Congrès de l’USFP : Radi vainqueur avant l’heure ?

Il a pris de court les autres candidats en acceptant son éventuelle démission du gouvernement et un mandat court à  la tête du parti.
Trois candidatures officiellement déclarées : Radi, Oualalou et Malki.
Malgré le scrutin de liste, l’identité des colistiers déterminera les vainqueurs du vote.

Qui succèdera à  Mohamed Elyazghi à  la tête de l’USFP ? L’élection du futur premier secrétaire, déterminante dans l’histoire du parti de la rose, est déjà  caractérisée par moult rebondissements dont le plus marquant, à  l’heure o๠nous mettions sous presse (mercredi 11 en fin de journée), était l’avantage pris par Abdelouahed Radi, membre du bureau politique et ministre de la justice.

A J-4 du congrès, et alors que ses principaux rivaux, Fathallah Oualalou et Habib El Malki, multipliaient, chacun de son côté, les alliances pour la formation du prochain bureau politique, Abdelouahed Radi, ancien vice-premier secrétaire de l’USFP, politicien rompu aux manÅ“uvres déstabilisantes, prenait ses concurrents de court, en s’engageant officiellement à  démissionner du gouvernement s’il venait à  être désigné à  la tête du parti, et en acceptant de remettre sa place en jeu au bout de deux ans.

«Je compte, au moment opportun, soumettre (…) une requête o๠je solliciterai de Sa Majesté de bien vouloir me décharger de mes fonctions de ministre de la justice(…)», a déclaré M. Radi dans un communiqué daté de lundi 9 juin.

Une annonce qui a même éclipsé l’effet de la troisième candidature officielle au poste de premier secrétaire, présentée le jour même par l’ancien ministre de l’éducation, Habib Malki, mais aussi un appel du pied d’un autre candidat potentiel, Driss Lachgar, membre du bureau politique sortant.

Ce coup de théâtre déterminera-t-il l’issue du congrès? A l’heure o๠nous mettions sous presse, de nouvelle surprises n’étaient pas exclues. Officiellement, le parti comptait trois candidatures déclarées au poste de Premier secrétaire, présentées par le trio Radi, Oualalou et El Malki, tous membres du bureau politique et ministres en exercice ou sortants, sachant que Ali Bouabid, membre du conseil national, avait décidé de mettre la sienne entre parenthèses.

Toutefois, le règlement encore en chantier du parti ne permettant pas le dépôt officiel des candidatures auprès de la commission de préparation du congrès, il fallait attendre l’ouverture de ce dernier pour avoir une idée définitive de leur nombre.

Pas étonnant alors que, parallèlement à  ces annonces, d’autres noms circulaient encore trois jours avant le congrès comme celui de l’ancien secrétaire d’Etat Nacer Hajji, ou encore de Driss Lachgar, ancien bras droit de Mohamed El Yazghi, qui a déclaré dans une conférence de presse organisée à  son bureau le 10 juin dernier «appeler les ittihadis à  participer au congrès et discuter des problèmes de tout le pays et non pas seulement des listes».

Des propos qui contrastent quelque peu avec ses déclarations précédentes en faveur d’un retrait des ittihadis du gouvernement ou encore d’une alliance avec le PJD…

Trois candidatures fermes et deux lobbies agissant en coulisses
Au milieu de ce brouhaha, deux groupes auront finalement pesé sur l’issue du congrès. Le premier, composé de militants de l’ancien PSD et dirigé par la députée de Rabat, Latéfa Jbabdi, représente un peu moins de 80 membres du conseil national, a priori destiné à  élire le prochain dirigeant du parti.

Le second groupe, moins important sur le plan numérique mais non négligeable côté symbolique, regroupe une partie des signataires de l’Appel pour la refondation de l’USFP, dont plusieurs membres du conseil national et des parlementaires. Parmi ces derniers, Ali Bouabid mais aussi Ahmed Zaà¯di, Abdelali Doumou, Larbi Jaà¯di, Hassan Tariq, ou encore Soufiane Khairat…

Dans une conférence de presse organisée mardi à  l’ancien siège du parti, devenu territoire de la Chabiba ittihadie, ce second groupe a d’ailleurs officiellement pris position en faveur du candidat Radi. Au-delà  de son retrait du gouvernement et de sa candidature à  un mandat raccourci, le ministre de la justice a également promis de présenter au congrès une liste prouvant sa volonté de réforme, autrement dit qui regroupe un nombre non négligeable de jeunes. Concessions moins importantes qu’il n’y paraà®t.

En effet, M. Radi est le seul candidat ministre. Par ailleurs des discussions étaient déjà  prévues au congrès pour une éventuelle interdiction du cumul des postes de premier secrétaire et de membre du gouvernement, ainsi que pour l’organisation d’un nouveau congrès à  l’horizon 2010.

A cela s’ajoute le fait que plus personne n’ose désormais se dire contre le rajeunissement des instances de l’USFP.

