Amazighe : Le discours historique d’Ajdir… et la constitutionnalisation 10 ans plus tard

Grande Décision Royale en octobre 2001.

Octobre 2001 : A peine deux années après son intronisation, le Roi prononce son désormais historique discours d’Ajdir. La langue et la culture amazighes ne sont plus une simple distraction folklorique destinée à égayer les touristes et animer les festivals. Elles deviennent l’une des expressions de l’identité plurielle du Maroc. Depuis, les choses ont pris une autre dimension. D’abord, la création, la même année, de l’IRCAM (Institut royal de culture amazighe) qui aura à cœur de normaliser la graphie tifinagh et de la faire reconnaître au niveau international. Ensuite la décision d’introduire, à partir de 2003, l’amazighe dans l’enseignement et les médias publics.

Bien du chemin a été parcouru depuis le Manifeste d’Agadir signé en 1990 par une pléiade d’académiciens et acteurs associatifs du mouvement amazigh. Toutefois, les choses ne sont pas allées aussi vite que le souhaitait ce même mouvement associatif, mais beaucoup a été fait. En 2011, presque dix ans après la création de l’IRCAM, le Maroc était prêt pour franchir l’étape suivante et néanmoins décisive. L’amazighe devient langue officielle et l’affluent amazighe est reconnu comme composante de l’identité marocaine. «L’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception», stipule la Constitution. Cette phrase du premier alinéa de l’article 5 de la nouvelle Constitution est, en soi, une rupture avec le passé. Une avancée de taille également, s’accordent à dire aussi bien les militants du mouvement amazigh que ceux des organisations des droits de l’homme.
La constitutionnalisation de la langue amazighe constitue, sans conteste, le couronnement d’un combat mené, depuis un demi-siècle, par les acteurs du mouvement amazigh, dont les moments forts sont l’adoption de la Charte d’Agadir, en 1991, le Manifeste amazighe, en 2000, et le discours royal d’Ajdir, en 2001. Il subsiste néanmoins quelques appréhensions. D’aucuns estiment que le fait que la constitutionnalisation de cette langue soit conditionnée par la promulgation d’une loi organique, en l’absence d’une définition des priorités dans le domaine de l’enseignement, pourrait constituer un facteur de blocage de nature à empêcher l’amazighe de jouir de son statut officiel et la cantonne dans une position d’otage à la merci du vouloir du pouvoir législatif. Le débat n’est donc pas définitivement clos, la question promet des rebondissements dès que le futur Parlement décidera de plancher, ce qui devrait arriver avant la fin de son mandat, sur cette loi prévue par la Constitution.