Mohssine Benzakour : La santé physique et morale est un facteur de bien-être au travail, mais il n’est pas le seul

Management de proximité, implication des partenaires sociaux, restauration des espaces de discussion sont des éléments pour développer le bien-être. La surveillance des conditions de santé et de sécurité au travail est un préalable au développement du bien-être en entreprise.

Les risques psychosociaux au travail font l’objet d’une plus grande attention de la part des dirigeants pour la simple raison que la performance d’une entreprise est intimement liée à l’épanouissement de ses salariés. Comment prévenir ces risques et, surtout, comment favoriser le bien-être dans l’entreprise ? Mohssine Benzakour, psychosociologue et enseignant chercheur, définit le bien-être au travail et expose quelques facteurs en mesure de créer un environnement favorable à l’épanouissement.

Comment appréciez-vous le bien-être au travail ?

S’il y a deux façons de concevoir le bien-être au travail, à savoir la perspective hédonique (axée vers le plaisir et les émotions positives) ou eudémonique (axée vers le développement de son plein potentiel), on ne peut parler de bien-être au travail que quand l’authenticité intra-personnelle est liée au bien-être subjectif et psychologique de l’individu. J’explique ceci par le fait que, surtout, les entreprises ne doivent pas porter l’attention sur l’aspect pécuniaire pour motiver les individus mais sur la communication, la proximité… Et donc ça passe par la nécessité de soigner les relations interprofessionnelles.

Pensez-vous que les entreprises s’intéressent au bien-être de leurs salariés ?

La majorité des entreprises marocaines repensent leurs modes de management, d’organisation et de vie sociale dans l’entreprise, ce qui permet de créer un nouvel équilibre intégrant la performance tant sociale qu’économique.  Je pense que l’une des actions clés que les entreprises ont mises en place est bel et bien les enquêtes de climat social qui permettent de mettre en évidence les forces et les points de vigilance telles que perçues par le personnel, de mesurer l’efficacité de la politique de gestion des ressources humaines, de détecter les sources de satisfaction et les causes d’insatisfaction éventuelles… et donc, quelque part, c’est appréhender des facteurs parfois latents, difficilement mesurables par le management au quotidien.

Quels types d’actions mettent-elles en place généralement ?

Les actions peuvent être nombreuses, j’en citerais quelques-unes à titre d’exemple :
• le management de proximité : si les hommes constituent la ressource stratégique majeure, les dirigeants s’en préoccupent au même titre que les enjeux économiques. Les patrons savent aujourd’hui que ce sont les salariés qui font la performance de l’entreprise ;
• l’implication des partenaires sociaux : la sensibilisation, la connaissance et les compétences pour traiter d’un sujet qui concerne tous les secteurs, tous les métiers et toutes les relations de travail.
• donner aux salariés les moyens de se réaliser dans le travail, restaurer des espaces de discussion et d’autonomie dans le travail ;
• préparer et former les managers au rôle de manager, affirmer et concrétiser la responsabilité du manager vis-à-vis des équipes et des hommes ;
• anticiper et prendre en compte l’impact humain des changements : tout projet de réorganisation ou de restructuration doit mesurer l’impact et la faisabilité humaine du changement ;
• ne pas laisser le salarié seul face à ses problèmes et l’accompagner en cas de difficulté.

Quelles sont généralement les causes qui provoquent un malaise chez les individus ?

La santé est «un état complet de bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité», selon la définition donnée par l’Organisation mondiale de la santé. Si santé égale bien-être, alors les entreprises ne peuvent limiter leur action aux risques psychosociaux. Celle-ci demeure indispensable, mais elle n’est qu’un élément d’un enjeu plus large : la valorisation du bien-être des salariés dans l’entreprise.
Il s’agit pour les entreprises d’une démarche à la fois sociale et économique car la santé des salariés est une source incontestable d’efficacité dans le travail, et donc de performance individuelle et collective. Travail et santé entretiennent même une double relation : d’une part, la santé est la condition d’un travail de qualité. D’autre part, le travail, effectué dans des conditions adéquates, est facteur de réalisation personnelle.

Comment se manifestent les problèmes liés à la santé mentale ?

Ils se manifestent par plusieurs facteurs, à commencer par la dimension émotionnelle, surtout quand le salarié est seul face à ses problèmes.
Ils se manifestent également par le stress. Un état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui imposent son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Si le stress au travail n’est pas un phénomène nouveau, le terme de risques psychosociaux (stress, incivilité, harcèlement) n’est passé que progressivement dans le vocabulaire courant.
On peut citer également l’absentéisme : les accidents du travail ne constituent pas les seules causes d’absentéisme. Les maladies professionnelles en sont un des facteurs récurrents. Le stress professionnel progresse par ailleurs comme l’une des causes d’absentéisme majeures auxquelles sont confrontées les entreprises.

Comment prévenir les risques ?

L’amélioration de la santé psychologique au travail ne doit pas se limiter à la gestion du stress professionnel. Le vrai enjeu est le bien-être des salariés et leur valorisation comme principale ressource de l’entreprise.
Le métier n’est pas qu’une source de rémunération : il est partie prenante de l’épanouissement personnel, de l’intégration et du lien social. Ce lien essentiel avec le travail place l’entreprise au cœur des solutions.
Il s’agit également d’affirmer une culture d’entreprise soucieuse de la santé des salariés à travers l’aménagement des espaces de travail ergonomiques, l’affichage des règles de vie et d’usage (via des chartes des relations de travail et d’usage des NTIC, par exemple), ce qui permet aux salariés de mieux s’approprier les valeurs de l’entreprise. L’espace de travail reste un facteur incontestable de bien-être au travail.
On peut également procéder par le renforcement de la formation des membres de l’entreprise sur les sujets de santé psychologique et enfin mesurer les conditions de santé et de sécurité au travail est une condition du développement du bien-être en entreprise.