La gentillesse, une forme de compétence à  réajuster selon les situations

La gentillesse est souvent synonyme d’amabilité et de sociabilité, mais parfois de naïveté.
En milieu professionnel, elle encourage cependant un climat de communication.
Il ne faut pas se focaliser sur les défauts du caractère mais
sur les gains.

Pour Youness Bellatif, DG du cabinet Convergence et président de l’Association Maroc Coaching, être trop gentil cache bien évidemment quelques lacunes. C’est en quelque sorte se couper de soi-même pour être en accord avec les autres. Sur le plan professionnel, les dégâts peuvent être importants si on ne se soigne pas. Il nous explique comment survivre dans un univers impitoyable lorsqu’on se comporte en bon samaritain.

La Vie éco : Comment pourrait-on définir la gentillesse dans le milieu professionnel ?
Youness Bellatif : Sur le plan social, la gentillesse est souvent perçue à double sens. Soit elle est synonyme d’amabilité et de sociabilité soit elle symbolise la naïveté. Professionnellement parlant, elle a une autre connotation. On peut la définir comme un ensemble de comportements ou d’attitudes relationnelles et de bienveillance au sein du milieu professionnel. De ce fait, la gentillesse dans un environnement de travail est très importante dans la mesure où elle crée un climat de communication. Elle est tout à fait utile pour l’entreprise. En revanche, elle est nocive quand on la perçoit négativement ou qu’elle soit mal définie dans un contexte.

Ne faut-il pas laisser de son côté ce trait de caractère quand on n’arrive pas à faire sa place ?
Il est difficile pour un individu de faire abstraction d’un trait de caractère. Au contraire, il faut savoir le renforcer et l’améliorer. Si on considère la gentillesse comme une forme de relation positive et saine, elle peut être utile dans un environnement sain. En revanche, dans des situations extrêmement difficiles où il faut faire preuve d’agressivité, de combativité et de domination, la personne peut se faire «bouffer».

Ce qui revient à dire que cette qualité doit s’adapter à la situation ?
Absolument ! Je dirais par là que la gentillesse est situationnelle. Elle peut être positive comme elle peut nuire à la personne en fonction de la situation. Pour moi, la gentillesse est une forme de compétence que doit posséder un manager et qu’il doit l’ajuster en fonction des situations. C’est comme un curseur à la barre, il doit se poser la question s’il faut être gentil dans telle ou telle situation.

Un manager peut-il être handicapé par sa gentillesse naturelle ?
A priori, la gentillesse n’est pas un style de management. Par conséquent, elle peut être un trait de caractère. On peut définir le style de management comme une synthèse de compétences acquises grâce au vécu professionnel, d’ambitions personnelles, de valeurs personnelles et de comportements dont fait partie le trait de caractère. La gentillesse s’intègre dans cette dernière partie. Ce trait peut constituer un handicap chez un manager s’il est hyper dominant et qu’il ne sait pas se comporter face aux situations difficiles.

Avez-vous déjà coaché des personnes qui ont souffert de leur gentillesse ?
Effectivement, sauf que leur handicap n’était pas d’être trop gentil ou pas, mais que plutôt leur environnement considérait qu’ils l’étaient. Parfois, c’est le manque de confiance et d’assurance qui les handicapaient quand il fallait défendre un point de vue. On n’est plus dans la gentillesse. Pour certains, il s’agit d’une manière de «racketter» l’attention des autres, c’est-à-dire les amener à porter une image positive sur vous et de ne pas être exclu du groupe.
Souvent lors des séances de coaching, je tiens à clarifier la définition de la gentillesse avec les coachés. A partir de là, on peut résumer les comportements engendrés par la gentillesse (est-ce de la crainte relationnelle, naïveté ou autre). On travaille sur plusieurs niveaux : que représente la gentillesse pour eux ? Que gagnent-ils à être gentils ? Par conséquent, on aide les managers à adapter leur comportement selon les situations.
Ces cas sont-ils fréquents ? Tout à fait, C’était souvent des cas où les managers avaient du mal à trancher sur des conflits internes, prendre des décisions rapides…

Comment agir pour ne pas se laisser envahir par sa gentillesse ?
A mon avis, il faut respecter trois éléments de base. Une première piste, qui est également une sorte de protection, consiste à préserver ce trait de caractère. Rien ne sert de chercher à le gommer mais, au contraire, comme je l’ai souligné précédemment, il faut le renforcer. Donc, ne pas vouloir systématiquement changer. Changer ne veut pas dire devenir quelqu’un d’autre.
La deuxième piste consiste à identifier les situations bloquantes et pénalisantes. C’est pour ainsi éviter les généralisations. Car on entend assez souvent cette phrase : «ça m’arrive toujours». Il faut faire en sorte de nuancer les situations récurrentes.

La troisième piste consiste à identifier les gains d’un trait de caractère dont le manager se plaint. Souvent, on ne voit que les défauts du caractère et pas les gains.
On peut également ajouter un quatrième point qui est de développer des compétences comportementales dans les situations difficiles.
Dans les phases de coaching, on essaye de passer la phase de transition de sorte à garder son équilibre interne et améliorer son comportement. Ce qui va peut-être élargir sa fréquence managériale tout en gardant sa structure. Si la gentillesse fait partie d’un trait de caractère dominant chez un manager, il faut bien évidemment la renforcer. Il suffit qu’il le perçoit différemment et qu’il se comporte avec elle différemment. C’est plus un atout pour lui qu’un handicap

Youness Bellatif DG, Convergence Conseil
La gentillesse peut être extrêmement utile quand on travaille dans un environnement sain.