Huit ans de règne et beaucoup de changements

Les grandes lignes fixées dès les deux premières années du règne. Depuis, place au terrain.
Les priorités du Souverain : le développement économique,
la lutte contre le déficit social et les populations vulnérables.
Moudawana, INDH, IER, grandes infrastructures, habitat…, autant de projets
qui portent son empreinte.

Mardi 24 juillet, SM Mohammed VI inaugure l’Institut de formation dans les carrières de santé et le centre d’appareillage pour handicapés physiques d’Al Hoceima. La veille, toujours dans la même ville, il visitait une autre structure, destinée à la formation aux métiers du tourisme. Il enchaînera sur des séances d’examen de projets destinés à la mise en valeur de la ville dans les domaines du tourisme et de l’urbanisme, parmi lesquelles on notera le projet de pôle d’aménagement urbain Badis qui, avec ses 49 hectares, devrait permettre d’accueillir l’équivalent du tiers de la population de la ville. Plus tard dans la journée, il inaugurait la gare maritime d’Al Hoceima, destinée à faciliter le transit des Marocains résidents à l’étranger. Trois ans après le tremblement de terre qui a coûté la vie à plus de 600 personnes et détruit une bonne partie des infrastructures de la zone, Al Hoceima et sa région bénéficient d’une série de projets destinés à améliorer les conditions de vie de ses habitants. La ville, toutefois, ne constitue pas une exception par rapport au reste du pays. Depuis 1999, des visites similaires sont organisées à travers le Maroc : le développement des infrastructures, l’urbanisme, l’eau et l’assainissement, le tourisme, l’éducation, la santé, ou encore la lutte contre l’exclusion sont autant de domaines sur lesquels le Souverain prend régulièrement position dans ses discours depuis huit ans, et dont il vérifie l’application par des visites régulières sur le terrain.

1999-2001 : les grandes lignes de la politique M6
Flash-back. Le 30 juillet 1999, une semaine après le décès de feu Hassan II, le Roi Mohammed VI prononce son premier discours du Trône. Pendant les deux années qui suivront, face au vide laissé par son défunt père, le jeune roi multiplie les interventions aussi bien au Maroc qu’à l’étranger lors de rencontres politiques ou professionnelles. C’est aussi durant cette période que le Souverain accordera une bonne partie de ses entretiens à la presse étrangère. Autant d’interventions à travers lesquelles il déclinera les principaux axes de sa politique, lesquels seront détaillés au fil des années suivantes, parfois via des textes de loi, comme dans le cas de la nouvelle Moudawana ou encore de la loi sur les partis. «Nous sommes extrêmement attaché à la monarchie constitutionnelle, au multipartisme, au libéralisme économique, à la politique de régionalisation et de décentralisation, à l’édification de l’Etat de droit, à la sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés individuelles et collectives, et au maintien de la sécurité et de la stabilité pour tous», indiquait-il dès son premier discours. Et de préciser, à propos de son propre rôle : «En ce qui concerne les institutions constitutionnelles, notre tâche consistera à donner des orientations, de précieux conseils, et à jouer le rôle de l’arbitre qui est au-dessus de toute appartenance».
Une position qu’il réitérera d’ailleurs face à la presse étrangère. Dès sa première interview, accordée à la revue américaine Time et publiée en juin 2000, le jeune Souverain souligne la nécessité de développer un modèle démocratique propre au Maroc. Un an plus tard, il soulignera, lors d’un entretien avec le quotidien Asharq Al-Awsat (23 juillet 2001), sa volonté de laisser les institutions jouer leur rôle : «Chacun assume le rôle qui lui incombe. Les partis jouent leur rôle. Le gouvernement assume le sien. Moi aussi je remplis la mission qui est la mienne», indique-t-il, en ajoutant que, «s’agissant des affaires étrangères, de la défense, de l’intérieur, des affaires religieuses et de la justice, ce sont des prérogatives qui me sont dévolues constitutionnellement. Mais cela se fait, évidemment, en coordination avec le gouvernement». Conformément à ses déclarations, cette répartition des rôles ne l’empêchera pas de jouer un rôle d’arbitrage, comme à l’occasion de la réforme du Code de la famille, lorsqu’il passera outre le conservatisme d’une majorité de parlementaires pour renforcer les droits de la femme et de l’enfant.

