Femmes dirigeantes : Questions à  Mohssine Benzakour, Psychosociologue et enseignant chercheur

«L’évolution est bridée par les pressions sociales»

La Vie éco : Quel sentiment avez-vous sur l’évolution de la femme cadre ?

On voit de  plus en plus de femmes dirigeantes au Maroc, mais l’évolution est bridée par des résistances et des pressions sociales. Il reste encore beaucoup de chemin à faire surtout pour diriger des domaines que la société considère encore masculins.
Pourtant, la femme dirigeante en veut, se bat et montre tous les jours son efficacité. Je ne veux pas dire qu’elle est plus forte que l’homme, mais simplement que la volonté, la motivation et l’ambition sont les traits de caractère de n’importe quel dirigeant et que la femme dirigeante marocaine l’a bien compris.

Est-ce à cause des préjugés qui persistent dans la société marocaine qu’elle a du mal à être reconnue ?

Je dirais plutôt oui. Dans le monde de l’entreprise la femme dirigeante a plus d’atouts pour réussir. Elle est plus attentive, plus courageuse et elle épaule ses collaborateurs, bien sûr, sans favoritisme. Mais la représentation sociale reste plus ou moins figée, surtout dans une société patriarcale comme la nôtre.

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Si, en général, il n’y a pas de différence dans les grands principes de la gestion d’une équipe, on peut quand même admettre que les relations avec les collaborateurs  (hommes ou femmes) ne sont pas envisagées de manière identique. Avec quel genre la femme patron a-t-elle plus de problème ?
Il est vrai que les rares femmes dirigeantes au Maroc occupent généralement des postes de direction de la communication ou des ressources humaines et plus rarement des postes de direction technique ou de direction générale. Une cause à chercher dans notre système éducatif. Mais aujourd’hui, on voit qu’il y a plus de femmes dans les métiers techniques (ingénieur, architecte…), ce qui est de nature à changer la donne.  

Doit-elle encore se battre ?

Bien sûr que oui, nous vivons dans une société où il existe toutes sortes de préjugés contre la femme en général et la femme dirigeante en particulier, une attitude négative, injustifiable et discriminatoire qui ne peut disparaître du jour au lendemain.
Certes, les préjugés contre la femme sont en déclin, mais des biais subtils subsistent et se manifestent dans le fait que les gens nient pratiquer la discrimination tout en s’opposant aux mesures de rétablissement de l’égalité entre les deux sexes.