Il n’empêche que les concessions du ministre de la justice lui ont indéniablement permis de se distinguer de ses concurrents, sans vraiment dévoiler de programme. En effet, ses rivaux se trouvent être a priori favorables à  des mandats de 4 ans, particulièrement M. El Malki qui se positionne autrement. «Il ne faut pas renforcer l’instabilité que connaà®t notre parti en réduisant le délai statutaire de tenue du congrès», explique ce dernier qui indique vouloir en finir «avec la culture de la transition interminable, une culture alibi, pour ne pas trancher sur les problèmes de fond».

Le groupe mené par Ali Bouabid poussera-t-il le soutien à  M. Radi jusqu’à  intégrer sa liste, lui fournissant ainsi un sérieux coup de pouce ? L’idée n’était pas exclue ce mercredi 11 juin, mais il était trop tôt pour en parler. En effet, les concernés ne cachent pas que leur soutien porte exclusivement sur les principes acceptés par M. Radi. Si les autres candidats venaient à  s’aligner sur sa position, rien ne les empêcherait alors de créer une liste indépendante…

Un premier secrétaire désigné par le conseil national malgré tout
En attendant, les candidats ont multiplié les contacts en vue de la formation des listes. Une étape courte mais difficile, car il s’agit pour chacun non seulement de déterminer l’identité de ses colistiers, mais aussi de choisir l’ordre dans lequel ils figureront sur la liste, et, par conséquent, leurs chances d’intégrer le futur bureau politique. Tâche d’autant plus difficile que les candidats devaient ménager des plages horaires pour les dernières réunions ayant trait à  l’organisation du congrès, dont celles du bureau politique devenues désormais quotidiennes.

Abdelouahed Radi aura-t-il finalement été vainqueur avant l’heure ? Si les indices et l’état d’esprit de beaucoup militent pour cette hypothèse, il n’y a aucune certitude sur ce point. De fait, la seule garantie, à  la veille du congrès, était le tournant pris pour dépoussiérer le parti. Confirmé à  la suite des dernières réunions de la commission de préparation et du conseil national, samedi 7 et dimanche 8 juin, le congrès de l’USFP, prévu à  Bouznika du 13 au 15 juin, doit rassembler quelque 1 700 congressistes, observateurs et invités, dont l’écrasante majorité était connue.

Lundi 9 juin, Mohamed Benyahia, président de la commission de préparation, annonçait ainsi que plus de 95% des congressistes étaient déjà  désignés, à  l’exception des représentants de certaines sections à  Tanger, Ksar El Kébir, Fès, Casablanca ou… Toulouse. Quant aux 5 % de sièges restants, désignés par le bureau politique, ils étaient distribués dès le mardi soir entre les militants des provinces du sud, de Casablanca, et les membres de l’ex-PSD.

Signe des transformations en cours, le nouveau système de désignation des congressistes – en partie fondé sur la performance des sections aux trois derniers rendez-vous électoraux – semble avoir fait son effet : selon M. Benyahia, le nombre de congressistes jeunes ou de sexe féminin dépasserait ainsi largement les quotas de 15% qui leur ont été attribués. Toutefois, tous les changements ne seront pas appliqués dès ce mois de juin, à  commencer par l’élection du futur premier secrétaire et de son bureau politique par la plus large instance du parti, son congrès.

En effet, un délai est par définition nécessaire entre le vote du nouveau règlement et son application : «Une fois que la commission de préparation du congrès aura passé les pouvoirs à  la présidence de ce dernier, les congressistes devront proposer tous les changements, politiques, statutaires, etc., au sein des commissions, car on ne peut pas travailler à  1300 sur les mêmes documents», explique Mohamed Benyahia. «Une fois que les commissions auront fait leur travail, le dernier jour généralement, les propositions seront votées, et les statuts modifiés.

Seulement voilà , les élections démarrent dès le premier jour du congrès, alors que ces modifications n’ont pas encore été validées», ajoute-t-il. Ainsi, à  moins que le congrès n’en décide autrement, et ne modifie les statuts du parti dès les premières heures de la rencontre du vendredi, pour ce congrès, c’est le conseil national qui devrait désigner les dirigeants du parti, un réglage difficile à  organiser du fait qu’il impliquerait forcément un débat, auquel cas, les trois jours réservés au congrès pourraient s’avérer insuffisants.

Autre transformation reportée, le congrès aura beau être organisé sous le signe du scrutin de listes, destiné par définition à  favoriser le débat d’idées, il n’en reste pas moins que, pour cette première application, les personnes – candidats et colistiers – pèseront lourdement dans le choix des listes.

En effet, à  défaut de plans d’action précis présentés par les candidats pour la restructuration du parti et sa remontée dans les urnes, les militants devront se reporter sur les listes réunissant les profils qui leur paraissent les plus proches de leurs convictions, et les plus à  même de les réaliser sur le terrain.

Avec cette différence clé, par rapport au système précédent, que les sensibilités minoritaires devraient se voir assurer un minimum de représentation, même si le seuil d’entrée au bureau politique n’est pas encore connu. Qu’à  cela ne tienne, les militants du parti restent globalement optimistes quant aux résultats de la réforme à  plus long terme.