Le marché de l’emploi reste bien orienté, malgré la prudence des entreprises

Les suppressions d’emplois, s’il
en existe, ne concernent que
le personnel temporaire.
Les grandes entreprises maintiennent malgré tout leurs programmes de recrutement.

De plus en plus de jeunes diplômés qui étaient restés
à  l’étranger reviennent au bercail et se montrent moins exigeants en termes de salaire.

Aux Etats-Unis, des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées du jour au lendemain sans emploi. L’inquiétude a aussi gagné les salariés européens, du moins ceux qui ne se sont pas encore retrouvés sur le carreau. En effet, dans la zone euro, le chômage a atteint 8,2 % en janvier, son plus haut niveau depuis septembre 2006, avec 250 000 chômeurs en plus que le mois précédent. Au total, un peu plus de 13 millions de personnes étaient sans emploi en janvier dans cette région et la situation ne cesse de se détériorer malgré les plans de relance à coup de milliards d’euros. Le scénario est identique en Asie et dans certains pays du Golfe. Bref, les salariés sont, comme toujours, les victimes expiatoires parce que les frais de personnel sont les premières charges à être rabotées pour réaliser des économies.
Au Maroc, on n’en est pas encore là. Cependant, tous les secteurs ne sont pas à l’abri. D’ailleurs, face à cette situation, l’Association nationale des gestionnaires et formateurs du personnel (Agef) a organisé, mardi 24 janvier, une conférence sous le thème : «Impacts de la crise économique sur l’emploi et les salaires».
Actuellement, la situation du textile suscite plus d’inquiétude. On ne connaît pas exactement le nombre de personnes mises sur la touche. Pour l’instant, différentes sources parlent de 8 000 à 10 000 employés remerciés. Mais pour l’essentiel, il s’agit de temporaires dont les contrats ne sont pas renouvelés. Selon un consultant en ressources humaines, les règles fixées par le Code du travail en matière de licenciement sont tellement strictes qu’il est extrêmement difficile de se séparer des collaborateurs qui ont  un contrat à durée indéterminée (CDI) sans parler des syndicats qui sont sur le qui-vive, pour s’opposer à toute intention de réduction du personnel.
Les équipementiers automobiles qui travaillent en majorité pour des donneurs  d’ordre étrangers sont dans le même cas. Mais là aussi, il n’y a pas de chiffres sur les suppressions de postes : on se limite aux spéculations. Mais, selon un recruteur basé à Tanger, l’ambiance n’est guère meilleure dans le textile.
Ces deux secteurs souffrent davantage que les autres parce qu’ils dépendent quasi exclusivement des marchés européens qui sont presque tous en récession.

Les services s’en sortent mieux que l’industrie
Dans le tourisme, une autre activité fortement dépendante de l’étranger, on relève une certaine ambivalence dans les commentaires des observateurs et des managers. Comme on peut le constater d’ailleurs à travers les statistiques du ministère de tutelle, les hôtels classés n’arrivent pas à redresser leur taux d’occupation malgré la hausse des arrivées. Du coup, l’intensité du travail baisse. Un chef de cuisine d’un palace de Marrakech affirme ne plus recourir aux extras (terme utilisé dans ce secteur pour désigner  le personnel recruté pour une très courte période, par exemple à l’occasion de l’arrivée d’un groupe ou pour faire face à l’affluence d’un week-end). Il assure que le même contexte prévaut dans de nombreux établissements. «Je profite d’ailleurs de la baisse d’activité pour constituer des équipes qui viennent à des heures creuses pour remettre de l’ordre dans tous les recoins de la cuisine», dit-il.
Apparemment, ce sont les établissements indépendants qui subissent le plus les vents défavorables qui soufflent sur le secteur. En effet, du côté du groupe Accor, le plus grand opérateur de la place, la situation est au beau fixe. Son patron, Marc Thépot, assure ne pas avoir de souci à se faire, même s’il reconnaît un ralentissement de l’activité à Marrakech, Rabat et Agadir, dans une moindre mesure. A l’en croire, le plan de développement n’a pas subi de modification, et le programme de recrutement du groupe est maintenu, tout comme la politique salariale.
Ce n’est pas seulement le DG d’Accor qui manifeste un tel optimisme. Hicham Zouanat, DRH dans un groupe du secteur agroalimentaire et président de l’Agef, est tout aussi rassurant. Il souligne que, pour son entreprise, «le début de l’année a été plus que satisfaisant en termes de chiffre d’affaires et toutes les prévisions de recrutement ont été maintenues». Dans l’offshoring, plus précisément dans les centres d’appel qui constituent encore le gros de l’activité, les opérateurs sont unanimes à dire qu’il n’y a pas de baisse de régime. Quelques-uns reviennent même sur leurs difficultés à monter en charge à cause du déficit de ressources humaines : à mesure que l’activité croît, les candidats qui manient correctement les langues étrangères, le français et l’anglais en particulier, se font rares. La conjoncture favorable dans laquelle opèrent les centres d’appel est confirmée par Ali Serhani, consultant associé au cabinet Gesper Services. Selon lui, l’informatique offre également des opportunités d’emplois. De même, fait-il remarquer, les profils classiques comme les commerciaux restent demandés. Pour anticiper d’éventuels soucis, certaines entreprises revoient leur organisation pour la rendre plus efficace. D’où le recrutement de contrôleurs et d’auditeurs internes.

Les candidats à l’embauche lâchent du lest sur les salaires
Dans les services en général, l’emploi est maintenu. Mieux  on y recrute toujours. C’est le cas dans les banques, où  les patrons ne ratent jamais l’occasion pour se  féliciter de l’évolution de l’activité, et dans le bâtiment et travaux publics qui tient le coup, même si des signes d’essoufflement se font sentir dans la production de logement.
Essaid Bellal, DG du cabinet Diorh, se montre pour sa part plus pondéré. Il fait savoir que les programmes de recrutement sont toujours maintenus, mais que les entreprises n’embauchent pour l’instant que pour pourvoir des postes existants et très peu pour des créations d’emplois. Dès lors, on s’aperçoit qu’il y en a qui regardent venir avant de s’engager. M. Bellal annonce même que l’activité recrutement de son cabinet a baissé d’un tiers par rapport à une année normale. C’est certainement la faute à l’attentisme. Il y a cependant un fait nouveau qui peut expliquer ce repli. «De plus en plus de jeunes Marocains reviennent de l’étranger faute de pouvoir y trouver un emploi», relève M. Serhani. Du coup, les entreprises ont plus de chances de trouver plus rapidement la personne adéquate, ce qui les encourage à se passer des professionnels du recrutement. Et comme l’heure est à la limitation des charges, toute économie est la bienvenue. Les entreprises sont en outre toutes heureuses de voir que les prétentions salariales ont baissé. De peur de perdre une opportunité d’embauche, certains candidats se montrent en effet moins exigeants. L’enquête effectuée par Diorh en janvier confirme d’ailleurs cette tendance à la modération. Elle a révélé que la médiane des salaires a baissé d’un point pour toutes les catégories socioprofessionnelles.