Le télétravail encore peu prisé au Maroc, malgré ses avantages

Nouvelles technologies, marketing, médias, communication et commercial sont les activités qui se prêtent le plus au télétravail.
La présence au bureau est encore jugée indispensable dans beaucoup d’entreprises.
Le télétravail requiert un management par objectif et une confiance mutuelle entre l’employeur et l’employé.

Porté par l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC), le télétravail est une forme d’organisation qui pourrait s’imposer dans les prochaines années un peu partout dans le monde. Et ce, pour des raisons objectives que sont les difficultés de plus en plus élevées à se déplacer dans les grandes villes, l’augmentation des coûts du transport et, en toile de fond, la recherche de gains de productivité. D’autant plus que (et c’est tout aussi déterminant dans cette évolution) les gens sont en quête d’une vie meilleure qui s’acquiert, notamment, par un équilibre entre le travail et les activités privées. Ici comme ailleurs, cette évolution a commencé par les consultants et autres commerciaux dont une présence permanente au bureau reflète plutôt le manque d’efficacité. Puis ce fut au tour de ceux qui exercent, entre autres, dans les solutions informatiques, les médias, le marketing et la communication.
Le phénomène ne se propage cependant pas au même rythme dans tous les pays parce qu’il est fortement influencé par le facteur culturel. Par exemple, une enquête réalisée en Europe montre qu’en France le nombre de télé-travailleurs est de 6% contre 25,4% aux Pays-Bas, 22,8% en Allemagne. Au Danemark, 42% des cadres se sont mis au télétravail. Ils sont plus de 15% en Italie et au Royaume-Uni. Au Maroc, aucune enquête sur cette forme d’organisation n’a encore été menée. Cependant, en se fiant aux DRH et cadres dirigeants d’entreprises, on peut en déduire qu’elle est résiduelle,  même si les sites de recrutement en ligne diffusent de plus en plus d’offres d’emploi dans ce domaine. C’est parce que le «présentéisme» est ancré dans les entreprises au Maroc. Pour beaucoup de dirigeants, le travail ne se conçoit que dans un cadre déterminé qu’est le local destiné à cet effet : le bureau, l’usine ou le chantier. L’explication est que le contrôle du temps de travail est un élément central de leur pouvoir hiérarchique. Cet état d’esprit est d’ailleurs confirmé par Khalid Benghanem, DRH d’Altadis Maroc.
Que faire par exemple quand un employé travaillant à domicile est victime d’un accident durant la période impartie à ses activités professionnelles ? Quelles preuves peut-on utiliser ? Dans quelles conditions les assurances accepteront-elles de rembourser facilement ce genre de sinistres ? Quel est le statut réel du télétravailleur ? Doit-on le considérer comme un employé à plein temps ou comme un indépendant ? Beaucoup de questions restent encore sans réponse. Même en France, notre éternelle référence dans beaucoup de domaines, ce volet législatif n’est pas encore tout à fait réglé. Une loi a certes été adoptée par l’Assemblée nationale en juin 2009, mais n’est toujours pas passée devant le Sénat.
Pour le moment, on sait que le texte définit le télétravail comme «toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail, qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur, est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail ou d’un avenant à celui-ci». Pour ce qui est du statut, le législateur précise que le télétravailleur a «les mêmes droits que tous les autres salariés de l’entreprise. Il est soumis aux mêmes conventions collectives, aux mêmes accords d’entreprise. Il a les mêmes  droits de vote, les mêmes avantages sociaux». En France, le secrétariat d’Etat chargé de la prospective et du développemnt de l’économie numérique, a même émis l’idée de développer des télécentres (locaux équipés en outils informatiques et dotés de systèmes de télécommunications) dans les zones excentrées pour susciter l’intérêt pour ce mode d’organisation.

Un seul principe : être dans une logique de performance

Cependant, les fonctions ne se prêtent pas toutes au télétravail. On imagine mal un préposé au guichet d’une banque ou un chef de production se permettre une telle souplesse. Et pour cause, il y a un client à satisfaire durant des heures précises et une ligne de production qui doit tourner.
Pour une entreprise, la mise en place du télétravail «nécessite un management par objectif et une relation de confiance», fait remarquer Karim El Ibrahimi, DG du cabinet RMS Conseil. Et de poursuivre : «Le principe est d’être dans une logique de performance et d’obligation de résultat. Il n’y a plus le travail à la maison et le travail au bureau, mais seulement le travail. Personne n’a jamais à donner une excuse ou à se justifier du moment qu’il atteint ses objectifs. Cela demande aussi de tout formaliser, en fixant par exemple des réunions régulières pour éviter un excès de flottement».
En effet, comme le souligne, à juste titre, Abdelillah Jennane, directeur de l’Institut des ressources humaines (IRH), «la présence est toujours nécessaire ne serait-ce que pour entretenir des relations avec son entourage professionnel et partager les expériences. La distance peut, au fil du temps, entraîner un faible degré de compréhension, de partage, de motivation collective, de cohérence et de performance d’une équipe». Il reste que l’employeur ne doit pas profiter du travail à distance pour surcharger le collaborateur. Il peut en effet arriver que celui qui est doté de tous les outils numériques nécessaires, et joignable à tout temps, soit sollicité plus qu’il ne faut. Ce qui est contraire au but recherché à savoir faire coexister la performance et une bonne qualité de vie.

A Lire aussi :

Les avantages et les risques du télétravail.

Le télétravail encore peu prisé au Maroc, malgré ses avantages : Avis de Abdelillah Jennane, Directeur de l’Institut des ressources humaines (IRH).

Le télétravail encore peu prisé au Maroc, malgré ses avantages : Avis de Karim El Ibrahimi, DG de RMS Conseil.

Le télétravail encore peu prisé au Maroc, malgré ses avantages : Avis de Khalid Benghanem, DRH d’Altadis Maroc.

Le télétravail encore peu prisé au Maroc, malgré ses avantages : Avis de Hamid Jafour, Consultant senior à Valoris Conseil.