L’amitié au travail : Avis de Ghita Mseffer, Psychologue d’entreprise

Il ne suffit pas d’être l’ami du patron pour bénéficier de certaines faveurs.

Cultiver des relations amicales au bureau présente pour moi beaucoup plus de risques que d’avantages. Dans le conscient des gens, la relation entre un supérieur hiérarchique et son subordonné ami suppose un rapport d’égal à égal. Or, ce n’est pas toujours le cas. Il peut y avoir des frictions qui, à la longue, dégradent cette relation. De la même manière, on ne peut séparer les rapports d’amitié au bureau et les retrouver en dehors. Nous avons le même mode de fonctionnement, ce qui fait qu’on ne peut changer d’attitudes selon l’environnement.

Bien évidemment, une rupture est vécue dans la souffrance et parfois dans l’agressivité. Elle peut perturber l’ambiance. Ainsi, il n’est pas rare de voir des personnes changer d’entreprise à cause de cette amitié perdue. La promotion de l’un des deux amis, à l’origine simple collègues, est bien souvent un cas épineux. Le rapport à l’autre change forcément et devient difficile à gérer.  

C’est pourquoi il faut dissocier l’amitié des contraintes professionnelles. Il est alors indispensable de communiquer pour ne pas tomber dans les ambiguïtés. L’important est de laisser le rapport hiérarchique prendre le dessus sur la relation. Pour un manager, il convient de définir les règles du jeu dès le départ, et ce, en mettant en avant les notions d’efficacité et de performance.

Travailler avec un ami ne pose pas de problème insoluble si chacun  adhère à quelques règles, notamment déontologiques. Le contrat tacite est que les deux collaborateurs ne doivent pas utiliser la relation de travail pour bénéficier ou faire bénéficier de passe-droit ou d’un quelconque régime de faveur.

Le fonctionnement de l’entreprise doit être analysé en termes de création de richesse et de valeur quelles que soient les relations entre les individus. Dans le cas contraire, l’échec est garanti. On ne peut suivre une telle logique que si le terrain est bien balisé par une discussion franche, entre les personnes concernées.

Dans toutes les relations humaines, il y a les notions de solidarité, de partage mais aussi de rejet. Mais il ne suffit pas d’être l’ami du patron pour bénéficier de certaines faveurs. Il y a un problème dès qu’une personne se sent frustrée, tout simplement parce que son amitié n’est pas récompensée.