Elles ont été candidates aux communales, elles racontent

Les femmes disposant d’une expérience politique ou associative, mieux loties que les autres.

Beaucoup d’entre elles déplorent l’absence de soutien de leurs partis une fois élues.

L’électorat plus ouvert que les élus hommes et les partis aux candidatures féminines.

«C’est malheureux de se retrouver mêlée à de telles magouilles. J’ai vraiment regretté de m’être présentée aux élections. D’ailleurs, si on accepte ma démission, je n’hésiterais pas une seconde». Fait étonnant, ces propos, très durs, ne viennent pas d’une candidate malheureuse aux élections communales du 12 juin, mais d’une élue casablancaise, membre de la nouvelle majorité de surcroît. N’ayant quasiment aucun parcours politique derrière elle, cette dernière indique avoir été mise devant le fait accompli lorsque son nom a été inscrit sur la liste additionnelle, alors même qu’elle ne dispose même pas d’une carte de militante du parti qu’elle est censée représenter. Ballottée au gré des alliances qui se sont faites et défaites au moment de l’élection de la nouvelle équipe dirigeante de la mairie de Casablanca, elle se dit choquée par les manœuvres auxquelles elle a assisté. Désormais, poussée par son entourage à rester en poste, du moins pour l’instant, elle se promet de boycotter les travaux du conseil… s’ils tombent pendant la période des vacances. Voilà qui commence plutôt mal pour l’une des 3 406 élues des dernières communales, dont le mandat est pourtant censé se prolonger jusqu’en 2015. Malheureusement, elle n’est pas la seule à avoir mal vécu son baptême du feu communal. A Oujda, quatre élues ont réclamé une intervention royale face au harcèlement dont elles ont fait objet de la part de leurs collègues masculins. A Aït Yaâzem, près d’Agouraï, dans la région de Meknès, Fatim Zohra Aderdour (PSU), une conseillère de 22 ans, a vu ses parents faire l’objet de pressions au moment de l’élection du président de la commune. Largement mis en avant par les médias, les cas de Fatim Zohra Mansouri (33 ans) et de Fatima Boujnah (21 ans), respectivement maire de Marrakech et présidente de la commune rurale de Tizeght (Guelmim), toutes deux membres du PAM, ne seraient-ils que les arbres qui cachent… le désert ? Heureusement, à défaut d’être parfaite, la situation  des élues du 12 juin dernier n’est pas toujours aussi mauvaise. Ainsi, à Casablanca, Bassima Hakkaoui, députée depuis 2002, mais qui en était à ses premières communales cette année, livre un constat relativement plus optimiste. Candidate dans l’arrondissement d’Anfa où son parti se présentait pour la première fois, la parlementaire PJD indique ne pas avoir fait l’objet d’un traitement particulier du fait qu’elle est une femme. Membre de l’opposition dans ce conseil présidé par Yasmina Baddou (PI), députée Istiqlal réélue quatre fois de suite dans l’arrondissement depuis 2002, elle reproche toutefois à ses co-élues d’avoir eu recours aux mêmes méthodes, peu transparentes, que certains hommes pour accéder à des postes à responsabilités. «Malheureusement, certaines femmes se sont déjà embourbées dans les mêmes opérations que certains candidats, que ce soit en matière d’usage de l’argent, d’exploitation de la pauvreté des gens…», indique-t-elle.
Ailleurs, d’autres femmes ont vécu des expériences plus positives, mais elles aussi reviennent de loin. Dans la commune de Blad Aïssa, à 150 km d’Agadir, Meriem Belghiti, épouse de Tariq Kabbaj, maire d’Agadir, avait échoué dans sa tentative de prendre la présidence en 2003. Cette année, elle a fini par la remporter haut la main. Elle est aujourd’hui secondée, entre autres, par deux militantes de l’USFP. Quant à la quatrième élue de la commune, sans appartenance politique, elle siège également dans les rangs de la majorité. Contrairement à la jeune élue de Meknès, elle reconnaît ne pas avoir fait l’objet de quelconques pressions liées au fait qu’elle soit une femme. Après tout, elle dispose déjà d’une certaine expérience électorale et bénéficie de l’impact local de ses activités associatives et de l’histoire de sa famille dans la région. Son âge y est peut-être aussi pour quelque chose, car les choses n’ont pas toujours été aussi simples pour l’une de ses jeunes co-élues. Élue au suffrage direct, Aziza Achkor (USFP) s’était également présentée aux élections communales de 2003, dans la commune d’Agadir Abbou. Agée de 24 ans à l’époque, elle avait dû faire marche arrière du fait des résistances rencontrées dans son village. «Je m’étais retirée avant de présenter ma candidature, car il y avait des pressions sur ma famille, et sur moi, personnellement», avoue-t-elle. Cette année, elle est revenue à la charge, sur liste ordinaire, avec succès. Aujourd’hui, les défis qui attendent les nouvelles dirigeantes de la commune ne sont pas différents de ceux auxquels auraient été confrontés des élus hommes. «J’ai hérité d’une commune, dont le président sortant s’est permis de dépenser tout le budget de fonctionnement jusqu’au mois de décembre», indique Meriem Belghiti.
Encouragées par la dernière mouture du code électoral qui prévoit la création de circonscriptions électorales complémentaires réservées aux femmes dans chacune des communes du pays, ces dernières ont été nettement plus nombreuses qu’en 2003 à présenter leurs candidatures aux dernières élections communales. Des 20 458 candidates, 3 406 ont ainsi pu accéder à des postes de conseillères. Certaines de ces nouvelles venues devraient également rapporter gros à leurs partis respectifs. En effet, celles d’entre elles qui ont opté avec succès pour des candidatures via les listes ordinaires devraient rapporter à leurs formations une part cinq fois plus importante que leurs collègues des 75 MDH correspondant à la deuxième tranche d’aide aux partis au titre des élections communales. Des encouragements qui n’ont pas totalement effacé les difficultés rencontrées sur le terrain, et qui, dans leur cas, pouvaient prendre une tournure particulière. Dans certaines communes, en effet, leurs candidatures n’ont pas toujours été bien accueillies, même si, point positif, les campagnes réputées plus conservatrices les ont parfois bien accueillies. Une chose est sûre, chez les personnes interrogées, plus elles sont jeunes, plus leur parcours politique ou associatif ou leurs réseaux tribaux ou autres sont limités, plus elles ont eu de mal à se faire accepter. Certaines ont ainsi fait l’objet de pressions importantes même si elles se sont présentées sur les listes réservées aux femmes prévues par la loi. Inversement, les femmes d’âge mûr, au parcours connu, ont eu nettement moins de difficultés à se faire élire. «Les gens ont commencé à dire : les hommes n’ont rien fait pour nous, vous êtes une femme, vous allez peut-être travailler de bonne foi et servir nos intérêts», raconte Fatima Nejari (PSU), élue de Guercif et actrice associative de longue date qui souligne que les préjugés ont quand même tendance à ressurgir lorsque la candidate est une inconnue. Bien plus, dans certaines circonscriptions, des listes réservées aux femmes ont même réussi à obtenir plus de voix que de listes générales, comme à Khémisset, où Saïdia Bouhannou (RNI), secrétaire de sa commune, qui a su mobiliser les jeunes de son quartier, avec un budget minimal.

