Où mènent les formations d’ingénieur ?

Il y a encore peu d’ingénieurs au Maroc : 8 pour 10 000 habitants, contre 60 en France.
Les recruteurs mettent aujourd’hui l’accent sur les aptitudes managériales.
L’industrie recrute plus de la moitié des lauréats.
Banques, assurances et holdings offrent de plus en plus d’opportunités d’emploi.

EMI (Ecole Mohammédia d’ingénieurs), EHTP (Ecole Hassania des travaux publics), INPT (Institut national des postes et télécommunications), ENSEM (Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique)… Nombreux sont ceux qui souhaitent entrer dans ces écoles prestigieuses à la fin de leurs études secondaires. Il faut bien le reconnaître, le métier d’ingénieur, que ce soit en génie industriel, informatique, BTP ou télécommunications, fait rêver. Malheureusement, le nombre d’élus est faible. Chaque année, ce sont seulement quelques centaines de nouveaux bacheliers, dont des étrangers, qui franchissent le la porte de la dizaine d’écoles publiques d’ingénieurs ouvertes dans le pays.

Les écoles veulent doubler leurs effectifs d’ici à 2010
Si l’on comptabilise les lauréats qui reviennent de l’étranger après leur formation, ce sont environ un millier de demandeurs d’emploi qui se présentent chaque année sur le marché. Aujourd’hui, «le pays compte huit ingénieurs seulement pour 10 000 habitants. En France, la proportion est de 60 ingénieurs pour 10 000 habitants», fait remarquer Abdeslam Messoudi, directeur de l’EHTP. Huit ingénieurs pour 10 000 habitants, c’est très peu pour couvrir les besoins du pays.
C’est pourquoi les différentes écoles se sont décidées à augmenter le nombre de leurs diplômés d’ici à 2010. Ainsi, l’EHTP a pour objectif de passer de 124 lauréats par an, actuellement, à 140 en 2006 pour arriver à 200 en 2010. Quant à l’INPT, il veut passer de 92 lauréats actuellement à 200 à la même échéance. Pour ce faire, nombre de ces écoles ont commencé à mener des campagnes de sensibilisation au sein même des lycées pour démarcher les meilleurs élèves inscrits en prépa et les inciter à les rejoindre. Cette démarche, explique-t-on, est fondée sur une estimation assez réaliste des besoins du marché.

Techniquement bons, mais encore loin d’être des managers
Ingénieur : une appellation générique qui n’indique pas les spécialités dispensées. Car, sur la place, il existe une multitude de filières. A l’EHTP, on en compte cinq, à savoir : génie civil, génie industriel et systèmes de télécommunication, météorologie, sciences de l’information géographique et informatique. A l’EMI, on retrouve le génie civil et le génie industriel. Il y a aussi des spécialités en informatique, mécanique, électricité, mines et procédés. A l’INTP, la formation est centrée sur les télécommunications, qui restent la vocation de l’école. Ainsi, le tronc commun s’articule autour des grands axes que sont l’ingénierie de transmission, télécommunications par satellites, réseaux hauts débits, technologies et services émergents. Les élèves peuvent ensuite opter pour les communications mobiles, l’informatique pour les télécoms et l’ingénierie multimédia. Mais cela suffit-il pour en faire de futur responsables ?
Techniquement, il n’y a pas de gros reproches à formuler à l’encontre des lauréats des différentes écoles. DRH et recruteurs les jugent généralement bons. Le seul problème est que leurs compétences en management laissent à désirer. Si l’on en croit un chargé de recrutement, la culture générale et le comportemental sont aujourd’hui aussi importants que les aspects techniques. Amine Jamaï, DRH dans une multinationale, met l’accent sur la culture économique et financière et insiste sur l’importance de la maîtrise des langues étrangères, le français et l’anglais en particulier, et des techniques de communication. A son avis, le marché a besoin d’ingénieurs d’affaires, un profil encore rare. Khalid Oudghiri, DRH de Shell Maroc, résume ces différentes préoccupations en soulignant que « le leadership, le relationnel, la volonté d’aboutir et la capacité à délivrer les résultats sont autant de compétences et de comportements nécessaires pour une organisation de haute performance, mais, malheureusement, ne sont pas nécessairement délivrés avec un diplôme d’ingénieur». Mais pour lui, une mise à niveau par la formation s’impose et il revient aux entreprises de compléter la formation pour adapter ses recrues à ses besoins. D’ailleurs, les écoles ont déjà pris en compte les exigences du marché en ouvrant des cycles en management, gestion de projet, ressources humaines ou marketing. Bref, tous les domaines de la gestion commencent à être abordés. C’est ce qui explique que ces dernière années, de plus en plus d’ingénieurs complètent leur cursus académique par une formation de type MBA, DESS ou encore un cycle supérieur en gestion.

Ils ne connaissent pas le chômage mais mettent plus de temps à trouver un emploi
Cette mutation est marquée par les relations de plus en plus solides nouées avec l’industrie. Presque toutes les écoles ont aujourd’hui leur forum destiné non seulement à encourager des rencontres entre employeurs et futurs lauréats, mais aussi à faire en sorte que les premiers voient de plus près ce qui se fait dans les écoles, formulent des suggestions et participent à la formation par le biais des stages.
Quoi qu’il en soit, à quelques rares exceptions près, les ingénieurs sont très peu touchés par le chômage, même si, pour les jeunes lauréats, la durée de recherche d’un emploi s’est un peu allongée. Très souvent, note le directeur d’un cabinet de recrutement, la plupart de ceux qui restent assez longtemps sur le marché attendent des propositions salariales beaucoup plus alléchantes. D’ailleurs, les lauréats regardent en premier lieu vers le privé qui offre les meilleurs salaires. Ainsi, Abdelfattah Chefchaouni, directeur de l’INPT, constate que seulement 30 % des lauréats de son école s’orientent vers le public.
Par secteur, l’industrie (énergie, TP, mécanique, production, telecom) enrôle le plus grand nombre d’ingénieurs (plus de 50 %). Environ 10 % des lauréats partent à l’étranger, soit pour poursuivre leurs études, soit pour y travailler. A ce titre, il est à rappeler que la bulle Internet avait, entre 1997 et 2000, asséché le marché domestique pour ce qui concerne les informaticiens. Aujourd’hui, ils sont plutôt recrutés par le marché local et les entreprises sont de plus en plus conscientes de la nécessité d’améliorer leur systèmes d’information. Dans ce dernier cas, il n’y a pas que l’industrie qui recrute.
Enfin, il faut noter que les entreprises de services classiques embauchent plus d’ingénieurs qu’auparavant : banques, assurances, holdings sont à la recherche de compétences en mesure de concevoir et de conduire un projet transversal

Environ un millier de jeunes lauréats se présentent chaque année sur le marché du travail. 50% d’entre eux rejoindront les activités industrielles.