Communales : 320 observateurs pour 38 248 bureaux de vote !

Le Collectif pour l’observation des élections manque de ressources : en 2007, il avait mobilisé 2 800 observateurs.
Le CCDH s’appuie sur une vingtaine de ses membres dans les régions où il a des bureaux.
L’observation des ONG réduite à  cause de l’absence de subventions comme lors des législatives.

A un mois des élections communales, il n’y a pas que les partis politiques qui affûtent leurs armes puisque la société civile s’y prépare elle aussi activement. Lundi 11 mai, le Collectif pour l’observation des élections battait officiellement le rappel de ses troupes. Son but: mettre en branle la machine qui lui avait permis d’observer les élections législatives de 2007. Le jour même, la structure, qui s’est donné pour but de couvrir aussi bien des circonscriptions urbaines que rurales, soumises au scrutin de liste ou au scrutin uninominal, déterminait les zones où elle devra concentrer l’essentiel de ses effectifs. Le jour J, quelque 300 observateurs issus de la société civile suivront ainsi le déroulement du scrutin dans les régions de Casablanca, Rabat, Gharb-Chrarda-Beni Hssen et Fès-Boulemane. D’autres militants seront également attendus à Marrakech, Laâyoune, Essaouira, Tanger, Nador, Errachidia, Smara, Béni Mellal, Bouârfa, Chtouka-Aït Baha, Inezgane, Zagora, Kelaât-Sraghna et Azilal. Désormais, le collectif ne se donne qu’une semaine pour finaliser la liste des observateurs à remettre au Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH), de manière à ce que, armés de badges délivrés par ce dernier, ils puissent suivre le processus, y compris à l’intérieur des bureaux de vote.
Il reste toutefois beaucoup à faire d’ici le 12 juin. Si les observateurs du collectif devraient être choisis parmi les «vétérans» des élections législatives de 2007, leurs connaissances de la loi doivent être mises à niveau de manière à y inclure les amendements ajoutés depuis. Une attention particulière sera accordée à deux groupes : les femmes candidates, que la nouvelle loi encourage fortement à se présenter, et les électeurs handicapés – autorisés si nécessaire à faire appel à un électeur de leur choix pour les aider à voter, et non plus un membre du bureau. «Nous allons observer le déroulement des candidatures féminines sans nous limiter aux bureaux de vote, et suivre les présentations de candidatures, le choix et la communication effectués autour des listes féminines», explique Kamal Lahbib, coordonnateur du collectif. «Nous voulons aussi savoir, dit-il, si l’Etat a tenu compte de nos recommandations concernant la facilitation de l’accès des personnes handicapées  aux bureaux de vote».
Toutefois, avec seulement 300 observateurs, les effectifs mobilisés par le collectif sont bien loin des 2 800 dépêchés sur le terrain il y a deux ans. Leur travail donnera-t-il une idée réaliste de ce qui se passera dans les 38 248 bureaux de vote ouverts à travers le Maroc, et du comportement des prétendants aux 27 795 postes en jeu ce jour-là ?
 
Une observation qualitative, pas quantitative
Interrogés, les membres du collectif affirment vouloir réaliser, cette fois-ci, une observation qualitative plutôt que quantitative, et ils ne sont certainement pas les seuls dans ce cas. «Nous allons suivre les prochaines élections, mais de manière moins intensive que les élections législatives, d’abord parce que l’observation des élections locales demande une logistique énorme dont nous ne disposons pas, mais aussi parce que, lors des élections locales, le plus important se passe dans les régions», explique Ahmed Herzenni, président du CCDH. «Nous avons donc décidé de travailler à partir de nos bureaux régionaux. Nous n’avons pas la prétention de couvrir l’ensemble du territoire national mais nous allons considérer que ces bureaux se trouvent au centre d’échantillons naturels assez représentatifs», ajoute-t-il. Au total, une vingtaine d’observateurs, pour la plupart déjà mobilisés en 2007, devraient ainsi être dépêchés par chaque bureau régional du CCDH. Bien entendu, le conseil envisage aussi de renforcer son action en coordonnant ses actions avec la société civile, ou d’éventuels observateurs étrangers, dont les effectifs sont encore inconnus.
Une chose est sûre, cette année, ni l’International Republican Institute (IRI) ni le National Democratic Institute (NDI), qui avaient mobilisé 52 observateurs il y a deux ans, ne seront de la partie. Si les deux structures ont participé à la formation de femmes candidates, la seconde a tout au plus décidé de se concentrer sur la formation de quelque 300 délégués de candidats d’une demi-douzaine de partis politiques, en les sensibilisant à la manière de les déployer dans les endroits les plus stratégiques. Initiés au dispositif juridique des élections et au déroulement du vote et celui du comptage des voix, et dotés de canevas pour l’observation des élections, les concernés, qui devront former d’autres militants de leurs partis respectifs, devront jouer un rôle assez proche de celui des observateurs.
Mais qu’est-ce qui peut expliquer cette mobilisation de moindre importance comparée au dispositif déployé lors des élections de 2007 ? Il faut d’abord dire que le collectif, à l’époque, en avait les moyens, grâce au budget de 2,5 millions de DH, financés par l’Union européenne et l’ONG internationale Oxfam. L’opération a toutefois rencontré des difficultés, d’une part, en raison de l’importance des effectifs mobilisés, mais aussi des retards rencontrés lors de la mise en place des listes d’observateurs et du système de badges.

