Elections 2021 : Quel serait le parti gagnant parmi les favoris ?

• A moins de cinq mois des prochaines échéances électorales, quatre partis se détachent du lot. Entre le PJD, le PAM, l’Istiqlal et le RNI, les analystes se basant sur la réalité électorale et les résultats des 20 dernières années, pointent le dernier.

Dans un récent entretien, Mohamed Aujjar, membre du bureau politique du RNI, a affirmé que son parti ambitionne de remporter les élections de 2021. A ce jour, exception faite du PJD, aucun autre parti n’affiche une ambition aussi affirmée. L’Istiqlal, lors d’une récente rencontre organisée par la Fondation Lafqui Tetouani, son secrétaire général Nizar Baraka, a parlé des conditions dans lesquelles son parti pourrait participer au gouvernement. Mais à aucun moment il n’a affirmé clairement que son parti ambitionnait de le diriger. Au contraire, il a affirmé qu’il n’a pas d’ambition personnelle de devenir chef de gouvernement et que son parti œuvre pour recouvrer la dimension qui lui sied sur la scène politique. Selon des observateurs, l’Istiqlal viserait plutôt le Perchoir. Quant au PAM, son secrétaire général ne cesse de multiplier les déclarations contradictoires au point ou ses visées en sont embrouillées. Manifestement, sur les quatre partis considérés comme favoris, seuls deux ont affiché clairement leurs objectifs. Entre ces quatre formations, le PJD, le PAM, l’Istiqlal et le RNI, laquelle a le plus de chances de gagner les élections de 2021 ? C’est une question que bon nombre d’observateurs, mais aussi de simples citoyens, se posent. Pour Mostapha Yahyaoui, expert en géographie électorale, il s’agira certainement du parti qui saura mobiliser un électorat avec une plus grande diversité sociale. Les militants encartés, les sympathisants, les jeunes, les notables, la classe moyenne,… Ce qui suppose une forte participation électorale. Sur ce point deux facteurs militent pour un taux de participation appréciable. D’abord, l’organisation des scrutins législatif, communal et régional le même jour. Les communales, étant des élections de «proximité», les candidats étant plus proches de leurs électeurs, attirent généralement beaucoup plus d’électeurs et les législatives vont certainement en bénéficier. Ensuite, et c’est une incidence que plusieurs observateurs ont relevée au cours des récents scrutins, les élections qui interviennent après une bonne année agricole attirent le plus souvent un plus grand nombre d’électeurs, surtout dans le monde rural. Comparativement aux dernières législatives de 2016, d’autres facteurs peuvent également changer la donne au niveau du groupe des partis qui arriveront en tête. D’abord, le changement de la méthode du calcul du quotient électoral, qui se traduira de facto par l’accès d’un plus grand nombre de partis au Parlement et, techniquement, par une réduction drastique du nombre des sièges des partis qui ont le plus bénéficié du plus grand reste, le PJD et le PAM en l’occurrence. Au cours de ces quatre dernières années, le RNI a complètement changé son positionnement sur certaines problématiques sociales, principalement l’enseignement et la santé. C’est un facteur très important qu’il faut prendre en compte, observe-t-on. Cela veut dire que le parti aborde les prochaines élections avec une dimension sociale très prononcée. C’est d’ailleurs tout à fait logique, tenant compte de ses engagements contenus dans la «Voie de la confiance» qui reprend l’essentiel de ses propositions pour un nouveau modèle économique. Pendant ce temps, le PAM s’est enlisé dans une crise interne doublée d’une perte de repères. Cela au moment où tout le monde s’accorde à penser qu’un troisième mandat du PJD à la tête du gouvernement ferait engager le pays dans une impasse, y compris sur le plan démocratique. Maintenant sur le plan technique, selon une analyse de Mostafa Yahyaoui, avec le nouveau quotient électoral, tout parti pouvant remporter entre 7 000 et 10 000 voix est assuré de gagner un siège à la première Chambre, et ce quelle que soit la dimension de la circonscription concernée. Selon les calculs de ce spécialiste en géographie électorale, si un parti gagne entre 14% des voix (dans les grandes villes) et 50% (dans les circonscriptions petites et moyennes), il pourra remporter environ 85 sièges sur les listes locales.
Partant de là, et tenant compte des résultats des élections organisées lors des 20 dernières années, il serait quasiment impossible que le PJD ou l’Istiqlal remporte les prochaines législatives, tranche ce spécialiste, à moins que le parti islamiste arrive à s’assurer, dans les quelques mois à venir, un plus fort ancrage dans les villes petites et moyennes et dans les circonscriptions à caractère rural. Pour le RNI, tenant en considération ses résultats électoraux depuis 1976 jusqu’en 2016, il peut arriver premier s’il réussit à remporter entre 8 et 10 sièges dans chacune des 9 régions hors Sahara. Dans les trois régions sahariennes, un score global de 8 ou 9 sièges ferait l’affaire. L’idée de lancer, il y a un peu plus d’une année, une campagne de communication directe inédite à travers le programme «100 jours, 100 villes», qui a ciblé particulièrement les villes petites et moyennes, prend tout son sens. Et le parti ne compte pas s’arrêter là. En effet, comme l’a souligné Mohamed Aujjar, le parti prépare une nouvelle surprise pour l’après-Ramadan. De quelle nature est cette surprise ? On le saura dans quelques semaines.