Identifiez-vous à  un cadre «modèle» pour surmonter l’anxiété des premiers jours

L’observation et l’analyse des comportements sont les étapes préliminaires d’une intégration.
Il ne faut pas hésiter à poser des questions, à se renseigner sur le moindre détail.

On se souvient tous de son premier job. Fini le rythme d’étudiant ! A l’enthousiasme succède souvent l’inquiétude des premiers jours. Va-t-on convaincre rapidement son employeur ? Ses promesses seront-elles tenues ? Comment les collègues vous jugent-ils ? C’est ce genre de questions que se pose avec anxiété une nouvelle recrue parce que, il faut bien l’avouer, les premiers pas dans le milieu professionnel sont loin d’être une sinécure. On peut cependant partir du bon pied en prenant un certain nombre de précautions. Explications de Abdelillah Sefrioui, DG du cabinet conseil Axe RH.

La Vie éco : Quels types de problèmes peut-on rencontrer lorsqu’on aborde un premier emploi ?
Abdelillah Sefrioui : Le premier dépend principalement des attentes de l’entreprise envers sa nouvelle recrue. Les objectifs assignés au départ influencent énormément la réussite de l’intégration. Souvent, l’employeur est exigeant sur la capacité d’adaptation de la recrue et sa faculté à être rapidement opérationnelle.
De l’autre côté, une recrue a des soucis par rapport au respect des engagements de l’entreprise en ce qui concerne la confirmation de l’embauche, le salaire, l’affectation au poste convenu…

Ce qui veut dire qu’une recrue traverse toujours une période d’anxiété…
Des études américaines et canadiennes ont montré que le stress ou l’anxiété dégagés au début d’une carrière sont équivalents au stress que l’on retrouve chez une personne malade psychiquement. Autant dire que s’il n’arrive pas à s’intégrer dans l’entreprise, ce malaise peut le poursuivre durant toute sa carrière. Pourquoi une telle situation ? Pour deux raisons importantes.
La première est indépendante de l’entreprise. Pour un jeune débutant, il s’agit avant tout d’une transition d’une situation d’étudiant à celle de salarié. C’est donc un monde nouveau qu’il découvre, à moins qu’il ait eu l’occasion de faire des stages. La transition peut être aussi géographique. Atterrir dans une nouvelle ville, une nouvelle région, une nouvelle périphérie fait qu’un débutant doit d’abord s’adapter à son nouvel environnement.
La deuxième raison est interne à l’entreprise. Il s’agit de toutes les questions que l’on se pose lorsqu’on débarque dans une nouvelle entité.
Qu’attendent de moi les dirigeants ? Mon cursus de formation est-il en adéquation avec la réalité du terrain ? Serai-je à la hauteur des missions? Serai-je accepté par les autres? L’état psychologique dans lequel on vit ses premiers moments est marqué par un stress intense, surtout si on n’y est pas bien préparé.

Comment franchir le cap sans problème ?
Un jeune débutant doit faire très attention durant la phase d’observation et d’analyse de son nouvel environnement. Il ne faut pas qu’il hésite à poser des questions, à se renseigner sur les moindres détails concernant le fonctionnement de la société… De ce fait, il clarifie sa position dans l’entreprise ainsi que les attentes des dirigeants.

Peut-on dire qu’une recrue est seule responsable de sa réussite ou de son échec ?
Dans tous les cas, il doit être accompagné par le DRH ou son supérieur hiérarchique. Le DRH joue un rôle important dans l’intégration du nouveau, à travers la partie administration et logistique, mais également dans le processus de socialisation. Comme il est agréable pour un nouveau de voir qu’on a annoncé son arrivée au sein de l’entreprise, prévu un programme d’intégration (rencontres avec les supérieurs directs et collègues, visites de sites…), préparé un bureau… Certaines entreprises pensent même aux petits détails comme les fournitures de bureau. C’est dire toute l’importance qu’on lui accorde au départ et qui montre qu’il ne sera pas abandonné dans la nature.
Une intégration réussie dépend aussi du manager direct, qui va la gérer au quotidien. C’est avant tout le supérieur hiérarchique ou le tuteur qui va donner à la recrue la possibilité d’exprimer ses attentes et ses idées, à tout moment et en toute liberté. Plus on a la possibilité de le faire, moins la personne est anxieuse et gagne en confiance. Le manager doit aussi prendre le soin d’évaluer périodiquement son dauphin pour cerner son potentiel.

Y a-t-il des détails qui font la différence, les premiers jours ?
Comme je l’ai souligné, les premiers jours sont avant tout ceux de l’observation et de l’analyse. Il s’agit de repérer rapidement le modèle du bon cadre dans l’entreprise et d’analyser son comportement : sa manière de répondre au téléphone, de s’adresser à ses collègues ou son supérieur direct, sa façon de s’habiller… L’intérêt de la démarche est d’adopter des méthodes de travail propres à l’entreprise, en y ajoutant une touche personnelle. Le cadre modèle est aussi, pour le nouveau, un point d’ancrage, de réconfort.

Pourquoi faut-il s’identifier à une personne ?
Au départ, on ne connaît pas la culture de la maison. Ce ne sont pas les jolies brochures reçues au départ qui permettent de se faire une idée sur la culture d’entreprise, car il y a souvent un décalage entre le discours et la réalité quotidienne. C’est à travers les personnes, leur comportement, la manière dont on est accueilli que l’on peut sentir véritablement cette culture .

abdelillah sefrioui DG du cabinet conseil Axe RH
L’anxiété ou le stress ressentis au début d’une carrière sont équivalents au stress que l’on retrouve chez une personne malade psychiquement.