La transmission d’une entreprise n’est pas un drame mais une opportunité pour garantir sa pérennité

On estime à  40% le nombre d’entreprises susceptibles d’être concernées par la transmission. Une bonne partie des dépôts de bilan ont pour origine une succession mal préparée. Portail de sensibilisation, bourses de cession, cas de réussite…, plusieurs solutions seront mises en avant pour vulgariser la démarche.

Combien d’entreprises peuvent être concernées par la transmission ?

Je tiens à souligner que les PME marocaines, de façon générale, connaissent un déficit en matière de transmission parce que l’identification du bon repreneur reste difficilement opérable. Il y a toujours le côté psychologique qui joue parce que le cédant cherche  un clone pour pouvoir lui transmettre son entreprise.
On sait, par exemple, qu’en Europe, on considère que les trois quarts des entreprises n’ont pas de repreneur car les managers ne sont pas préparés à cette éventualité de couper le cordon quand il le faut.
Au Maroc, étant donné que plus de 80% du tissu économique est constitué de PME/TPE, on estime à 40% le nombre d’entreprises susceptibles d’être concernées. La plupart des entreprises ont été créées dans les années 60-70 et sont arrivées à un stade ou soit elles sont reprises par un membre de la famille, généralement le fils ou la fille du créateur, soit elles sont cédées, soit elles disparaissent avec leur fondateur.
Comme je l’ai souligné précédemment, il y a un frein psychologique mais aussi d’ordre juridique et fiscal. La plupart des chefs d’entreprise ne préparent pas ou mal leur succession. Parfois, les raisons psychologiques les incitent même à retarder la transmission au-delà de l’échéance normale.
Les conséquences du manque de préparation des dirigeants, conjuguées à une juridiction complexe et au poids de la fiscalité, sont loin d’être négligeables sur le plan économique. Les mauvaises transmissions sont à l’origine d’un nombre appréciable de défaillances d’entreprises.

Vous avez justement lancé un baromètre de la transmission d’entreprises, quel constat tirez-vous actuellement ?

Le premier baromètre de la transmission d’entreprises a été réalisé par l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise (ANPME), en collaboration avec les cabinets BDO et C&O marketing, avec l’appui du ministère de l’économie et des finances, et la contribution d’Inforisk. Son but a été de dresser un état des lieux de la transmission au Maroc et d’apporter des réflexions sur la manière de pérenniser le cycle de vie de l’entreprise en lui assurant une transition réussie. Ce baromètre a été construit à travers l’analyse des dirigeants et des experts.
Ainsi, une étude quantitative nationale auprès de 120 entreprises dont 58 familiales et un benchmark réalisé auprès d’experts internationaux et nationaux ont été effectués pour la réalisation de ce baromètre.
Pour ainsi dire, la transmission d’entreprises reste un processus peu connu et mal appréhendé au Maroc. Il faut entendre par transmission la cession de la propriété de l’entreprise, c’est-à-dire le pouvoir décisionnel et/ou managérial.
Malheureusement, combien de PME disparaissent chaque année faute d’avoir trouvé un repreneur ? Une bonne partie des dépôts de bilan ont pour origine une succession mal réglée, mettant en cause des centaines d’entreprises et des milliers d’emplois.
La transmission est mal appréhendée au point que les dirigeants préfèrent transmettre leurs activités à des proches, en construisant un montage associant une donation-partage et l’instauration d’une holding familiale, même si ces derniers n’ont pas toujours les capacités nécessaires et suffisantes pour les diriger, ce qui peut remettre en cause la pérennité de l’entreprise. Tout comme, ils se trouvent parfois confrontés à la vente forcée.
Il faut dire que le Maroc dispose d’un fort marché potentiel d’entreprises transmissibles, mais ce vivier demeure mal exploité, d’où la nécessité de revoir les rouages de fonctionnement du processus de transmissions d’entreprises.

Comment arrivez-vous à sensibiliser ces managers ?

Nous sommes arrivés à une étape où nous comptons lancer prochainement un portail afin d’intéresser un bon nombre de dirigeants. Tout comme le fait de mettre en place des bourses de cession. Avec ce type d’outils, on peut essaimer cette culture et faciliter le processus de transmission.
Nous voulons également, à travers ces actions, montrer aux patrons de PME les réussites qui ont été réalisées grâce à ces opérations de transmission. Pas forcément celles des grandes structures mais des cas de PME.

Quelles sont les activités qui disparaissent, faute de reprise ?

Plus l’entreprise est petite, plus la probabilité de mourir est grande car la gouvernance tient à une seule personne. En revanche, plus l’entreprise est grande et structurée, plus elle a la chance de perdurer.
Nous avons toujours cette mentalité de dire qu’il ne faut pas s’entourer d’associés et de rester petit. On veut casser cette image et aider les entreprises à grandir.
C’est pourquoi nous comptons également, à travers le portail, ouvrir des boîtes à idées et recueillir des témoignages de managers pour dédramatiser la transmission et la voir comme une opportunité pour passer le relais.

Quelles sont pour vous les clés de la réussite ?

Se dire que toute chose a une fin. Le manager doit se dire qu’il n’est pas éternel, qu’il n’est pas le seul à détenir des compétences dans l’entreprise et accepter d’aller chercher des talents.

En quoi consiste la préparation du dirigeant/cédant?

D’abord évaluer l’état de son patrimoine, voir avec lui ce qu’il peut léguer, voir aussi en cas de partenariat comment monter une holding ou s’entourer d’actionnaires. Cela passe aussi par des séminaires de formation sur la transmission d’entreprises ciblant les futurs repreneurs et cédants.
C’est pourquoi l’avis d’un expert est souvent indispensable pour trouver toutes les solutions possibles. Au sein du cabinet BDO, on s’est positionné comme le spécialiste de la transmission d’entreprise depuis quelques années.

Souvent le lien familial vient perturber la phase de transmission, comment gérer cette situation ?

Certaines entreprises ont mis en place des chartes déontologiques qui définissent les règles de gouvernance. Pour éviter également les conflits d’intérêts entre les membres de la famille, le manager doit pouvoir désigner son dauphin puisqu’il y va de sa légitimité naturelle. Surtout considérer que dans une entreprise, c’est d’abord des collaborateurs et des équipes, pas des membres de la famille.