«Le protocole sanitaire devient plus pesant dans le temps»

Questions à Mohammed Benouarrek DRH – Expert international en ressources humaines et conduite du changement.

• La Vie éco : Le protocole sanitaire représente-t-il véritablement un casse-tête pour les DRH ?
Il est évident que le protocole sanitaire alourdit pesamment la cadence du travail, des flux ainsi que des interactions. Je ne connais aucune entreprise qui se réjouit de l’ensemble des mesures sanitaires en dehors du fait qu’elles soient indispensables dans cette conjecture. C’est un mal nécessaire afin de ralentir la cadence de propagation de cette pandémie. Sans ce protocole sanitaire, la situation aurait pu être plus sévère.
Le Maroc était avant-gardiste par rapport à d’autres pays en matière de lutte contre cette pandémie, et ce via une batterie de mesures tels que le confinement, les mesures sanitaires adoptées pour le milieu du travail, l’approche solidaire, etc.
Il faut l’admettre, l’administration du protocole sanitaire, les mesures de contrôle dudit protocole auprès des administrations et des entreprises, le suivi du processus sanitaire par les autorités compétentes, sont des investissements lourds et engageants pour toutes les parties prenantes et loin d’être une partie de plaisir. Ce qui rend la mission plus délicate est sa durée dans le temps.
L’administration du protocole sanitaire est nécessaire certes, mais elle reste une charge en termes de temps investi et en termes de coûts à supporter pour son exécution.

• Les tests de dépistage représentent souvent un coût non négligeable. Comment s’y prendre avec cette mesure ?
L’entreprise souffre non seulement du ralentissement de sa cadence de travail, de la crise économique tant évidente, mais aussi comme si ce n’était pas suffisant, du coût des mesures sanitaires et des tests de dépistage. Nombreuses sont les entreprises qui ne se sont plus relevées de leurs cendres durant la pandémie. Certaines sont toujours en shut-down, d’autres se sont séparées d’une partie de leurs effectifs alors que d’autres continuent à résister pour survivre.
Le coût des tests de dépistage est exorbitant et demeure à la charge totale de l’entreprise. Pire, la valeur du test est très limitée dans le temps et ne veut absolument rien dire, car le collaborateur testé négatif peut chopper le virus dans son chemin de retour du laboratoire de test.
Pire, plusieurs entreprises étaient contraintes de refaire le test plus qu’une fois pour les mêmes collaborateurs. Ce coût est supporté par l’entreprise seule, qu’elle soit en agonie ou en sérum damane oxygène.
Je ne connais pas de solution miraculeuse qui permet à l’entreprise de se défaire de ce centre de dépense fastidieux, mis à part le fait d’opter pour le télétravail. C’est la seule option sérieuse qui me paraît possible afin de limiter les dégâts. Malheureusement, pas toutes les entreprises peuvent y recourir, vu la spécificité de la nature de leur travail.

• Quelles sont les bonnes pratiques à promouvoir, notamment en matière de gestion des flux de personnes, de nettoyage/ désinfection des surfaces…?
Toutes les bonnes pratiques et les recommandations sont en effet reprises par le protocole sanitaire officiel, ainsi que les guides pratiques déjà en partage dans les réseaux sociaux et les différents sites. Une revue de ses best-practices nous ramène vers l’évidence de passer aux next practices.
En effet, passer du mode classique d’interaction aux e-interactions via le digital est une piste sérieuse à explorer davantage.
Le blocage fondamental réside dans le fait que plusieurs entreprises utilisent le digital mais rares sont celles qui pensent digital. Une refonte de plusieurs postes s’impose afin de pouvoir les exercer à distance.
Une recommandation pour certains managers dans le même ordre d’idée : faites confiance aux résultats plus que la machine de pointage.