Parler en public, une phobie pour certains

De plus en plus de cadres et de responsables politiques ont recours au media training.

Parler devant un auditoire constitue une phobie pour certains. Ils préfèreraient mourir que de s’exposer, même s’ils maîtrisent leur sujet. Quelques exercices aident à retrouver confiance en soi. Explications avec Yasmina Chbani, directrice de Dale Carnegie Maroc.

La Vie éco : Organisez-vous fréquemment des formations sur la prise de parole en public?
Yasmina Chbani : Tout à fait ! La demande est de plus en plus importante. Elle ne concerne plus les cadres dirigeants qui doivent animer des conseils d’administration, réunions, conférences de presse… Aujourd’hui, des demandes émanent également de simples cadres qui cherchent à mieux communiquer, à mieux défendre leur point de vue lors d’une présentation.

Nous constatons que les cadres expriment trois principales craintes : un risque éventuel de chômage, un surmenage excessif dans le travail et la prise de parole devant un auditoire, qui constitue une phobie chez certains. Ils croient sans doute que la prise de parole est réservée à une élite dotée d’un talent naturel. C’est totalement faux ! La prise de parole s’apprend et s’appuie sur des techniques simples et efficaces.

Nous entendons souvent des gens dire qu’ils préfèreraient mourir plutôt que de parler en public, qu’ils sont incapables d’intervenir devant plus d’une demi-douzaine d’individus… J’ai vu ces mêmes personnes réussir à faire un discours quand elles n’avaient pas le choix ou, mieux encore, après qu’elles ont été accompagnées et soutenues. Cette «phobie» est bien plus souvent un état d’inhibition temporaire (souvent développé pendant l’adolescence).

Comment jugez-vous généralement la prestation des managers ?
Justement, je trouve que les managers savent de plus en plus communiquer efficacement devant un auditoire. Ils sont assez bons dans le contenu, mais la forme ne suit pas toujours. Je pense qu’il y a deux mots clés pour bien réussir un discours. Le premier est la préparation. Pour s’améliorer, il faut pratiquer le plus possible. Il s’agit de garder constamment à l’esprit notre auditoire (qui est-il ; ce qu’il attend ; son niveau de connaissances…) pour faire une vraie bonne présentation. C’est-à-dire une présentation qui atteint les objectifs fixés.

Parfois, il nous arrive de voir des gens passionnés qui peuvent passer des heures entières à parler de leur sujet sans que l’auditoire retienne les éléments importants. C’est pourquoi l’orateur doit structurer son message pour qu’il n’y ait pas de déchets.

Le deuxième mot clé est bien évidemment la forme. Aujourd’hui, les techniques de media training vous apprennent à mieux gérer plusieurs facteurs : la posture, les gestes, la voix… C’est très important!

Quelles sont les insuffisances que vous avez répertoriées ?
D’abord, il y a le manque de confiance en soi. Le pire, c’est qu’on peut se croire bon orateur et qu’on maîtrise le sujet mais, qu’à la fin, on n’arrive pas à capter l’attention des autres. Ce manque de confiance est souvent lié à une crainte de s’exposer publiquement comme je l’ai souligné précédemment.

Souvent, les gens gardent un mauvais souvenir d’une présentation de mémoire de thèse parce qu’ils n’ont pas su gérer ces moments importants. Du coup, ils refusent de se planter une nouvelle fois. A cet égard, Monsieur Carnegie avait l’habitude de dire : «Vous êtes le seul à savoir quoi raconter à votre auditeur ; alors, utilisez au mieux ce que vous avez à raconter».
Parmi les défauts, c’est l’utilisation abusive de slides et autres documents, une gestuelle exagérée ou insuffisante, ou encore le fait de fuir le regard des autres.

Faut-il parfois improviser ?
L’improvisation, ça s’apprend mais cela ne réussit pas toujours. Personnellement, je suis contre, surtout dans les moments importants où il s’agit de conclure une affaire ou faire passer des messages importants. Il faut rester simple et naturel. Il faut aussi avoir le courage de dire, «je ne sais pas» ou «je n’ai pas de réponse à votre question» quand il le faut.

Que dites-vous à ceux qui ont du mal à intervenir en public?
Sarah Bernhardt, grande comédienne de théâtre française, avait l’habitude de dire que le trac vient avec le talent. En d’autres termes, on a toujours peur de mal faire. Je trouve que les individus passent 80% de leur temps sur la préparation des slides et seulement 20% sur l’entraînement. Il faut inverser la tendance. Plus on s’entraîne sur les mots qui captent, plus on a de chances de réussir son intervention. En plus, il est recommandé de s’«approprier» la salle avant la présentation, de tester le matériel… pour mieux commencer son discours.

D’un autre côté, je trouve que l’auditoire accepte facilement les défauts et tics d’un orateur du moment qu’il dit des choses intéressantes. Quand le message est crédible et intelligent, la présentation passe mieux, même avec des défauts.

Quelles sont les techniques les plus utilisées pour l’amélioration des capacités d’intervention ?
Le média training est une technique très utilisée depuis peu dans le processus d’autoévaluation. En ce qui nous concerne, la technique Dale Carnegie existe depuis 1912, et n’a pas pris une seule ride. Elle se base essentiellement sur les capacités de l’être humain à mieux gérer ses atouts et ses limites.

L’accompagnement par un spécialiste posant les bonnes questions pour libérer les énergies positives est bien sûr une condition indispensable à la réussite d’une séance. Bien évidemment, on cherche à détecter la véritable cause du problème : l’individu est-il trop effacé ou, au contraire, trop énergique ? Parfois, les participants sont étonnés quand ils voient qu’ils arrivent à mieux gérer le stress pendant cet exercice.