Etre salarié dans un organisme à  but non lucratif : mode d’emploi

Le bénévolat ne suffit plus. Beaucoup d’ONG recrutent de plus en plus de jeunes diplômés ou des professionnels expérimentés.
Opportunités pour des filières telles que les science sociales, l’économie, le droit mais aussi pour diplômés en littérature.
Un jeune licencié peut espérer commencer avec un salaire mensuel de 3 000 DH.

Défendre les droits de l’homme, soutenir la société civile, promouvoir la micro-finance et l’engagement citoyen… Autant de nouvelles causes qui mobilisent, mais aussi qui créent de l’emploi. De plus en plus d’organisations non gouvernementales, y compris étrangères (américaines, françaises, espagnoles, italiennes, allemandes…), et d’organismes internationaux ouvrent des antennes au Maroc et recrutent des chargés de programmes et des directeurs exécutifs. L’activité de développement est devenue, au fil des années, une nouvelle niche d’emplois pour des jeunes diplômés en littérature française, anglaise, en droit, en économie ou en sociologie et même en sciences maths. Concrètement, il s’agit de l’émergence du phénomène de professionnalisation du tissu associatif au point que le bénévolat à lui seul ne suffit plus. Des ONG locales et internationales multiplient les annonces pour recruter des jeunes diplômés bac+4 avec une maîtrise des langues pour gérer des budgets de coopération internationale et de développement.
«Il s’agit d’une nouvelle opportunité de carrière pour les lauréats des départements de langues étrangères, aux facultés de lettres notamment française et anglaise», souligne Driss Choukri, chargé de programme Maroc de l’organisation américaine Solidarity Center, spécialisée dans le soutien aux syndicats à travers le monde.
Certes, aujourd’hui, il est difficile d’avancer un chiffre pour évaluer l’importance et le poids de cette filière. Mais ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’elle attire de plus en plus de jeunes diplômés. Et l’offre est significative. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les annonces postées régulièrement dans la rubrique «emploi» au portail de développement et société civile au Maroc www.tanmia.ma.
Les profils recherchés sont généralement des consultants en formation, des chargés de programmes, de contenu, des directeurs techniques, des accompagnateurs et des assistants de projets… La demande provient de programmes tels que Sanad de l’Usaid, l’Agence du partenariat pour le Progrès (APP), SOS Villages, Transparency Maroc, Sife, Inmaa et Amane Mena…
«Indépendamment des profils et des diplômes, ce travail exige la polyvalence avec une sensibilité pour les causes humaines et sociales», martèle Mme Sandy Wark, consultante internationale dans le développement et chargée de programmes auprès de MTDS. Au demeurant, il faut bien aimer l’engagement pour travailler dans de telles structures qui n’offre pas les mêmes avantages que dans le secteur privé ou même public.
D’abord, «l’évolution du salaire est tributaire de l’expérience. C’est un domaine qui valorise beaucoup plus l’expérience professionnelle du candidat que son diplôme», précise M. Choukri, qui a travaillé au départ avec «Peace Corps» en tant que stagiaire avant de gravir les échelons pour devenir chargé de programme régional au Maroc auprès de Solidarity Center (www.solidaritycenter-dz.org). A titre indicatif, un jeune diplômé (bac+4)  qui se lance dans les métiers de développement peut démarrer avec un salaire de base de 3 000 DH. Mais, grâce à l’accumulation des expériences, il peut dépasser assez rapidement le seuil de 15 000 DH.
Ensuite, «les contrats sont généralement à durée déterminée et ne dépassent pas trois ans», ajoute Saâd Filali Meknassi, chargé de programme à Transparency Maroc et l’Espace Associatif. Malgré tout, les avantages sont indéniables. «L’intérêt de telles expériences avec de tels organismes c’est que c’est formateur. Nous apprenons d’autres compétences qui sont parfois sans relation avec notre formation universitaire de base», ajoute M. Filali. De plus, la multiplication des expériences permet une évolution rapide dans la carrière.

Un métier qui exige la mobilité géographique

 Cela dit, cette montée en compétence peut s’accompagner d’une certaine précarité. Comme les contrats sont en majorité des CDD avec un horizon de trois ans, les salariés des métiers de développement sont mis à l’épreuve à la fin de l’échéance de chaque programme. «Cette contrainte peut être dépassée par l’activation du réseau relationnel et la veille sur les nouveaux programmes», nuance sur un ton confiant M. Choukri.
Au-delà des considérations salariales, l’engouement des jeunes pour ces métiers découle en partie de l’opportunité de joindre l’utile à l’agréable. «Je reconnais que ma tâche quotidienne est professionnelle mais avec une forte dimension d’engagement social. Ce que je fais au quotidien contribue au changement et à la mobilisation des jeunes», se félicite le chargé de programme de Transparency Maroc.
 Cette quête d’un idéal à défendre, un changement à opérer dans les mentalités constitue la quintessence de l’action associative et militante. Ce volet permet de compenser les facteurs de «précarité» et les exigences de travail pour des structures militantes à vocation non lucrative.
Le salariat dans les organismes à but lucratif exige toutefois une mobilité dans l’espace et un travail qui dépasse le cadre traditionnel de l’horaire normal, la notion du week-end et le congé annuel. «Notre rythme de travail est lié à l’évolution de notre programme et la mise en œuvre des objectifs. Autrement dit, ce sont les objectifs qui déterminent notre relation avec le temps et la mobilité dans l’espace», précise M. Filali.
Cette contrainte de mobilité peut aussi être un atout. A travers la mobilité régionale, les consultants et les salariés d’ONG à but non lucratif profitent de voyages que ce soit au Maroc ou à l’étranger d’autant plus que la majorité des programmes intègrent toujours une composante régionale (Afrique du Nord, zone MENA, monde arabe, pays du Sud…).
Compte tenu du potentiel de croissance des métiers de développement, l’enjeu aujourd’hui pour les jeunes est d’être à l’écoute des besoins du marché indépendamment des vocations traditionnelles de leurs diplômes. Autrement dit, il ne faut pas hésiter à chercher des opportunités de stage et d’emploi en dehors des sentiers battus…