Hier acteurs d’une bipolarisation partisane, aujourd’hui ils sont quasi inaudibles

• Au PAM, une pétition signée par pas moins de 1.700 militants demande la réunion du conseil national. Au sein PJD un mouvement similaire exige la tenue d’un congrès extraordinaire.

Aeux deux le PAM et le PJD comptent près de 60% du nombre des sièges à la première Chambre. L’un étant à la tête du gouvernement et l’autre leader de l’opposition, ce qui fait qu’en théorie ces deux formations devraient animer le débat politique à coup de propositions et contre-propositions. Mais en théorie seulement, parce que la réalité est autre. Ces deux principaux acteurs d’une bipolarisation factice du champ politique sont aujourd’hui presque inaudibles. Sauf pour ce qui est de leurs conflits internes. De quoi se demander mais que se passe-t-il au sein des deux plus grandes formations au Maroc ? Difficile de répondre avec précision, les informations étant contradictoires selon les clans. Ce qu’on sait pourtant c’est que les deux formations, le PJD et le PAM, bouillonnent. Et ce, à moins d’une année des prochaines élections générales (locales, régionales, professionnelles et législatives) qui auront lieu en septembre de l’année prochaine. Au PJD, il ne se passe plus une semaine sans que les médias ne fassent état de nouvelles défections. Cela va de l’élu local et militant de base au député parlementaire et membre des instances dirigeantes. C’est partout au Maroc. Le PJD étant aux affaires dans beaucoup de grandes communes, certains dirigeants font l’objet de procédures judiciaires notamment mauvaise gestion, voire dilapidation des deniers publics. Le PAM ne fait pas mieux. Hormis bien sûr ce volet judiciaire. Depuis son dernier congrès, le 4e, tenu en février, la formation peine à unifier ses rangs. Ceux qui n’ont pas quitté le parti, ou du moins ont gelé leurs activités, sont en conflit judiciaire avec la direction. Autre point commun entre les deux formations. Au PAM une pétition signée par plus d’un millier de militants du parti a fini par atterrir sur le bureau de la présidente du conseil national, demandant la réunion, la première depuis le congrès, de cette instance décisionnelle. Le mouvement «La Ma7id» (sans intransigeance) qui revendique plus de 1 700 signatures, relève que rien ne devrait empêcher la tenue de cette réunion, aussi attendue que cruciale parce que nécessaire pour le parachèvement de l’installation des instances nationales du parti. L’alibi des mesures inhérentes à l’état d’urgence sanitaire ne tient plus au moment où certains partis ont pu tenir, grâce à l’apport des nouvelles technologies de communication, non seulement des sessions ordinaires de leur conseil national mais également, et c’est le cas surtout pour le RNI, un congrès national extraordinaire, comme le souligne le député et ancien chef du groupe parlementaire, Mohamed Aboudrar. Les signataires de cette pétition, datée du 13 novembre, demandent aussi, et accessoirement, la publication de la liste des membres du conseil national dont la composition est également contestée. Pour l’heure, la direction du parti a opposé une fin de non recevoir à ces deux demandes. Ce qui lui vaudrait certainement, selon le membre de «La Ma7id», un nouveau recours en justice. Dans tous les cas, la direction du parti, de plus en plus contestée, aura des difficultés à gérer cette période cruciale de préparation des élections avec toutes les complexités qu’elle suppose. Le bureau politique n’étant pas entièrement constitué selon les termes des statuts et règlement interne du parti, ce qui en fait une instance exécutive provisoire, fait exposer le PAM à d’innombrables recours devant le tribunal administratif de Rabat. La situation n’est pas plus confortable au PJD, même si, sur le plan organisationnel, ce parti semble très verrouillé. Au PJD donc, c’est la tenue d’un congrès extraordinaire qu’exigent les militants du parti. Eux aussi, ont présenté une requête en ce sens devant leur conseil national. L’initiative a été débattue, samedi dernier, par la commission politique qui relève du conseil national, mais cette réunion n’a abouti à rien de concret. Au contraire, elle a révélé l’étendue qui sépare désormais la direction du parti de sa base. Les jeunes, et moins jeunes, auteurs de l’initiative «critique et évaluation» dont l’une des principales revendications est la tenue d’un congrès extraordinaire dans les plus brefs délais, ont été littéralement chassés de cette réunion. Motif avancé, ils ne sont pas tous membres du conseil national. Commentant cet incident, la députée Amina Maelainine a déclaré que le PJD a beaucoup régressé, en termes d’occupation de l’espace politique. L’ancienne députée et ex-présidente de la commission parlementaire maroco-française, Aâtimad Zahidi, a souligné, elle, dans une sortie médiatique, que le parti islamiste est en perte de popularité. Cela d’autant qu’il vit une véritable crise qui va s’aggraver davantage l’année prochaine qui est une année électorale. Cette ancienne membre du conseil national, qui vient de quitter le parti après 25 ans de bons et loyaux services, souligne que plutôt que de parler de démocratie, ce en quoi excellent ses adeptes et ses militants, c’est au contraire une situation de despotisme. Elle a d’ailleurs confirmé au passage ce que tout le monde savait déjà, dans ce parti qui n’a connu que deux secrétaires généraux en un quart de siècle, c’est le Mouvement unicité et réforme (MUR), sa matrice idéologique, qui continue à faire la pluie et le beau temps. Autre source de malaise au sein du parti, qui en est la conséquence, l’ascenseur politique ne marche vraiment pas. Ce sont pratiquement les mêmes dirigeants qui sont au Parlement, au gouvernement et à la tête des collectivités territoriales. Les autres militants font du surplace depuis des années.