Certains partis ont présenté des femmes sans expérience politique
Passée l’étape des élections, les choses sont moins faciles. En effet, si le nombre de femmes ayant obtenu des responsabilités au niveau des communes n’est pas encore connu, plusieurs indices laissent craindre l’existence d’un plafond incompressible. A Casablanca, Naïma Rebbaâ (PI), élue de Sidi Belyout, regrette d’avoir manqué de soutien de la part de son parti pour prendre la présidence de l’arrondissement. Ailleurs, une militante du PSU reproche à ses camarades d’avoir tendance à «oublier» les femmes quand ils procèdent à la distribution de postes de responsabilité. D’autres se sont tout simplement rendues compte que, dans la course aux postes de responsabilités au sein des conseils des communes, tous les arguments ont été utilisés contre la concurrence, y compris les arguments sexistes.
Quelle sera la représentativité des femmes dans les conseils provinciaux, régionaux ou la Chambre des conseillers, qui feront l’objet d’élections d’ici octobre ? Certaines élues se demandent si l’on n’aurait pas besoin d’avoir recours à des quotas de femmes dans ces structures aussi, tout en plaçant quelques barrières. En effet, du fait des obligations imposées par la loi, bon nombre de partis ont présenté des femmes sans expérience politique, dont l’apport risque d’être limité, voire négatif pour l’image des élues en général, comme le souligne Naïma Rebbaâ: «J’ai rencontré des femmes au conseil de la ville de Casablanca qui n’ont rien à voir avec la politique. L’une d’elles ne connaissait même pas le nom du parti qu’elle représentait»…