En France, le Conseil du culte musulman otage des rivalités

Trois organisations tentent de s’accaparer les postes de pouvoir n Une quatrième
vient de naître.

Pas un jour qui passe sans que Nicolas Sarkozy, le ministre français de l’Intérieur, ne voit les trois représentants des différentes organisations représentatives de l’Islam de France. Et pour cause, les cafouillages, les disputes, les luttes de pouvoir sont le lot quotidien de ces trois formations. Dernier événement en date, la démission, jeudi 26, de Dalil Boubakeur de son poste de président du Conseil français du culte musulman (CFCM). Il en est à sa troisième depuis son accession à la tête du conseil.
Encore une fois donc, Nicolas Sarkozy a rassuré Dalil Boubakeur pour le convaincre de continuer à occuper ce poste. Mais le fait est qu’aujourd’hui, le recteur de la Mosquée de Paris manque sérieusement de crédibilité et lui-même doute de sa légitimité à ce poste. Pour Fouad Alaoui, secrétaire général de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), «Dalil Boubakeur n’assume ni son statut, ni son poste. Il faut qu’il se décide à prendre son rôle au sérieux et à arrêter ses hésitations qui le décrédibilisent».
Il faut dire qu’historiquement Dalil Boubakeur a de quoi se poser des questions. Les résultats des élections du CFCM et des CRCM (conseils régionaux du culte musulman) ont été un véritable camouflet pour la mosquée de Paris. Mais, d’autres éléments sont venus s’y ajouter ces derniers jours.
La Mosquée de Paris dirige une seule commission sur six
Le Conseil du culte musulman, en phase de construction, doit se doter de plusieurs commissions qui seront chargées de traiter de tous les éléments ayant trait à la vie des musulmans de France. Certains sont plus prestigieux et plus importants que d’autres. Selon Mohamed Bechari, président de la FNMF (Fédération nationale des musulmans de France), fortement soutenue par le Maroc : «La mosquée de Paris et l’UOIF sont en conflit permanent. Face à cet état de choses, Nicolas Sarkozy a décidé de trancher en octroyant ces commissions capitales à la FNMF».
En effet, mardi 1er juillet, Mohamed Bechari acceptait la présidence des commissions en charge des imams, de la viande halal (la taxe rapporte près de 300 millions d’euros annuellement), l’enseignement et les affaires juridiques. Il ne restait que l’audiovisuel (l’émission religieuse diffusée sur France 2 tous les dimanches), qui a été confié à la Mosquée de Paris et l’aumônerie qui sera prise en charge par l’UOIF. Tout cela, bien entendu, ne fait qu’attiser les rancœurs entre les trois parties, même si elles ne l’expriment pas toujours.
A propos des commissions, Fouad Alaoui avoue «qu’il ne faut pas s’attarder sur qui a obtenu la présidence des commissions, mais plutôt s’intéresser aux compétences et à la qualité des individus qui la constituent.».
Quant au ministre de l’Intérieur, il n’a pas fini de jouer les arbitres et les consolateurs. Il a reçu dernièrement les représentants d’un tout nouveau Mouvement des musulmans pour le renouveau créé par Soheib Bencheikh, mufti de la mosquée de Marseille et membre du CFCM. Le mouvement en question voudrait mettre en avant un Islam modéré.