Discours à la nation et bains de foule
Toutefois, dès ses premiers discours à la nation, SM Mohammed VI souligne que les besoins les plus urgents du pays vont au-delà du politique, mettant en avant le volet social mais aussi la nécessité de créer les conditions nécessaires au développement économique qui permettra son application effective. «Nous devons nous battre sur deux fronts, économique et social. La lutte contre la pauvreté et contre l’analphabétisme est un objectif prioritaire», indique-t-il au joural français le Figaro, en septembre 2001. «Développer les infrastructures, c’est d’abord amener l’eau et l’électricité. Revoir la politique agricole, c’est déterminer si la production marocaine doit être axée sur les céréales ou plutôt sur des produits agricoles à plus forte valeur ajoutée […]». De même, l’investissement, les infrastructures, l’électrification, l’accès à l’eau potable, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, l’assainissement, la réforme de l’Administration, le renforcement des collectivités locales, l’éducation, la lutte contre l’analphabétisme, la santé, l’intégration des handicapés sont autant de thèmes qui reviendront régulièrement dans les discours et l’agenda des visites royales au cours des années suivantes.

INDH, une occasion d’appeler à la rescousse la société civile
Deux évènements, les attentats de Casablanca, en 2003, et le lancement de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) en 2005, viendront toutefois modifier l’ordre des priorités que l’on voit apparaître à travers l’agenda des visites royales. En effet, au lendemain du 16 mai, la lutte contre le logement insalubre, la construction de logements sociaux, la réhabilitation des quartiers, l’extension des villes, la création de villes nouvelles prennent une importance considérable dans l’agenda des déplacements du Souverain. Idem pour les infrastructures routières et le transport, destinés à désenclaver les populations et renforcer le développement économique. De même, sur le plan social, l’on assiste à une multiplication des actions en faveur des tranches sociales les plus fragilisées. Ainsi, la santé, l’éducation, l’aide aux détenus, aux handicapés, de même que l’urbanisme ou du transport, occupent plus de place dans l’agenda des visites royales, et ce jusqu’à ce jour.
Lancée le 18 mai 2005, l’INDH, loin de contredire les actions menées jusque-là, vient surtout mettre en avant leur logique d’ensemble en organisant les différentes actions autour de trois axes : la lutte contre le déficit social via l’accès aux équipements et services sociaux de base, l’aide aux franges les plus vulnérables de la population et la promotion d’activités génératrices de revenus et d’emplois. Le projet est présenté par le Roi comme un chantier de règne, différent mais complémentaire de ceux de ses prédécesseurs : la libération du pays par feu Mohammed V et la mise en place des institutions sous le règne de feu Hassan II. Le lancement de l’INDH est aussi l’occasion d’appeler à la rescousse la société civile, dont bon nombre de projets se verront récompensés et soutenus par des visites royales et des dons de la Fondation Mohammed V.
Dans ce nouveau cadre, une série de thèmes, particulièrement constants dans les discours à la nation et les déplacements royaux depuis 1999, prennent une importance encore plus grande, tels que la santé, le Souverain multipliant, dans les villes et dans les campagnes, les visites d’hôpitaux, les rénovations et les lancements d’unités de soins et les distributions d’équipements via la Fondation Mohammed V.

Autre thème récurrent, l’éducation, mentionnée dans les discours à la nation dès 1999, fait l’objet d’une attention particulière : au-delà des opérations de lutte contre l’analphabétisme chez les adultes et de l’inauguration de plusieurs centres de formation spécialisés (diplomatie, tourisme, etc.), l’on remarquera un nombre important de visites royales dans des centres pour l’apprentissage de petits métiers générateurs de revenus, mais aussi et surtout un nombre important de Dar Talib et Dar Taliba, des maisons d’accueil pour étudiants en milieu rural destinées à réduire l’abandon scolaire. Les populations les plus fragiles – jeunes filles du monde rural, handicapés et prisonniers – sont également ciblées dans le domaine de l’éducation et de la formation.

Enfin, l’INDH, via son axe visant la génération de revenus, a aussi été accompagnée de visites royales dans des coopératives rurales, dont bon nombre se consacrent à la mise en valeur de produits du terroir.

Aujourd’hui, au-delà de ses multiples actions sur le terrain, le Roi a fortement réduit ses interventions médiatiques par rapport aux premières années de son règne : au-delà des traditionnels discours à la Nation prononcés à l’occasion de la Fête du Trône, de la Révolution du Roi et du peuple, de l’inauguration de la session parlementaire d’automne ou encore de la commémoration de la Marche verte, ses discours, messages et contacts avec la presse ont diminué au cours des trois dernières années. Toutefois, cette baisse a été compensée par une augmentation de la cadence au niveau de ses actions sur le terrain où il cumule aussi bien les inaugurations de grands projets autoroutiers que les visites de dispensaires ruraux ou de foyers pour jeunes filles, n’hésitant pas, au besoin, à sortir du protocole, voire à recourir à des visites surprises dont les médias se font l’écho par la suite. Huit ans après son intronisation, le Roi Mohammed VI semble bel et bien avoir imposé son propre style de gouvernance. Celui de l’action.