16 mai 2003, le jour où les Marocains ont découvert le terrorisme

Vendredi 16 mai 2003. Il est 22 h 15. Coup sur coup, quatre explosions secouent la nuit Casablancaise. Elles seront suivies, peu après, par une cinquième déflagration.

Vendredi 16 mai 2003. Il est 22 h 15. Coup sur coup, quatre explosions secouent la nuit casablancaise. Elles seront suivies, peu après, par une cinquième déflagration. Pour nombre d’habitants de la métropole qui ne sont pas encore couchés, il s’agit d’explosions de bouteilles de butane, comme il s’en produit fréquemment. D’autres sont alertés quelque 30 minutes plus tard par le ballet incessant des ambulances et le hurlement des sirènes qui déchirent la nuit. Au bout d’une heure, l’information a fait le tour du Maroc. Le Royaume, que l’on croyait à l’abri des attentats et qui se targuait de sa spécificité de pays tolérant, était frappé de plein fouet par le terrorisme international. Cette nuitlà, 14 kamikazes avaient décidé de se donner la mort en cinq endroits différents. L’hôtel Farah, le cercle de l’Alliance israélite, la Casa de Espana, le cimetière israélite, et le restaurant Positano. Les attentats feront 45 morts et une cinquantaine de blessés, mais le bilan aurait pu être plus lourd n’étaient les défaillances de dernière minute qui ont (heureusement !) marqué cette opération planifiée depuis trois ans.

Mohamed el Omari et Rachid Jalil, deux des kamikazes, ont renoncé à se faire exploser, ce qui a permis à la police de remonter la filière et de déjouer des attentats prévus par la suite dans les villes de Marrakech, Tanger, Fès et Agadir. Comment, qui, quoi et pourquoi ? Les Marocains sont traumatisés. Ils ne comprennent pas que leurs fils s’en prennent à des compatriotes innocents. De fait, l’occurrence des événements de mai 2003 n’était que l’aboutissement logique d’un processus qui avait démarré au début des années 90. En amont, les discours radicaux de certaines figures de l’islamisme marocain comme Omar El Haddouchi, Hassan Kettani, Mohamed Fizazi, Abou Zakaria Miloudi ou encore Abdelkrim Chadli alias abou Oubeïda. En aval, la mouvance Al Qaïda avec ses recruteurs, ses bombes au mode de fabrication circulant dans des fichiers informatiques ou sur le net et ses messages de mort diffusés par des chaînes de télévision qui ont fait passer le sensationnalisme avant l’éthique, comme Al Jazira. Peu de Marocains auront vraiment prêté attention au message diffusé trois mois plus tôt sur la même Al Jazira, un jour de février 2003, coïncidant avec la fête de l’Aïd El Kébir.

Un message dans lequel Oussama Ben Laden pointait du doigt les pays accusés de «collaborer» avec les Etats-Unis et citait nommément, entre autres, le Maroc et la Jordanie. La suite, on la connaît. Selon le rapport d’instruction relatif aux attentats du 16 mai 2003, les 14 kamikazes, pour la plupart jeunes et illettrés, ont été embrigadés dès l’année 1998. Comme tant d’autres, il auront été manipulés par des jihadistes aujourd’hui bien connus comme Akrimet El Mahjoub, Abdelfattah Bouikaden, Adil Taiaâ, Mohamed Mehni et Abdelak Bentasser (dit Moul sebbat, décédé quelques jours après son arrestation), fortement influencés par Mohamed Fizazi.

Tout ce beau monde est aujourd’hui sous les verrous. L’enquête sur les attentats du 16 mai a donné lieu a 101 jugements dont une dizaine de condamnations à mort. De manière globale, depuis cette date, quelque mille jugements et une trentaine de condamnations à mort ont été prononcés à l’encontre de personnes en relation avec le terrorisme.

paru dans La Vie éco du 16/03/2007

N.B

Les chioukh salafistes Omar El Haddouchi, Hassan Kettani ont été condamnés respectivement à 30 ans et 20 ans de réclusion ferme. Ils ont été libérés, le 5 février dernier suite à une grâce royale. Les deux chioukh ont largement eu le temps de réviser beaucoup de leurs convictions. Mohamed Fizazi a été également condamné à 30 ans de prison ferme suite aux attentats du 16 mai. Il a été libéré le 14 avril 2011 après une grâce royale. Après avoir soutenu le PJD aux dernières élections, il est en train de créer son propre parti politique.