Mouhssine Benzakour : «Une organisation parfaite du temps de travail est impossible. C’est un dosage subtil qu’il faut préserver»

Questions à Mouhssine Benzakour, Sociologue – Enseignant chercheur.

• La Vie éco : Avec la démocratisation progressive du télétravail, peut-on dire que la présence physique au bureau a une quelconque importance aujourd’hui ?
Il est vrai que les technologies de l’information ont fait exploser l’organisation classique du travail dans plusieurs domaines.
Nous sommes dans un contexte où les organisations sont régulièrement remises en cause. Et la flexibilité occupe une place importante dans ce nouveau contexte ; elle est partout présente, qu’elle concerne les compétences ou la distribution du travail. Cette flexibilité est un nouveau choix de vie pour beaucoup de travailleurs. Une sorte de nomadisme professionnel.
Toutefois, on se plaît à croire que la présence physique est optimisée si les salariés respectent assidûment les horaires de travail. Pourtant, être sur le lieu de travail n’assure pas forcément une rentabilité optimale. C’est faire acte de présentéisme.
Ces comportements sont plus visibles lorsque les emplois ne sont pas liés directement à des postes stratégiques, notamment pour les postes de production.
La présence n’est pas une finalité en soi. Elle doit être considérée dans une logique de gestion de performance globale.
Pour beaucoup de dirigeants, la présence, et par conséquent le contrôle du temps de travail, est un élément central de leur pouvoir hiérarchique.
Dans un contexte différent, notamment lorsqu’un cadre sait ce qu’il doit faire durant sa journée, la question ne se pose plus. On sait de toute manière qu’on va évaluer le collaborateur sur ses résultats et non sur son temps de présence.
Je pense qu’un manager doit passer de la logique des horaires fixes à la logique de la clarté des objectifs et à la mesure de la performance réelle.
D’un autre côté, les nouvelles technologies, notamment le télétravail ou de travail à distance, ont quelque peu changé les modes de gestion, les rythmes de travail. Cette forme de flexibilité a montré ses preuves. Pour certaines fonctions où la présence n’est pas forcément obligatoire, il peut s’avérer utile aussi bien pour l’entreprise que pour le salarié. Par exemple pour la fonction commerciale, le travail à distance a permis de réaliser des économies d’échelle (déplacements, temps de travail…).

• Est-ce à dire que certains salariés peuvent se permettre de faire les deux à la fois ?
Tout à fait, du moment qu’on respecte l’humanité des individus. Vous savez, même avec les nouvelles technologies, on peut aussi être l’esclave de son agenda, passer les deux tiers de son temps sur Zoom ou Skype et se sentir plus surveillé à distance qu’on ne l’était au bureau. Le présentéisme à distance peut être également néfaste qu’au bureau.

• Quels sont les écueils à éviter ?
Il est vrai qu’en ces temps, nous sommes dans une approche hybride où la contrainte de santé est manifeste.
Reste qu’une organisation parfaite du temps de travail est impossible. C’est un dosage subtil qu’il faut préserver. La présence est toujours nécessaire rien que pour entretenir des relations avec son entourage professionnel, partager les expériences… Mais l’important est de se focaliser sur la performance réelle. Un manager doit passer de la logique de présence obligatoire à la logique de la clarté des objectifs et à la mesure de la performance réelle.