Deux ans après, le pari de la fusion n’est pas encore tout à  fait gagné

Mahjoubi Aherdan n’est pas un problème pour le parti. Laenser est convaincu qu’il continue à  y jouer un rôle important
En raison des élections, le congrès pas avant 2010 même si certains militants demandent sa tenue avant les prochaines communales.
Au dernier recensement, le parti comptait quelque 80 000 militants.

Deux ans et demi après la fusion du MP, du MNP et de l’UD, où en est la Haraka ?
Il faut d’abord reconnaître une chose : en fusionnant, nous avions fait un pari assez difficile. Evidemment, on a beau être de la même famille, quand chacun a ses instances, ses structures, ses hommes, il n’est pas facile de rassembler tout ce monde. Aujourd’hui, je dois avouer que ce pari n’est pas encore tout à fait gagné. Beaucoup de personnes ont continué à raisonner en fonction de leur parti d’origine, même si cette tendance a commencé à s’estomper avec les dernières élections de 2007. Nous pensons qu’après les élections de 2009, nous allons assister à un effacement rapide de ces individualités.

Combien de militants harakis ont été recensés à la suite de l’opération de distribution des cartes ?
On peut dire aujourd’hui que l’opération a touché 50 % des provinces. Le problème, c’est que les élections ont lieu presque tous les ans au Maroc. En période pré-électorale, le processus de recrutement, d’affiliation au parti s’estompe quelque peu. Toutefois, selon les chiffres qui nous ont été communiqués par les provinces, nous avons distribué près de 80 000 cartes.

A la veille des législatives de 2007, votre formation était considérée comme le parti qui allait disposer du groupe parlementaire le plus important, grâce à ses partis satellites. Le MP a-t-il été victime  de la création du MTD, puis du PAM ?
Au lendemain de la fusion, nous étions devenus le premier groupe parlementaire, et, selon nos pronostics, il était possible que nous parvenions à garder cette place. Pendant les élections, toutefois, nous avons commis des erreurs, nous avons perdu une dizaine de sièges au Parlement, soit parce que nous avons refusé d’accréditer des militants qui ont fini par se présenter sous les couleurs d’un autre parti et ont gagné, soit parce que la fusion des trois partis nous a obligés à faire des compromis non gagnants. Par ailleurs, dans certaines circonscriptions où nous avions plus d’un candidat dont la victoire était assurée, nous avons été obligés de n’accréditer qu’un seul à cause du système de listes. De plus, au lendemain des élections, nous ne sommes pas allés chercher les petits partis : nous avions passé des accords avec eux avant les élections, et les gens qui ont gagné chez eux étaient des candidats à nous. C’est là que  le MTD et, par la suite, le PAM ont quelque peu joué : tous ces partis ont rejoint le groupe parlementaire du PAM, avec des candidats que nous leur avions prêtés.

Et vous n’étiez pas entré en contact à l’époque avec M. El Himma pour essayer de limiter les dégâts ?
Non car ces partis sont libres en définitive. C’était une sorte de pacte d’honneur, mais nous ne pouvions pas les forcer. Cela dit, l’approche du groupe El Himma avait un aspect positif. Elle avait stabilisé de petits partis qui, de toute façon, auraient fini par graviter autour des autres groupes parlementaires. Quant aux trois députés harakis qui ont rejoint le PAM, ils voulaient quitter le groupe du MP de toutes les manières.

L’un des grands chantiers de la restructuration du parti semble être la place à accorder à M. Aherdan…
M. Aherdan n’a jamais été un problème. Il a toujours été en faveur de la fusion. Dès le départ, il avait déclaré qu’il voulait tout simplement que le parti soit unifié, remis sur les rails. Il avait reconnu lui-même qu’il a fait son temps et qu’il pouvait désormais servir le parti d’une autre manière. Ce sont là les propos de M. Aherdan avant et après le congrès de 2006. D’ailleurs, si vous revenez aux statuts du MP, vous verrez que les attributions du président consistent non plus à gérer le parti au quotidien, mais à veiller à son unité, au respect de ses grands principes. Il s’agit donc de tâches morales de haut niveau, et qui sont reprises par le Conseil de la présidence. L’ennui c’est que changer la position de M. Aherdan dans le parti ne peut se faire que par décision du congrès. Ce dernier devra aussi permettre de revoir les autres instances du parti : aujourd’hui, nous avons un comité central de près de 300 membres, alors que, généralement, ce genre de structures en comprend 60 à 80. Notre conseil national, lui, en a 800, et notre bureau politique aussi est trop massif. En fusionnant les trois partis, nous étions obligés de garder des instances assez larges. Maintenant, je pense qu’il est temps de revenir à la normale.

Quand le congrès aura-t-il lieu ?
Selon les statuts, il devra avoir lieu en 2010. De toutes les manières, avec les élections qui devraient se prolonger jusqu’en octobre, on ne peut pas le faire maintenant. Il aura certainement lieu entre la fin des élections, et le premier trimestre 2010.

Pourtant, au MP, certains appellent à la tenue d’un congrès avant, afin d’élire de nouvelles instances…
S’ils sont capables de réunir un congrès extraordinaire, nous ne demandons pas mieux. Mais il faut être réaliste, les élections démarrent dans quelques mois.

Comment se passe votre expérience à l’opposition ?
Très bien. Je tiens d’ailleurs à préciser que nous n’avons pas été éjectés de l’équipe gouvernementale, et que c’était le résultat  non pas d’un choix d’opposition mais un refus de la situation qu’on voulait nous imposer au sein de la majorité. Dans un sens, cela nous a arrangés, car les militants de base n’étaient pas habitués à ce que le parti demande à bénéficier d’un traitement égalitaire, honorable. Bien entendu, dans un système comme le nôtre, où le statut d’opposition n’est pas encadré par des règles pré-établies, nous avons eu quelques petits problèmes, car les gens estiment que plus ils sont proches du gouvernement, plus ils peuvent régler de problèmes. Au début, la pratique de l’opposition était même assez frustrante : l’opinion publique est habituée au spectacle. Nous aurions pu faire de la démagogie en disant systématiquement que tout ce qui vient du gouvernement est mauvais. Mais nous avons choisi d’être constructifs car nous avions nous-même participé, au temps où nous étions au gouvernement, à la rédaction de certains projets de loi déposés au Parlement. Aujourd’hui, nous estimons que le gouvernement commence à apporter ses propres textes. Nous sommes donc plus à l’aise pour le critiquer.