Nous allons devoir chercher des solutions technologiques nouvelles permettant de répondre aux besoins de socialisation

Avis de Mohamed Benouarrek DRH – expert international en RH communication et conduite du changement.

La distanciation sur le plan ergonomique va certainement engendrer une distanciation sur le plan relationnel, au moins dans l’immédiat. Il est certain que les pauses-café en groupe, les déjeuners à la cantine avec l’ambiance qui va avec, les sorties et activités de team-building avaient un rôle crucial dans le tissage des liens sociaux et affectifs entre les salariés.
Le télétravail, ou même le travail dans les conditions actuelles, impactera sans aucun doute l’ambiance interne. Les entreprises cherchent aujourd’hui à assurer l’essentiel, notamment leur business continuity. L’ambiance interne représenterait un besoin secondaire dans la pyramide covidienne. Si cette pandémie dure plus longtemps, il serait judicieux de s’attaquer à la satisfaction de ce besoin, car la productivité en dépend in fine. Ce qui est recommandé est une ré-évolution du mode de vie collective en inventant de nouvelles manières de rapprochement humain. Après tout, la notion de proximité ne cesse de se redéfinir avec les découvertes scientifiques. Qui sait ? Parmi les cinq sens, le toucher cédera sa place à la vue et l’ouïe ou bien, peut être, il sera satisfait un jour à distance.
La crise va bouleverser beaucoup d’équilibres existants sans aucun doute. Les relations en entreprise en font partie. Certaines tensions vont refroidir, vu l’éloignement spatial (télétravail, ergonomie réaménagée…), d’autres antagonismes vont naître et s’intensifier avec les canaux de communication à distance qui attisent le feu des conflits tel que prouvé par plusieurs études.
Certaines fortes amitiés peuvent aussi s’attiédir, vu la distanciation et le manque du contact habituel. Bref, la cartographie relationnelle aura sa part du chamboulement que nous vivons aujourd’hui. Nous allons vivre des éloignements et des rapprochements en fonction des intérêts dictés par la conjoncture.
Les relations entre les collaborateurs et leurs managers changeront, les modalités d’évaluation de même. Le positionnement des partenaires sociaux changera. Les modes d’influence ainsi que le pouvoir y afférent sera aussi remis en question. Tout évoluera…
En attendant la fin de la pandémie, si fin existe, il serait incorrect de chercher à rétablir l’équilibre antérieur, mais plutôt il faudra en chercher un nouveau. S’attarder à reconstituer l’ancien équilibre dans de nouvelles conditions serait semblable au fait de chercher midi à quatorze heures.
Si la situation dure plus longtemps, les repères relationnels vont évoluer de même et, peut-être, la proximité physique ne revêtira plus la même importance. Ainsi, nous allons devoir chercher des solutions technologiques nouvelles permettant de répondre aux besoins de socialisation mais sur des bases virtuelles. Ceci n’est pas impossible, puisque les amitiés via les réseaux sociaux ne cessent de se démultiplier et même les relations conjugales s’y prêtent de plus en plus. Rien ne nous empêchera de concevoir des activités communes à distance, même des team-building. Le présentiel est en perte de vitesse depuis des décennies. Cette pandémie ne fait qu’accélérer son repli en faveur du virtuel et des e-pratiques et e-solutions.
C’est le temps de l’adaptation en mode fast-track, et c’est ainsi que nous allons devoir évoluer. Darwin l’a bien dit : Ce ne sont pas les plus forts qui survivent, ni les plus intelligents; ce sont ceux qui s’adaptent le mieux au changement…»