Ils parlent de leurs espoirs et de leur désillusion

Merouane Touali Chercheur à l’Université de Liège (Belgique)
«C’était trop beau pour être vrai »
Cette annonce que les MRE allaient participer aux élections législatives de 2007, c’était trop beau pour être vrai. On ne pouvait pas parler d’élection, de représentation, de parlementaires, de sénateurs sans préparation logistique préalable sérieuse. Le découpage des circonscriptions électorales n’est pas fait, les instances compétentes en la matière, à savoir le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères, n’ont encore annoncé aucune mesure dans ce sens.
Certains ont eu un choc terrible. Surtout ceux qui avaient déjà entamé leur campagne. Même les partis politiques marocains y ont cru. On a assisté à un engouement sans précédent des présidents de partis pour les MRE, tout le monde a fait le déplacement, tout le monde a tenu le même discours. Tout cela a été vain.
Il reste donc un espoir auquel tout le monde s’accroche : le Conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger ! Un conseil consultatif certes, mais mieux vaut une voix cassée et chancelante qu’un silence sans lendemain.

Mohamed Hashas
Cadre informaticien, membre fondateur de l’Association des amis de Taourirt (AAT)
«Les Marocains de l’étranger sont capables de voter sans passer par un stade d’initiation»
Les citoyens marocains à l’étranger (CME) sont aussi capables de participer au processus électoral de 2007 sans passer par un stade d’initiation. Nous côtoyons les plus grandes démocraties de la planète, nous participons dans les différents pays d’accueil aux processus démocratiques soit par le vote soit par la représentation, de ce fait nous en connaissons les moindres subtilités.
Au moment où le gouvernement mise sur les hautes technologies pour faciliter le développement du pays, ce dernier nous refuse un droit constitutionnel sous prétexte que le MRE sera loin du Parlement. En contrepartie, il nous propose des sièges au Conseil économique et social! Mais le Roi, dans son discours du 6 novembre, n’a jamais parlé du CES. Nous estimons que le temps est venu de nous prendre en considération comme il se doit, c’est-à-dire comme des citoyens à part entière.

Mohamed Yassine Président délégué France-Maroc Plus
«Le report confirme l’unilatéralité des décisions de l’Exécutif»
Le discours royal du 6 novembre 2005 a donné un espoir aux ressortissants marocains à l’étranger de se voir enfin reconnus au sein de la citoyenneté marocaine. Or, depuis cette date, ils ne cessent de constater qu’ils ne sont pas associés à toutes les décisions les concernant dans le processus menant à cette reconnaissance. Ainsi, le report de la représentativité des Marocains résidents à l’étranger à une législature ultérieure et le projet de dahir relatif à la composition du Conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger (CSCME), confirment, une fois de plus, l’unilatéralité des décisions de l’exécutif. La réussite de tous les projets concernant le présent et le devenir de notre communauté à l’étranger exige l’association de ses membres à la réflexion et à l’élaboration de ces projets. Il est urgent d’instaurer un dialogue constructif avec cette communauté qui aspire à devenir aussi un partenaire politique et pas seulement économique.

Amar El Farissi Enseignant
«Les partis politiques marocains doivent comprendre qu’il est urgent de prendre la question des MRE au sérieux»
Décidément, les politiques marocains n’ont rien compris. Ils veulent notre argent coûte que coûte, mais ils ne veulent surtout pas que l’on se mêle de «leurs affaires». C’est d’autant plus navrant qu’aucune explication convaincante n’a été donnée à ce report. Nos voisins algériens arrivent à organiser des élections en France. Pourquoi pas nous ?
Il est temps que l’on se mobilise et que l’on force le gouvernement à revenir sur sa décision. Nous sommes suffisamment adultes pour prendre nos responsabilités. Et les MRE représentent une véritable chance pour le Maroc, y compris sur le plan politique car nous vivons dans une vraie démocratie, et par notre culture et notre savoir, nous pourrons donner un bon exemple. Le Maroc a besoin de toutes ses forces vives y compris celles qui sont à l’étranger. Les partis politiques marocains doivent comprendre qu’il est urgent de prendre la question des MRE au sérieux.

Abdessamad Filali Président de l’Association des jeunes euro-maghrébins
«Il faut élargir les prérogatives du Haut conseil pour qu’il devienne une force de proposition»
On ne peut que regretter cette décision prise unilatéralement par le ministère de l’Intérieur. Il aurait pu intégrer dans sa consultation les différents réseaux d’associations issues de la société civile qui se sont mis en place pour accompagner ce projet. Je conçois parfaitement la difficulté d’organiser des élections représentatives d’une communauté si dispersée, mais ceci ne devrait en aucun cas remettre en cause la participation de cette dernière à ces échéances afin qu’elle choisisse ses représentants.
Puisqu’il n’y aura pas de représentants des MRE au Parlement, il serait judicieux d’élargir les prérogatives du Haut conseil pour qu’il devienne une force de proposition, en plus de son rôle consultatif.