La relation école/université dans l’impasse à cause de la pandémie ?

• Les écoles ont imaginé différents processus pour garantir une expérience professionnelle à ceux qui en sont privés.
• Les partenariats écoles/entreprises restent bénéfiques pour les deux parties.

Pour beaucoup d’écoles qui entament la nouvelle rentrée, la question qui tétanise les esprits reste : Que faire pour éviter un séisme pour l’emploi des jeunes ?
Depuis le début de l’année, beaucoup d’écoles ont dû gérer de nombreuses annulations de stages, notamment en présentiel. Du coup, les partenariats écoles/entreprises sont dans l’impasse. «Les écoles ont imaginé différents processus pour garantir une expérience professionnelle à ceux qui en sont privés. Le stage peut ainsi parfois être remplacé par un projet tutoré, un mémoire ou encore une simulation de mise en situation professionnelle», note Hayat El Adraoui, enseignante chercheuse à l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises (ISCAE).
Pour rappel, la dernière enquête du portail Stagiaires.ma, réalisée en juin dernier auprès d’un échantillon de plus de 13 000 étudiants et 1200 lauréats, montre clairement le désarroi des étudiants. Seuls 19% des stages ont été maintenus, tandis que 64% ont été suspendus ou reportés. Les TPE sont celles qui ont le plus sauvegardé leurs offres de stages avec 37% de stages maintenus et 28% de stages partiellement maintenus au moment où seuls 9% et 11% de stages ont été maintenus respectivement au niveau des PME et des grandes entreprises. Il va de soi que la relation écoles-entreprises se limite uniquement aux stages. Ces dernières années, on a observé sur la place le développement de plusieurs partenariats qui touchent notamment la recherche & développement, l’innovation…
Pour exemple, Intel, acteur majeur dans le monde de l’innovation informatique, avait choisi il y a quelques années l’école Mohammadia des ingénieurs (EMI) pour développer des programmes basés sur la nouvelle carte Intel Galileo. Le but étant de mettre la puissance de la technologie Intel pour d’autant d’étudiants et de formateurs que possible. Plus original, depuis peu quelques entreprises se sont lancées dans les chaires. Le principe est simple : une petite équipe détachée par l’établissement de formation, dirigée par des scientifiques, développe des activités de recherche, de formation initiale et de formation continue au profit de l’entreprise.

Ajuster les conventions de stages en y intégrant des clauses adaptées à des conjonctures exceptionnelles
En 2017, Maghreb Steel a développé cette démarche avec la Fondation Ecole Centrale de Casablanca autour de la thématique de l’excellence opérationnelle. L’objectif du leader national dans l’industrie lourde a été d’accompagner son développement afin de travailler sur des problématiques identifiées en amont par le groupe. De même que l’Office chérifien des phosphates (OCP) s’est également engagé dans une chaire en partenariat avec l’EMINES (School of Industrial Management) de l’Université Mohammed VI avec pour objectif de traiter les problématiques relatives aux chaînes logistiques hybrides.
Pour l’école ou l’université, les liens établis avec les entreprises sont nécessaires pour ajuster l’offre de formations et leur contenu aux compétences recherchées par les entreprises, même si les universités ont encore du mal à développer cette culture de proximité avec le monde professionnel. Elles gagnent aussi en visibilité en recrutant les meilleurs chercheurs de la place et également en capacité de financement. Pour les entreprises, le gain attendu est de bénéficier des résultats de la recherche, de faire monter en compétence ses collaborateurs, de disposer de la proximité d’un vivier de diplômés et in fine développer la marque employeur. Selon Wadad Sebti, responsable stages & carrière au sein d’emlyon Campus Casablanca, «la relation école/entreprise reste bénéfique pour les deux partenaires. Au sein d’Emlyon Casa, nous avons mis en place les business challenges où les étudiants sont régulièrement invités à travailler sur des cas concrets d’entreprises. Dernier en date, celui du challenge BMCE Bank of Africa qui nous a soumis une problématique de fidélisation des jeunes actifs. Nos étudiants ont travaillé sur des actions concrètes sur le sujet et qui ont été pris en compte in fine par l’institution bancaire», souligne-t-elle. Il faut noter également que la réussite de telles démarches dépendent cependant du suivi. Souvent, de tels projets peinent à durer, parce que le suivi n’est pas fait avec sérieux. De plus, au niveau des universités, le nombre, parfois dérisoire des participants, ne permet pas d’assurer la continuité de tels programmes. Pour autant, ce type de partenariat est appelé à se multiplier tant les entreprises, dont certaines d’entre elles ont directement ouvert leur propre Académie se montrent décidées à réduire le déficit des ressources humaines compétentes auquel elles sont confrontées. Pour Hayat El Adraoui, «il est temps aussi peut être de penser à ajuster les conventions de stages en y intégrant des clauses adaptées à des conjonctures exceptionnelles, car il est indiqué nulle part des alternatives aux jeunes et aux professionnels en cas de crise». Dans certains secteurs comme celui de la santé, le recours aux étudiants est loin d’être recommandé, surtout qu’ils manquent fortement d’effectifs. Au moment où les établissements hospitaliers et les laboratoires se trouvent sous pression à cause du manque d’effectif et de matériel, leur demander de rester chez eux est une décision qui les prive d’une véritable opportunité d’apprendre et de mettre leurs acquis au test et prive le pays de former un capital humain compétent pour d’éventuelles futures crises sanitaires.