Législatives : qui sera aux commandes après le 25 novembre ?

Le haut du podium se disputera entre l’Istiqlal, le PAM, le PJD et le RNI. Quatre scénarios sont possibles pour le futur exécutif. Le RNI et l’Istiqlal ont presque autant de chances de conduire le prochain gouvernement.

Qui de l’Istiqlal, du PAM, du RNI ou du PJD conduira le prochain gouvernement ? Difficile de prévoir avec une probabilité suffisamment élevée, la réponse à cette question à quelques semaines des prochaines élections législatives du 25 novembre. D’abord, parce que ce sont les urnes qui décideront, ensuite, parce que la scène politique n’est pas suffisamment claire pour que le jeu politique soit facilement déchiffrable. Mais, elle n’est pas non plus, et ce depuis quelques semaines, aussi opaque pour empêcher les analystes politiques de brosser des scénarios de l’après-élections. Vent du changement oblige, les partis ont pris les devants. Tout d’abord, avec les quatre formations de la droite libérale, le RNI, le PAM, le MP et l’UC, qui ont pris de court le champ politique en annonçant une forme, certes encore embryonnaire, d’alliance. Les quatre partis ont commencé par exiger la tenue des élections dans les plus brefs délais, avant que la date du 25 novembre ne soit annoncée. Ils ont ensuite affirmé leur intention de coordonner leur position concernant les textes électoraux, actuellement en concertations entre les partis politiques et le ministère de l’intérieur. Certains analystes politiques ont vu en cette sortie une réponse au PJD qui ne voit pas d’un bon œil la tenue, dans l’immédiat, des élections législatives anticipées.
Quelle que soit l’interprétation qui a été donnée à cette action, depuis cette annonce, le 12 août, les quatre partis n’ont cessé de se rencontrer, que ce soit au niveau de leur direction ou des commissions techniques créées ad hoc.
Après avoir peaufiné une position commune quant aux lois électorales, le prochain objectif sera un rapprochement au niveau des programmes électoraux et l’élaboration d’une vision commune pour le futur. En clair, l’alliance commence à prendre forme. L’étape suivante étant, selon Mohamed Ouzzine, membre du bureau politique du MP, que les quatre partis soumettent cette décision à leur parlementaires respectifs «pour que cela n’ait pas l’air d’une position imposée d’en haut mais d’une décision entérinée démocratiquement par les instances de chaque formation».
La première réaction ne s’est pas faite attendre. Dix jours à peine après cette annonce, la Koutla a tenu, elle aussi, une réunion de haut niveau, élargie aux membres des instances dirigeantes des trois partis qui la forment : l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. Le communiqué diffusé deux jours après cette réunion, qui a eu lieu dimanche 21 août, n’annonce rien de concret sinon que les trois partis sont «parvenus à un consensus au sujet du cadre général de certaines questions, dont le seuil électoral et le découpage électoral».

Le PJD se trouve isolé… pour le moment

C’est à ne pas s’y méprendre, c’est une réaction directe à la sortie du bloc libéral. «Il est vrai que la Koutla tient régulièrement ses rencontres, mais c’est se mentir de dire que cette dernière réunion n’est pas en rapport direct avec celle des quatre partis», reconnaît Hassan Tarek, professeur de sciences politiques et membre du bureau politique de l’USFP. Bref, quelle que soit la teneur politique qui lui a été donnée, cette réunion aura le mérite d’amorcer une redynamisation de la Koutla, et ce faisant, un début de clarification et de rationalisation du champ politique. En effet, confirme Hassan Tarek, «on note effectivement un certain dynamisme (de la Koutla) qui peut conduire à une alliance politique avancée». Pour sa part, Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS, estime que «si cela pouvait contribuer à une clarification du champ politique, c’est tant mieux. C’est d’ailleurs notre espoir». Confiant, il ajoute que «nous allons maintenir les efforts pour arriver à une position commune sur les lois électorales et amorcer une approche commune à l’égard du processus électoral et l’après-processus électoral». C’est à peu de choses près le même discours tenu par les protagonistes de l’autre alliance, celle de la droite libérale.
Nous sommes donc devant une configuration dans laquelle le PJD se retrouve isolé. Cela d’autant plus que, aux dires d’Abdelali Hamiddine, membre du secrétariat national du PJD, cette dernière sortie de la Koutla «manque de fermeté». Les islamistes s’attendaient sans doute à un message politique fort dans lequel se lirait, en filigrane, une possible entente Koutla-PJD, voire la naissance d’une «Koutla historique». C’est-à-dire un bloc formé de l’Istiqlal, de la gauche, conduite par l’USFP, et du PJD. Or, pour le moment, «il n’y a pas encore de contacts concrets en ce sens, mais cette hypothèse a bien fait l’objet d’une mûre réflexion aussi bien au sein de l’USFP que du PJD», commente Hassan Tarek, membre du bureau politique de l’USFP. C’est que le PPS et l’USFP s’investissent actuellement dans une autre mission : rassembler le puzzle de la gauche.

