Protection de l’environnement : les entreprises en rang dispersé

Une démarche environnementale rehausse l’image de marque d’une entreprise. Certaines entreprises sont obligées de respecter les normes par leurs donneurs d’ordre.

C’est un des grands sujets de l’heure. Mais il est parfois relégué au second plan par les conflits armés et le terrorisme qui occupent une bonne partie des agendas des dirigeants des différents pays et la Une de la presse écrite et audiovisuelle. Lequel sujet n’est autre que la protection de l’environnement. Pour le monde entier, 2015 devra en effet être un tournant dans ce domaine. Un tournant, parce que la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ou Cop21, qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris est une étape décisive dans la négociation d’un accord international devant entrer en vigueur en 2020. Il s’agira de pousser les pays, notamment les industrialisés et d’autres gros pollueurs comme la Chine, à faire des efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pour contenir la hausse des températures à 2 degrés d’ici la fin du siècle et adapter les sociétés aux dérèglements climatiques. Avec 195 pays participants et 40 000 personnes attendues (délégués, observateurs, experts, membres de la société civile, journalistes…), la Cop21 est sans doute la plus importante conférence des Nations Unies sur le climat de la décennie.

Le Royaume s’engage à baisser ses émissions de 13% d’ici à 2020

Comme prévu par l’agenda, près de 150 pays générant environ 90% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont déposé leur objectif de lutte contre le dérèglement climatique. Les experts des différents pays sont parvenus à un projet d’accord publié le 5 octobre et qui est en discussion, à Bonn (Allemagne), depuis le 19 octobre jusqu’à ce vendredi 23, dans le cadre de la dernière session de négociation formelle, prélude à la conférence de Paris. Le Maroc est le deuxième pays en développement, après le Mexique, à rendre publique ses engagements fermes, c’est-à-dire qu’il tiendra quelle que soit la situation, et une offre nationale conditionnée à l’accès à de nouvelles sources de financement, internationales en particulier. Ces offres concernent tous les secteurs d’activité et couvrent le Co2, le CH4 (méthane) et le N2O (protoxyde d’azote ou gaz hilarant).

Quoi qu’il arrive, le Maroc s’engage à baisser ses émissions de 13% d’ici à 2020. En tenant compte des conditionnalités annoncées, le plafond est fixé à 32% d’ici 2030. Dans les deux scénarios, sans nouvelle politique publique. L’objectif consiste aussi à porter à 42% la part des énergies renouvelables dans la capacité de production électrique d’ici à 2020 et d’investir 42 milliards de dollars pour réaliser l’offre conditionnelle, dont 35 milliards levés par le biais des mécanismes internationaux. Le  Maroc n’exclut pas à ce titre de recourir aux crédits carbone internationaux. Sur le plan pratique, il a cependant commencé à mettre en œuvre sa stratégie environnementale depuis quelques années. La Charte nationale de l’environnement et du développement durable (CNEDD) publiée sous la forme d’une loi (n°99-12) en est la base. Ce texte, qui renforce l’appareil réglementaire, stratégique et fiscal du Royaume, devra cependant être complété par la Stratégie nationale de l’Environnement (SNE) et la Stratégie nationale du développement durable (SNDD).

Les enjeux sont compris

En réalité, il revient à tout Etat de fixer les règles qu’il doit respecter lui-même dans ses choix d’investissement et qui s’imposent aux entreprises, principalement. En effet, qu’elles soient publiques ou privées, industrielles, agricoles ou de services, ce sont avant tout elles qui polluent le plus. D’ailleurs, dans le cadre du plan d’action Lima-Paris, initiative conjointe des présidents péruvien et français des 20e et 21e conférences des Parties et des Nations unies visant à conforter les engagements individuels des acteurs non étatiques et les initiatives coopératives, plus de 1 100 entreprises, 340 investisseurs et près de 700 collectivités ont publié leurs engagements sur la plateforme des Nations unies conçue à cet effet (NAZCA).

Au Maroc aussi, la protection de l’environnement est devenue récurrente dans les discours des dirigeants d’entreprises. Et ce n’est pas pour suivre la tendance. Beaucoup ont tout simplement compris les enjeux. D’abord, même si le principe de pollueur payeur n’est pas encore inclus dans la législation, celles dont les activités nuisent à l’environnement sont mises à l’index, notamment par les associations. Leur image s’en trouve alors entachée. Ensuite, de plus en plus de donneurs d’ordre, souvent contraints d’être en règle par la législation de leur pays d’origine, exigent de leurs sous-traitants le respect des normes sociales et environnementales. Les réfractaires courent alors le risque de perdre un marché. Enfin, le respect de l’environnement est inscrit dans une démarche citoyenne. Il s’agit ici d’apporter non seulement sa contribution à une politique publique, mais aussi de tenir compte du bien-être des populations consommatrices. Ce point renvoie au premier. En clair, cette prise de conscience est de nature à rehaussser l’image de marque. Mohamed El Yousfi, DG du cabinet LMM QSE, résume en quelque sorte ces différentes contraintes en soulignant que «l’entreprise court à sa perte si elle ne prend pas conscience des nuisances qu’elle génère».

Les grandes entreprises donnent le ton

Sur la place, ce sont les grandes entités et les filiales des multinationales qui donnent le ton. Par exemple, Managem, le groupe OCP, Cosumar, Lydec, Holcim Maroc ou Lafarge Maroc ont introduit depuis quelques années l’environnement dans leur stratégie de développement. Ce domaine est carrément confié à une division dédiée ou à un département. Dans d’autres sociétés moins grandes, des actions continues sont menées en interne. L’objectif étant parfois de se faire certifier. A ce propos, plus d’une centaine ont obtenu l’ISO 14001 et ne ratent aucune occasion pour le faire savoir. Dans la même veine, 70 entreprises de différentes tailles ont reçu le Label RSE qui couvre la responsabilité sociale et le développement durable.

Bref, les préoccupations environnementales commencent à entrer dans la culture d’entreprise. Preuve en est que même certaines petites entreprises s’y mettent, quand bien même elles éprouvent du mal à les intégrer dans leur gestion quotidienne, faute de moyens. Toutefois, pour bien faire, il n’y a pas de petites mesures. Par exemple, le fait d’économiser du papier d’impression va dans le sens de la préservation des forêts. La conduite responsable contribue à la réduction de la consommation de carburant. Multipliées à l’infini, de telles actions ont une portée notable.