du «printemps arabe» pour s’implanter dans les pays de la région, et un engagement de manière résolue dans la promotion de la démocratie et des mouvements modernistes peut endiguer cette menace. Le danger, alimenté par les filières jihadistes actives dans les principaux foyers de guerre, continue toutefois de guetter notre pays.
Sur un autre registre, un travail d’harmonisation de la législation interne avec les engagements pris sur le plan international a permis au Maroc de se doter d’un cadre législatif approprié, réunissant la légalité de l’action et l’efficacité de l’intervention. Le Maroc dispose aujourd’hui d’une loi contre le terrorisme qui lui permet de lutter efficacement contre le phénomène sur le plan interne. De même qu’il dispose depuis peu d’une législation adaptée en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’arsenal juridique marocain s’est enrichi progressivement à mesure que la stratégie de lutte contre le terrorisme apporte ses fruits. D’abord, ce fut une loi contre le terrorisme, ensuite, l’adoption d’une loi sur le financement du terrorisme en mai 2003, d’une loi globale contre le blanchiment d’argent en vigueur depuis avril 2007 et enfin la mise en place d’une cellule de renseignements financiers en avril 2009. C’est pour dire qu’aujourd’hui, comme le notent les observateurs et partenaires internationaux du Maroc, notre pays dispose d’une stratégie antiterroriste exhaustive qui s’appuie sur des mesures de vigilance et de sécurité, la coopération internationale et des politiques contre la radicalisation. Les autorités marocaines sont parvenues à démanteler, d’une manière efficiente, plusieurs groupes et cellules terroristes à travers le renforcement de la collecte de renseignements, de l’action des services de sécurité et de la coopération avec les partenaires régionaux et internationaux.