Les volontaires sont acceptés à condition qu’ils prennent en charge leurs dépenses
Passée cette première expérience, et renforcée par ses effectifs «à taille plus humaine», la distribution des badges devrait se dérouler de manière nettement plus fluide. Bien décidé à éviter de nouveaux couacs, le collectif a même changé de statut juridique le mois dernier, conformément à la demande des autorités. De collectif informel, il est ainsi devenu une association à part entière, dirigée par un coordonnateur en la personne de Kamal Lahbib «en espérant que, bientôt, d’autres prendront la relève» et un secrétariat de 11 membres. Malgré cet effort, les 70 ONG du collectif devront financer, cette année, l’opération de leur poche.
En effet, considérées comme moins déterminantes pour l’avenir tout en étant plus difficiles à couvrir que des élections législatives, qui déterminent la composition d’un gouvernement et l’avenir législatif du pays, les élections locales ont plus de mal à intéresser donateurs et observateurs étrangers. «Nous aurons probablement un minimum d’observation étrangère. En général, toutefois, les organismes qui observent les élections à travers le monde se déplacent surtout pour des élections législatives, car elles sont politiquement plus significatives, et les questions logistiques s’y posent d’une manière plus pressante. C’est un peu difficile quand il s’agit d’élections locales», explique M. Herzenni.
Amenées à compter sur leurs propres moyens, les structures devront donc puiser dans leur budget pour financer les observateurs issus de leurs rangs. «Chaque association dispose d’une ligne budgétaire réservée aux élections. Nous allons la mettre à contribution, tout comme nous allons mettre en commun les structures, les téléphones et le personnel des associations», explique M. Lahbib, qui promet qu’un effort sera fait de manière à ce que les petites associations ne souffrent pas trop.  
«La décision d’observer le déroulement du scrutin est primordiale pour l’OMDH et nous sommes en train de voir si nous pouvons, par nous-mêmes, couvrir des dépenses élémentaires comme le prix d’un sandwich ou d’un déplacement», indique de son côté Amina Bouayach, présidente de l’OMDH, qui fait partie du collectif.
Quant aux dépenses plus compressibles, les associations devraient tout faire pour les limiter. Ainsi, l’essentiel de l’opération devra être mené dans les zones où les ONG membres du collectif sont implantées. De même, si les séances de mise à niveau auront forcément un coût, les formateurs qui ont enseigné les bases de l’observation des élections seront chargées d’établir de nouvelles grilles d’observation. Les 300 observateurs, eux, seront choisis parmi ceux qui avaient suivi les élections du 7 septembre, et devront, théoriquement du moins, couvrir 5 bureaux de vote chacun, sachant qu’il arrive souvent d’en trouver plusieurs dans un même bâtiment. Bien entendu, libre aux concernés de se faire aider par des personnes ne disposant pas de badges, car les organisateurs sont bien conscients que l’essentiel des fraudes «se passe en dehors des bureaux de vote».
Enfin, tout membre du collectif est libre de participer à l’opération même s’il ne fait pas partie des 300 observateurs mobilisés au niveau national, du moment qu’il le fait à ses frais. «Nous souhaitons présenter au moins 300 observateurs. Ce nombre est toutefois ouvert, à condition que les membres du collectif puissent assumer la totalité  de la charge administrative et financière de l’opération d’observation dans les régions, et, bien sûr, qu’ils respectent les règles sur lesquelles l’observation va se dérouler», indique Kamal Lahbib. Reste que, même avec plus de 300 observateurs issus des ONG, et à peu près autant issus des rangs du CCDH, il est bien peu probable que les fraudes diverses qui se tiennent à l’occasion des élections se limitent d’elles-mêmes, d’autant plus que les étapes suivantes, des élections communales aux régionales en passant par le renouvellement de la Chambre des conseillers, offriront de nouvelles occasions aux fraudeurs, alors que l’observation deviendra plus difficile… en attendant que les partis ne prennent la relève en surveillant eux-mêmes leurs propres militants.