Travailler sous pression : jusqu’à  quelle limite ?

La pression est de deux sortes : celle que l’on s’impose soi-même
et celle que nous font subir les autres.
Planification et pouvoir de persuasion restent les seuls moyens d’alléger
la pression.

Rythme anormal, urgence, contraintes risques… Des termes devenus récurrents dans le monde du travail. A en juger par les témoignages recueillis auprès des cadres et managers, ces derniers n’ont jamais subi une telle pression au travail et…le pire est à venir. Il y a celle de la hiérarchie qui impose de redoubler d’efforts, celle du client qui veut être servi en un temps record, celle de la concurrence, la conjoncture économique… Bref, ils ne savent plus à quel saint se vouer. Quels que soient le métier, le secteur d’activité ou le niveau hiérarchique, la majorité des cadres se plaignent de cette pression. A tel point que nombre d’entre eux souhaitent quitter leur poste pour ne plus en subir les effets (fatigue, dépression, insomnie, perte d’appétit, agressivité, troubles musculaires ou gastriques). Directeur général d’une PME spécialisée dans les nouvelles technologies, Karim Bennouna s’interroge : «Je suis responsable du matériel informatique, de la gestion de la clientèle, de la comptabilité, de la sécurité des données et du recouvrement. En somme, je n’ai pas le temps de souffler. Comment faire pour ne pas décharger cette pression sur mes collaborateurs ?». Cas encore plus sensible, celui de Karima M., employée dans une compagnie de messagerie qui déplore sa situation actuelle. «Ici, tout est urgent. Même les clients vérifient si on respecte les délais à la seconde près. Il faut suivre la cadence ou décrocher». Pour sa part, Abdelmajid Touyail, cadre bancaire, recense au moins cinq bonnes raisons d’être constamment sous pression. «Entre une mauvaise gestion du temps, un rythme infernal de travail, une mauvaise ambiance, l’absence de travail d’équipe et les travaux de cette fin d’année, la situation est insupportable et ma vie personnelle en est complètement perturbée».

Mauvaise gestion du temps et désorganisation en sont les principales causes

Paradoxalement, la plupart des managers affirment qu’ils ne peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes s’ils ne sont pas sous pression. Certains l’acceptent parce qu’il leur manque justement cette dose d’adrénaline qui vient booster leur quotidien sans pour autant dévorer leur vie. A l’image de Farid Ahlali, cadre supérieur dans une entreprise d’édition, selon lequel personne ne peut prétendre pouvoir travailler sans pression. Ne serait-ce que parce que la pression inclut une limitation temporelle aux objectifs à atteindre. Mais, ajoute-t-il, il y a pression… et pression : «Il y a celle que l’on s’impose soi-même et celle que les autres mettent sur vous. Les deux sont nécessaires. J’ai besoin de pression…mais pas trop».
En effet, tout comme le stress qu’elle engendre, la pression a un seuil. La psychologue Ghita Msefer nuance cet avis : «Nous ne nous comportons pas de la même façon face à la pression. La même contrainte, qui va sembler insupportable et stressante pour quelqu’un, sera sans effet sur un autre». Plus étonnant, elle pense que nous serions capables de supporter notre propre pression, pas celle des autres. En somme, devant la pression, il y a des hommes «moins égaux» que d’autres.
Mais si un minimum de pression est utile, il faut relever que la montée d’adrénaline résulte le plus souvent d’une mauvaise gestion du temps ou organisation du travail dans l’entreprise, comme l’expliquent bon nombre de consultants RH de la place. Si les priorités ne sont pas clairement affichées, cela entravera le travail de chacun et se répercutera sur le rendement de l’entreprise. Dans de telles conditions, les bonnes résolutions personnelles peuvent rester inefficaces. Pourtant, cette impression de surbooking permanent n’est pas une fatalité. Il est possible d’atteindre ses objectifs sans trop de pression. Comment ? Il n’est nul besoin de rappeler qu’il faut rationaliser son temps de travail. Mais ce n’est pas tout. «La pression peut aussi venir d’un climat malsain au sein d’une entreprise. Rivalité, individualisme ou encore une hiérarchie trop pesante…», souligne la psychologue. Pour elle, le recours est dans «la complicité, l’esprit de groupe et la communication, de précieux antidotes.»