Pour les élections, ce sera chacun pour soi

Il n’empêche qu’un tel scénario (Koutla-PJD) aurait permis de sceller les alliances dégageant deux grands blocs qui formeront demain le gouvernement et l’opposition. Seulement, et comme le laissent entendre plusieurs acteurs et observateurs politiques, ni le mode de scrutin, ni la nouvelle loi sur les partis politiques ne favorisent la constitution d’alliances pré-électorales. Il ne faut donc pas s’attendre à un programme commun et des listes de candidats communes pour chacun des deux blocs. «Ce sera chacun pour soi, les vraies alliances électorales interviendront au moment de la formation du gouvernement», note Hassan Tarek.
Il n’en demeure pas moins que l’on peut déjà se faire, au vu de ces récentes tractations entre partis, une idée de quoi sera fait le gouvernement de demain. D’après le politologue Mohamed Darif, on peut déjà avancer, avec une faible marge d’erreur, que les quatre premières places seront occupées par l’Istiqlal, le PAM, le PJD et le RNI. «Probablement dans cet ordre même», précise-t-il. L’Istiqlal étant une machine électorale infaillible et le PAM ayant repris le poil de la bête après avoir fait le dos rond pendant ces derniers mois, le PJD, lui, compte sur un électorat discipliné qui sera certainement renforcé par les voix des sympathisant, salafistes modérés. Quant au RNI, il a pu mettre en place, depuis janvier dernier, des structures dans toutes les régions et compte sur le dynamisme de plusieurs de ses cadres.  
La composition et la nature du prochain gouvernement dépendront donc de qui de ces quatre partis remportera les élections. Quatre scénarios sont possibles. A priori, un Istiqlal ou un RNI arrivé premier ne pose pas de problème. Ce qui n’est pas le cas pour le PJD ou le PAM. La nouvelle Constitution ayant tranché définitivement cette question, le chef de gouvernement sera choisi parmi le parti ayant remporté le plus grand nombre de sièges. Et si le PJD arrivait en tête, il sera naturellement appelé à former le prochain gouvernement. Il peut chercher un appui auprès de la Koutla, ce bloc lui étant plus proche idéologiquement de par la présence de l’Istiqlal. Cela d’une part. D’autre part, un scénario dans lequel le PJD se retrouve avec le PAM aux commandes est tout simplement impossible. Mais l’hypothèse existe : celle où, faute d’alliés, le PJD ne puisse pas former sa majorité. Dans ce cas, c’est sur le parti arrivé deuxième que se portera le choix du Souverain pour nommer un chef de gouvernement.

Comme le PJD, le PAM ne serait pas bien vu à la tête du gouvernement

L’autre cas qui pose problème étant celui où le PAM arrive premier. Politiquement, le PAM a les cartes en main pour constituer sa majorité avec le RNI, le MP et l’UC, mais reste la perception. «Un tel scénario entraînera une déception de la population et de la classe politique et une perte de confiance dans le jeu politique», observe Mohamed Darif. Selon lui, cela risquerait dans le contexte de l’après-20 février de conforter la position des radicaux et nihilistes qui y verraient une tentative de l’Administration d’assurer une mainmise sur la scène politique. Sur le plan démocratique cependant le PAM aurait la légitimité des urnes et c’est ce qui compte après tout. Cela dit, le PAM, lui-même, a toujours soutenu que le fait de remporter les élections de 2012 (aujourd’hui de 2011) et conduire le gouvernement ne fait pas partie de ses priorités.
Pour éviter ce scénario quelque peu embarrassant, il se peut, pour des raisons tactiques, que le PAM appuie le RNI dans certaines circonscriptions pour que ce dernier puisse arriver en tête.
Les deux partis se retrouveront naturellement, après, dans le futur gouvernement. Auquel cas la Koutla et le PJD se retrouveraient dans l’opposition. Le pays aura ainsi gagné une majorité gouvernementale cohérente, un réservoir de cadres pour diriger les affaires et une opposition rodée et forte. Ainsi, le Maroc passera définitivement d’une alternance consensuelle qui n’a que trop duré, plus de 13 ans, à une normalisation politique dans laquelle les partis se relient au pouvoir.
Le troisième scénario est celui où l’Istiqlal arrive en tête. Le gouvernement issu des élections sera formé certainement autour de la Koutla. Seulement, cette dernière, même avec l’appui des petites formations de la gauche, risque de ne pas réunir le nombre de sièges nécessaires pour former une majorité confortable. Auquel cas, elle pourra faire appel au PJD. Ce qui suppose un gain immédiat en image pour le pays qui, pour la première fois, permettra aux islamistes d’accéder au pouvoir. Seulement, au sein même de la Koutla, on préfère ne pas avoir à envisager cette option. On espère plutôt que l’alliance libérale ne puisse pas tenir la route et compter dans ce cas sur l’appui du MP ou du RNI ou des deux formations réunies.
Le dernier scénario possible étant qu’un des partis arrivé en premier ne puisse former une majorité dans son propre camp. Les deux alliances ne tiendront plus et la future majorité sera tributaire des humeurs et ambitions politiques de chaque parti. Et ce sera un gouvernement «El Fassi-bis». Situation dans laquelle des partis qui n’auront pas été choisis pour faire partie du gouvernement se retrouveront, par accident, dans l’opposition. En définitive, nous nous trouverons, de nouveau, face à une majorité fragile et une opposition désarticulée.

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