La procrastination, cette fà¢cheuse manie de tout reporter au lendemain

Cette tendance à  repousser au lendemain ce qu’on peut faire aujourd’hui trouve son origine dans
la crainte, l’environnement et la désorganisation.
La confiance en soi et une bonne gestion des priorités, des éléments importants pour la combattre.
Pour certains, toutefois, reporter des tà¢ches peut être bénéfique.

Qui n’a pas cette fâcheuse manie de tout remettre à plus tard ? Nombreux sont ceux qui repoussent toujours au lendemain ce qu’ils peuvent faire aujourd’hui : une tâche, une course, un dossier à boucler, un rendez-vous… Simple paresse ou véritable manie ? Les avis sont partagés. «Cette attitude est due à plusieurs facteurs. D’abord, parce que l’environnement de travail nous oblige à évoluer dans un stress permanent. C’est pourquoi je préfère laisser traîner les choses pour souffler. Cela dépend ensuite de l’humeur du jour», confie Jalal Saadi, cadre dans un cabinet d’audit.
Pour sa part, Salima, 30 ans, chargée de relations presse dans une agence de communication, avoue ne pas s’en sortir. «Je repousse constamment mille choses à faire. Je ne m’y embarque qu’une fois dos au mur. Peut-être que j’ai besoin de cette forte pression pour réagir », dit-elle.
De manière générale, les motivations sont différentes d’une personne à une autre, mais bon nombre de spécialistes en la matière (psychologues, psychiatres, psychothérapeutes…) attestent que la procrastination trouve son origine dans la peur. A commencer par la crainte de l’échec. Pour Mouhsine Benzakour, enseignant chercheur en psychosociologie, la procrastination peut être parfois une pathologie qui entraîne un déséquilibre chez la personne. «C’est un comportement fréquent lors des problèmes d’estime de soi. On repousse alors au lendemain par peur de l’échec. Le meilleur moyen de ne pas échouer, c’est de ne pas faire, par crainte de ne pas réussir parfaitement», explique-t-il. On ajourne également par peur de réussite car celle-ci est souvent chargée de nouvelles responsabilités, de nouvelles attentes plus élevées auxquelles on ne se sent pas capable de faire face. De même qu’un manque de contrôle de l’environnement pousse des individus à la procrastination pour affirmer leur indépendance.

Le mal peut venir aussi d’une mauvaise organisation en entreprise

Mais ce n’est pas tout. Le phénomène ne provient pas toujours d’un mal-être intérieur mais aussi d’une mauvaise organisation du travail au sein de l’entreprise. Comme l’explique M. Benzakour, «on sait également que dans certaines structures la complexité du système pousse parfois les individus à la procrastination».
Mais cette façon de faire n’est pas une fatalité. Il est toujours possible d’y remédier. A commencer par mettre de l’ordre dans son emploi du temps, en hiérarchisant ses priorités, en se servant des bons outils, en n’hésitant pas à ranger et classer ce qui doit l’être. Bref, «en privilégiant méthode et organisation», résume Laurent Boleau, Dg du portail Selecktimmo.
Sachant qu’une journée ne dure que 24 heures et qu’il faut jongler entre vie professionnelle et vie privée, on est d’abord bien obligé d’effectuer le tri entre ce qui doit être fait tout de suite et ce qu’on peut reporter à plus tard.

La procrastination peut parfois être bénéfique

Comme dit le vieil adage : «gérer c’est prévoir». L’une des principales sources d’efficacité réside dans une meilleure gestion du temps. Ceux qui se disent débordés utilisent souvent mal le temps dont ils disposent, soit parce qu’ils passent trop de temps au téléphone ou à discuter de futilités avec leurs collègues, soit parce qu’ils s’entêtent à faire des tâches qu’ils pourraient facilement déléguer.
Pour Zakaria Benaboud, expert financier, il faut surtout éviter d’entretenir un climat de pression. «Notre métier nous oblige à travailler dans des conditions limites, dans un régime de pression et de stress surtout en cette période des bilans. La notion de temps est un paramètre central. Il suffit d’un petit relâchement pour avoir des incidences négatives sur la qualité du travail».
La confiance en soi est aussi, sans doute, une arme efficace pour passer à l’action. «C’est un phénomène qui, à la base, relève de notre propre éducation. On sanctionne beaucoup plus les échecs qu’on célèbre les réussites. C’est exactement ce qui se passe dans l’entreprise. Du coup, beaucoup évitent de prendre des initiatives», note M. Benzakour.
Ainsi, pour renforcer la confiance en soi, il faut savoir s’entourer des personnes qui comptent le plus, que ce soit dans le milieu professionnel ou familial. Mais il faut tout de même retenir que ce degré de confiance en soi diffère d’une personne à une autre.
Se faire confiance, c’est en quelque sorte se donner le droit à l’erreur et à l’échec. C’est aussi accueillir les différents feed-back : remarques, critiques et réactions. Dans des démarches favorisant la créativité et l’innovation, il est bien utile de travailler ce volet afin de favoriser l’émergence d’idées nouvelles. Autrement, on attendra toujours un lendemain ! Et si en fin de compte la procrastination était bénéfique ? Pour Laurent Boleau, «on gère plein de choses toujours dans l’immédiat. On constate que ce qu’il faut faire immédiatement n’est souvent pas requis par soi mais requis par quelqu’un d’autre (appels téléphoniques, emails, messages instantanés…). Or, si on prend le temps de bien traiter ces sollicitations en les reportant dans le temps, on peut s’en sortir», souligne-t-il. Pour cet autre manager, on peut toujours reporter intelligemment à condition de ne pas en pâtir. «Si on ne peut déléguer au sein de l’entreprise, on peut toujours reporter. C’est ajourner en veillant à ce qu’il ne soit pas trop tard. Le mieux est même de se laisser une marge de sécurité pour éviter les soucis. L’important est d’attendre que plusieurs tâches urgentes similaires s’accumulent pour les traiter toutes d’un coup. Cela permet d’augmenter considérablement l’efficacité du travail».

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