Gestion des grandes villes : Eviter les erreurs de 2015

• Nos villes, principalement les grandes, ont besoin aujourd’hui de nouvelles compétences, d’une nouvelle génération de décideurs locaux qui sauront mieux manœuvrer pour leur assurer le décollage tant attendu.

Au risque de rappeler une évidence, il y a une grande différence entre un responsable local et un élu parlementaire. Chacun sa mission et ses attributions et chaque mandat a ses exigences. Et si on devait faire le choix entre les deux, sachant par exemple qu’un président de conseil régional ou un président de commune de plus de 300 000 habitants ne peut pas devenir parlementaire ? Il est clair que pour beaucoup, le mandat parlementaire est de loin le plus attractif. Au risque d’étonner plus d’un, il est des figures de proue en politique qui souhaitent briguer plutôt un mandat de président d’une grande commune qu’un siège au Parlement. Il convient de rappeler, comme l’a d’ailleurs souligné S.M. Mohammed VI dans son discours d’ouverture du Parlement en 2015, que «contrairement à ce que pensent certains, l’élu parlementaire n’a rien à voir avec la gestion des affaires locales des citoyens». En gros, ce sont les élus locaux qui sont responsables des services administratifs et sociaux de proximité dont le citoyen a besoin dans sa vie quotidienne. Ces élus locaux sont ceux pour qui il votera la commune et la Région en vue d’assurer la gestion de ses affaires locales. Concrètement, ce sont les élus locaux et les responsables des conseils locaux qui s’occupent du raccordement des foyers aux réseaux électriques, des branchements de l’eau potable, de l’assainissement, de la collecte des ordures et de la propreté des rues et des quartiers. Ce sont également eux qui veillent à la réfection des voiries dans les communes et à mettre à la disposition des citoyens des moyens de transport urbain. Bien sûr, ce ne sont que des exemples. Pour résumer, les élus locaux sont de véritables décideurs dans l’élaboration des politiques publiques locales. C’est donc un poste pour des élus qui veulent travailler et rester à proximité des citoyens.
Or, comme on peut le constater depuis l’adoption de la nouvelle Constitution, la complexité des politiques publiques locales exige des communes et des élus des outils de connaissance, de prévision et d’action appropriés. Les relations des élus avec l’administration communale et les organisations de la société civile revêtent, en ce sens, une importance cruciale ; cela est d’autant plus vrai que les collectivités locales sont appelées à améliorer les prestations de service public aux citoyens, tout en associant ces derniers au processus de prise de décision. La gestion des grandes villes durant ces six dernières années nous a montré que la gestion d’une grande commune n’est pas une sinécure. Les six dernières années l’ont montré, la gestion des grandes villes n’est pas une mission faite pour les enseignants en fin de carrière ou les collectionneurs de mandats électoraux et les indemnités qui vont avec. D’ailleurs, bon nombre de présidents de communes, principalement les grandes villes, terminent actuellement leur mandat avec des procès en justice pour mauvaise gestion et dilapidation des deniers publics.
Nos villes, principalement les grandes, ont besoin aujourd’hui de nouvelles compétences d’une nouvelle génération de décideurs locaux qui sauront mieux manœuvrer pour leur assurer le décollage tant attendu. En six ans de gestion, les grandes villes, pratiquement toutes, connaissent encore des problèmes de trésorerie, malgré leur énorme potentiel économique, des problèmes d’assainissement, surtout en période pluvieuse, de circulation, de gestion de l’espace public, de transport urbain, de collecte des déchets, de voiries, d’espaces verts… et la liste est longue. Et, encore une fois, ce n’est pas par manque de ressources, mais de bons gestionnaires. Les prochains responsables locaux auront non seulement à rattraper l’énorme retard laissé par leurs prédécesseurs, mais également à initier la véritable métamorphose de nos métropoles. Le début du prochain mandat coïncide avec la mise en œuvre de chantiers structurants à l’échelle locale. Comme c’est le cas pour la «Smart City», qui est sans conteste le chantier de l’avenir.
La plateforme digitale de gestion mise en place par la direction générale des collectivités territoriales compte déjà plusieurs services. GID-CT, qui est un système de gestion intégrée des dépenses et gestion budgétaire des collectivités territoriales, GIR-CT, soit le système de gestion intégrée des recettes des collectivités territoriales ou encore Majaliss, qui sera généralisée à fin 2022, et qui est un système de gestion des activités des conseils des collectivités territoriales, ainsi que le système du suivi des programmes et projets structurants des activités des conseils des collectivités territoriales.
Au delà de ces outils de gestion déjà opérationnels, les grands pôles urbains appellent à la mise en place de nouveaux outils de planification et de gestion adaptés aux spécificités de ce type de communes. Cela requiert, bien entendu, et comme l’a d’ailleurs suggéré la CSMD dans son rapport, une nouvelle gouvernance et modes de coordination favorisant les synergies entre les acteurs institutionnels impliqués dans le développement et la gestion de la ville et de ses services dans les différents domaines (économique, mobilité, infrastructures, aménagement de l’espace, durabilité et innovation). La gestion et le développement des grandes villes requièrent aussi de mobiliser de nouvelles sources de financement, à travers une gestion plus efficiente des dépenses, une mutualisation des moyens, ainsi qu’une optimisation des ressources foncières. En outre, lit-on dans le rapport, des partenariats novateurs devront être encouragés pour relever les défis de gestion et de maintenance des équipements publics et les infrastructures à l’échelle des métropoles. Pour cela, l’électeur est appelé à faire le bon choix. Ceux qui auront été dépités durant ces six dernières années par la piètre gestion de leurs villes ne doivent surtout pas commettre la même erreur.