Maroc – Salaires : Questions à  Houcine Berbou, Directeur associé au sein du cabinet LMS ORH

« Les rémunérations des cadres dirigeants n’ont pas connu de baisse »

La Vie éco : Comment évoluent les salaires des débutants ?

Il semble important de distinguer trois périodes. Celle allant de 2008 à 2010 a connu en effet une surenchère des salaires, notamment des nouveaux lauréats débarquant sur le marché de l’emploi. Les augmentations étaient en moyenne de 15% et pouvaient atteindre les 25% pour des fonctions spécialisées et ultra demandées sur le secteur. L’expansion des grands groupes marocains ou étrangers, l’extension de nouveaux métiers, le développement de grands projets structurants… sont en partie les éléments déclencheurs de cette inflation des salaires.
La période allant de fin 2009 jusqu’à 2011 était pour sa part marquée par un attentisme et une baisse des recrutements. Elle a été également marquée par la stagnation des rémunérations à l’embauche.
En revanche, la période allant de 2011 à aujourd’hui est plus difficile. Les salaires sont revus à la baisse. On n’est plus dans la fourchette de 9 000 à 10 000 DH mais bien moins. Par exemple, les salaires des métiers de l’informatique ont été revus à la baisse
en raison de l’abondance des offres et du fléchissement de la demande.
Fait marquant tout de même, les rémunérations des cadres dirigeants n’ont pas connu de baisse puisque les entreprises sont toujours à la recherche de l’oiseau rare, capable d’aider à surmonter la crise et donner un souffle nouveau au développement de l’entreprise.

Justement, quels sont  les métiers les plus attractifs ?

Tous les métiers en corrélation avec les grands projets de développement, les niches de développement… On constate par exemple une constante attractivité pour les métiers de l’ingénierie, les métiers de la logistique, le marketing et communication.
Naturellement, les lauréats des écoles d’ingénierie et de commerce étrangères (HEC Paris, Polytechnique, Centrale Paris, Ponts et Chaussées et autres) caracolent en tête du classement des meilleures rémunérations annuelles brutes à l’embauche. Ainsi, les lauréats de ces écoles peuvent prétendre à 20 000 DH nets. Ils sont talonnés par les écoles de province comme ENS Lyon, Centrale Lille ou celle de Lyon avec des salaires avoisinant les 15 000 DH nets ou encore les lauréats d’écoles marocaines type EHTP (Ecole Hassania des travaux publics) ou EMI (Ecole Mohammadia des ingénieurs).
C’est la raison pour laquelle, à de rares exceptions près, les jeunes diplômés des universités issus de cursus assez généralistes ne font pas le poids face à ceux des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs.

Y a-t-il des secteurs plus compétitifs que d’autres ?

Les secteurs de l’automobile, du câblage et de l’aéronautique restent attractifs. Certaines zones industrielles comme celle de Kénitra commencent à proposer des salaires intéressants pour les jeunes diplômés.