Le Maroc ambitionne aujourd’hui de former plus de 15 000 ingénieurs par an

L’Ecole Mohammadia des ingénieurs forme actuellement 500 ingénieurs par an contre 280 en 2006. Le Maroc forme maintenant 10 000 ingénieurs par an, mais il en faut encore plus. Le génie civil, industriel et mécanique ainsi que les télécoms présentent beaucoup d’intérêt pour les étudiants.

Les résultats du Programme 10 000 ingénieurs sont bel et bien positifs. Les grandes écoles publiques et privées forment de plus en plus d’ingénieurs dans toutes les spécialités. Driss Bouami, directeur de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI), est pourtant convaincu qu’il en faut davantage pour répondre à la demande. Attention toutefois à ne pas brimer la qualité. Explications.

Où en est l’EMI actuellement avec la formation des ingénieurs ?
 

Jusqu’à 2006, nous étions à des promotions de 280 lauréats par an. Mais depuis 2007, l’école a connu une réforme radicale qui a touché l’ensemble de ses programmes pédagogiques. D’ailleurs, l’initiative des 10 000 ingénieurs a été lancée par l’ancien Premier ministre Driss Jettou ici même à l’EMI. Pour nous, il était question de doubler notre capacité et, à fin 2010, on est arrivé à former 500 ingénieurs par an. Nous gardons une dimension scientifique qui a toujours fait la notoriété de l’école, mais nous avons intégré en parallèle une dimension managériale qui manquait à nos étudiants et lauréats. C’est-à-dire que nous avons renforcé nos filières par des modules qui touchent aussi bien la gestion d’entreprise, le management, le marketing, la gestion des ressources humaines… Nous avons également mis en place une pédagogie qui s’articule sur la réalisation d’un bon nombre de projets par les étudiants. Ainsi, durant les trois années de formation, les étudiants ont la possibilité de réaliser des projets professionnels en plus du projet final en fin d’études. Il s’agit des études de cas qui auront pour objectif de développer des aptitudes d’auto-apprentissage chez les élèves. Cela développe chez eux une capacité d’autonomie mais aussi de travail d’équipe.

Quelles sont les filières les plus sollicitées par vos étudiants ?
 

Comme nous sommes une école polytechnique, nous avons huit filières : génie civil, génie industriel, génie mécanique, génie des procédés, génie minéral, génie informatique, génie électrique et enfin la modélisation et informatique scientifique. L’école offre une vingtaine d’options réparties entre ces filières. Il faut rappeler que la moitié des modules est commune à tous les étudiants, quelle que ce soit la filière. De ce fait, l’ingénieur sera généraliste et disposera d’une grande capacité de mobilité et d’adaptation à des domaines différents d’ingénierie.
Pour les filières les plus sollicitées, la demande dépend surtout du marché de l’emploi. Aujourd’hui, le génie civil, industriel et mécanique présente beaucoup d’intérêt pour les étudiants vu l’essor économique que connaît le pays   dans l’industrie, les BTP… Nous arrivons à avoir 80 à 85 ingénieurs par filière. La filière informatique ainsi que la spécialité télécoms ne sont pas en reste.

Justement, à propos de la politique des 10 000 ingénieurs, pensez-vous que le Maroc a atteint son objectif ?
 

Tout à fait ! Puisque pour l’année 2010/11, le Maroc a formé plus de 10 000 ingénieurs. Ceci dit, je tiens à faire une précision. Sur ces 10 000, il faut compter 3 300 qui sont formés par les écoles d’ingénieurs proprement dites. On compte généralement près de 450 lauréats formés par le réseau des ENSA (Ecoles nationales des sciences appliquées), près de 400 lauréats des facultés des sciences et techniques et le reste est formé dans les écoles classiques comme l’EMI, l’EHTP, l’ENIM, l’ENSEM… A ces 3 300 lauréats, on ajoute les détenteurs de master ou diplômés d’écoles privées, ce qu’on appelle les ingénieurs assimilés. Le Maroc a choisi de les comptabiliser parce que d’autres pays à travers le monde optent pour cette formule.

Peut-on dire que le système éducatif arrive à satisfaire la demande du marché tant sur le plan quantitatif que qualitatif ?

Sur le plan quantitatif, il est clair que le Maroc est encore à la traîne par rapport à d’autres pays méditerranéens voisins même si ce déficit s’est quelque peu résorbé.
Au niveau national, il faut ajouter également que le Maroc a pris l’initiative d’augmenter le nombre de lauréats pour répondre à un besoin imminent de compétences. Cette demande accrue d’ingénieurs a quelque peu provoqué une inflation des salaires durant les dernières années. C’est ce qui a perturbé l’attractivité du Maroc.
Pour répondre à la question, je dirais que le besoin existe encore. D’ailleurs, le Maroc ambitionne aujourd’hui de former plus de 15 000 ingénieurs par an. Ceci dit, il ne faut pas occulter la qualité des compétences. Il est clair pour nous par exemple de ne pas exploser notre capacité d’accueil car la qualité va se faire sentir au final. Je pense à cet effet qu’il faut ouvrir davantage d’écoles pour répondre à la demande.

Le Maroc a beaucoup investi dans le domaine des TIC, pensez-vous qu’il faut davantage d’ingénieurs formés ?

Il est vrai que les ingénieurs en informatique, télécoms, réseaux… ont toujours la cote même si la conjoncture internationale a quelque peu engendré une baisse de tension sur le marché local. Il ne s’agit que d’une régulation puisque la demande de ressources qualifiées est toujours d’actualité.

Quels sont les secteurs d’activité où les entreprises sollicitent le plus d’ingénieurs ?

A vrai dire, tous les secteurs sont intéressés par les ingénieurs mais nous remarquons que depuis quelques années l’industrie dans toutes ses branches (agroalimentaire, chimie, mécanique…) reste le plus gros recruteur. On peut ajouter également les services, notamment les banques et assurances mais aussi les bureaux de conseil qui s’intéressent de plus en plus aux profils d’ingénieurs.
L’arrivée d’ingénieurs dotés d’une double compétence a quelque peu favorisé leur essor. Des profils combinant école d’ingénieurs et master de finance ont ainsi retenu l’attention des banques ou des divisions financières des entreprises. Elles sont à la recherche de collaborateurs alliant l’esprit scientifique d’un ingénieur avec l’ouverture sur le monde économique offerte par un diplôme financier.
Chez nous, par exemple, le taux d’insertion est de 100%. La notoriété de l’école y est pour quelque chose mais aussi parce que les ingénieurs sont très prisés sur le marché de l’emploi.

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