Gouvernement El Fassi : deux remaniements en six mois

Les spéculations vont bon train sur les raisons du changement qui a affecté des poids lourds.
Le nombre de SAP dépasse celui des ministres istiqlaliens. Le RNI perd un poste et la Justice redevient département de souveraineté.
Remaniement politique en juillet 2009, remaniement technique en janvier. Huit nouveaux ministres en moins d’un an.

Depuis l’avènement du nouveau règne, le gouvernement  El Fassi aura été le premier à subir deux remaniements au cours du même mandat législatif et plus significatif, à moins de 6 mois d’intervalle. Lundi 4 janvier en début d’après-midi, et alors que le Maroc bruissait depuis la veille de noms et d’interrogations, le Souverain, recevait et nommait, à Marrakech, quatre nouveaux ministres et octroyait à Mohamed Saâd Alami, l’Istiqlalien alors en charge du portefeuille des relations avec le Parlement, celui de la modernisation des secteurs publics.

Quatre nouveaux ministres font donc leur entrée au sein du gouvernement El Fassi, qui, depuis juillet dernier déjà, avait vu son effectif augmenter d’un membre, passant à 34 entre ministres d’Etat (2), ministres (20), ministre délégués (4), Secrétaires d’Etat (7) et Secrétaire général du gouvernement. Toutefois, le contexte du remaniement d’aujourd’hui est bien différent de celui dans lequel s’est opéré celui de l’été dernier. Le 29 juillet avait marqué l’entrée du Mouvement Populaire au gouvernement après une absence qui aura duré près de deux ans. Un retour des Harakis à l’exécutif  qui avait permis au gouvernement El Fassi de recomposer une majorité numérique au Parlement, perdue deux mois auparavant, lorsque le Parti Authenticité et Modernité (PAM) avait décidé de passer à l’opposition.

Mohand Laenser se voyait donc gratifié d’un poste de ministre d’Etat, sans portefeuille, à l’image d’un Mohamed Elyazghi, et Mohamed Ouzzine, le Haraki, héritait du portefeuille de secrétaire d’Etat auprès des affaires étrangères, poste resté vacant depuis le débarquement, en décembre 2008, de l’Istiqlalien Ahmed Lakhrif, pour cause d’acquisition de nationalité espagnole, jugée incompatible avec ses fonctions. Dans la foulée de ce changement politique, le Souverain libérait Touria Jabrane de sa charge, en raison de ses soucis de santé, et remerciait Nawal El Moutawakel remplacée par Moncef Belkhayate.

Théoriquement, rien ne justifiait donc un nouveau remaniement. Du moins pas sur le plan politique et surtout six mois après. Et pourtant… Lundi 4 janvier, quatre autres ministres ont quitté l’équipe de Abbas El Fassi dans ce qui semble être, cette fois-ci, un lifting technique de l’équipe gouvernementale en place depuis le 15 octobre 2007. Une opération que l’on qualifierait de normale, la pratique, largement répandue de par le monde d’ailleurs, voulant qu’à mi-chemin un gouvernement subisse des réglages pour réparer des erreurs de casting ou modifier les attributions des ministres selon les nécessités du moment. Or, dans le cas présent, ce sont en majorité des poids lourds qui ont quitté leur poste. Abdelouahed Radi, premier secrétaire de l’USFP, homme politique chevronné, député depuis 46 ans, ayant présidé la Chambre des représentant pendant plus d’une décennie ; Chakib Benmoussa, ministre de l’intérieur depuis 2006 déjà, de l’époque du gouvernement Jettou, architecte de la charte communale, maître d’œuvre des élections législatives de 2007 et des communales de 2009 ; Mohamed Boussaïd, entré au gouvernement  le 8 juin 2004, à la faveur du remaniement de l’équipe Jettou, en tant ministre de la modernisation des secteurs publics, puis, depuis octobre 2007, titulaire du portefeuille du tourisme et de l’artisanat. Seul Mohamed Abbou, avec une maigre expérience de deux ans, échappe à ce constat.

Les ministres sortant ont-ils démérité ? L’on se perd en conjectures. Tour d’horizon. De Abdelouahed Radi à qui incombait la lourde tâche de réformer la justice on dira qu’il n’a pas su imprimer le rythme nécessaire et qu’il n’est pas du métier. Son remplacement par un avocat chevronné estime-t-on est justifié. C’est cependant le même Radi qui vient de déposer 17 projets de loi dans le cadre de la réforme souhaitée. A propos de Chakib Benmoussa, plusieurs hypothèses circulent dont la plus répandue est qu’il aurait été victime des tribulations ayant émaillé les communales de 2009, notamment ses accrochages avec le PAM ou les incidents qui ont entaché vote et élections de présidents de communes à Marrakech et Oujda. Son successeur, muni d’une longue expérience au sein de la maison Justice, sera-t-il mieux armé pour gérer un département qui, de plus en plus, s’occupe également de développement économique et social ?

Le cas de Mohamed Boussaïd lui est encore plus énigmatique. Dans son premier poste, il a mené a bien le parti de l’opération DVD, résolu le problème de la grève des administrateurs, lancé la modernisation de l’administration et, depuis 2007, réussi tant bien que mal à maintenir stable le secteur du tourisme malgré la crise. Opérateur touristique à travers un fonds d’investissement, son successeur sera-t-il mieux en mesure de relancer la machine ? On jugera sur pièces.

Enfin, pour Mohamed Abbou, il se dit que son départ est plutôt dû a son très médiatisé sit-in public, lors des régionales de l’été dernier.
Au final, les motivations du changement resteront sans doute dans le secret des initiés. On retiendra que désormais le gouvernement El Fassi, à l’occasion du retour de la Justice dans le giron des départements de souveraineté, compte (hormis le Premier ministre) 11 ministres sans appartenance politique, soit plus que le nombre de postes (10) dont dispose l’Istiqal et que le RNI perd un poste pour n’en garder que 6. Cohérent, puisque entre 2007 et aujourd’hui, les cartes du champ partisan ont été largement rebattues.