La rémunération d’un directeur général va de 1,6 à 5 MDH par an

Le cabinet Diorh a étudié 33 postes de DG, dont 25% dans des entreprises nationales. Vu la rareté des opportunités, les salaires sont plus réalistes, même si, dans certains secteurs pointus, ils sont toujours à la hausse.

Comment évoluent les salaires des dirigeants ? Sont-ils touchés par l’austérité ? Depuis deux ans, le cabinet Diorh passe à la loupe les pratiques salariales de cette population en vue d’en analyser l’évolution. Sa deuxième enquête sur le sujet a concerné 33 postes de dirigeants d’entreprises étrangères et nationales (25% du panel concernent les postes de dirigeants d’entreprises nationales). Pour Essaid Bellal, DG du cabinet Diorh, «il s’agit là des structures d’élite en matière de politique de ressources humaines, avec des règles transparentes en matière de politique de rémunération». Plusieurs secteurs sont représentés dans le panel, à savoir les biens de consommation, l’industrie pharmaceutique, les services et les nouvelles technologies. Seulement deux dirigeantes d’entreprises sont représentées dans cet échantillon.

Il ressort de l’enquête que l’euphorie des années précédentes est loin derrière. En effet, il y a quelques années, les salaires des dirigeants avaient connu un véritable bond, au point d’inquiéter les spécialistes des ressources humaines.

Amélioration de la politique salariale dans les entreprises publiques

Certaines filiales de multinationales avaient carrément préféré recruter des expatriés plutôt que des managers marocains dont les salaires étaient nettement plus élevés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Vu la rareté des opportunités, les salaires sont plus réalistes actuellement, même si dans certains secteurs pointus, ils sont toujours en hausse.

Ceci dit, il y a des différences entre un DG d’une grande entreprise et celui d’une PME, que ce soit en termes de pouvoir de décision, de périmètre d’action, d’activité, de champ relationnel et même de profil exigé. On peut donc trouver des différences de salaires. Les écarts peuvent être très importants en fonction de l’entreprise.

Quatre niveaux de rémunération sont identifiés par Diorh. Le premier tourne autour de 5,7 MDH annuel brut. Il s’agit là des salaires pratiqués dans les grandes structures où le périmètre du dirigeant est très large. Les écarts de salaire peuvent être de 134% entre le 1er et le 3e quartile. Le deuxième niveau de salaire se situe autour de 3 MDH. Il s’agit généralement de structures de taille moyenne où le périmètre du dirigeant est assez large. L’écart entre le 1er et le 3e quartile est de 117%.

Dans le troisième niveau, le salaire moyen tourne autour de 2,5 MDH avec comme caractéristique un périmètre limité du dirigeant. Pour le quatrième, la rémunération moyenne tourne autour de 1,6 MDH, avec un périmètre du dirigeant très limité. L’écart entre le 1er et le 3e quartile est de 128%.

Un autre cabinet de la place, IBB Executuve search, a publié quelques informations sur la rémunération de cette fonction à travers une enquête sur la mobilité des dirigeants. On y relève, entre autres, que dans la catégorie des DG/DGA, 57% d’entre eux perçoivent une rémunération supérieure à 1,4 MDH et 43% sont en dessous. Dans la catégorie des directeurs, 57% d’entre eux touchent un salaire inférieur à 1 MDH, tandis que les 43% sont au-dessus de ce niveau.

Au Maroc, aucun texte n’exige la publication des salaires des dirigeants

Les augmentations externes les plus importantes ont été réalisées dans la distribution, la logistique, le transport, la finance, l’assurance, l’industrie, la technologie, les médias et les télécoms. Donnée intéressante, la modernisation de la GRH dans les entreprises publiques a conduit à une amélioration de la politique salariale. Dès lors, les augmentations internes y sont les plus élevées du marché.

Sujet tabou dans la plupart des entreprises, la rémunération des dirigeants ne cesse de susciter des controverses. Rares, sinon inexistantes, sont celles qui publient le salaire de leurs hauts dirigeants. Il est vrai qu’au Maroc aucun texte ne l’exige. Dans le privé comme dans le public (en l’absence de statut particulier), la politique salariale relève de la discrétion des organes de gestion. Mais quand on demande toujours plus d’efforts et de patience aux collaborateurs, l’éthique voudrait qu’il y ait plus de transparence, notamment chez les entreprises qui font appel public à l’épargne.

Depuis 2008, de plus en plus de voix se sont élevées dans le monde pour exiger plus de clarté et moins d’abus dans la rémunération des dirigeants. La publication des gains de dirigeants de grandes sociétés financières, pourtant au bord de la faillite, avait fait désordre. Et ça continue. Certains patrons sur le départ sont même contraints, sous les quolibets des médias et du public, de renoncer à une partie de leurs gains.

C’est dans cet objectif de limiter les excès en matière de rémunération, qui sont dommageables pour les entreprises comme pour la cohésion sociale, que des pays comme la France ont limité la rémunération des dirigeants d’entreprises publiques à 450 000 euros annuels. L’idée de légiférer pour le privé avait même été agitée un moment. A l’évidence, la tendance est donc à plus d’encadrement et pour le renforcement de la gouvernance et du contrôle de ces rémunérations surtout au niveau des sociétés faisant appel public à l’épargne.