Entreprendre, ça s’apprend tous les jours

L’adéquation homme/projet est importante pour la réussite d’une création d’entreprise.
Beaucoup de jeunes n’arrivent pas à percer par manque de confiance.
Ils ne doivent pas rester isolés dans leur démarche mais chercher
conseil auprès de structures spécialisées.

Pour beaucoup, la création d’entreprise reste le parcours du combattant ou l’apanage des nantis. Pourquoi ? «Parce que l’acte d’entreprenariat est mal appréhendé par beaucoup de jeunes», explique Zakaria Fahim, président du Centre des jeunes dirigeants CJD Maroc.

La Vie Eco : L’entreprenariat chez les jeunes est peu développé au Maroc, pourquoi ?
Zakaria Fahim : Beaucoup de jeunes pensent encore que l’entreprenariat reste l’affaire d’une élite, l’apanage de nantis ou un rêve inaccessible. Maintes fois, nous avons posé la question : «Qui souhaite devenir entrepreneur ?» à des étudiants, lors de nos interventions dans des universités. Très peu de mains se sont levées. La majorité des étudiants étaient en fait mal informés sur les mécanismes de création d’entreprise. C’est pourquoi il faut démystifier l’acte d’entreprendre pour augmenter la base potentielle de créateurs d’entreprises. Je pense qu’aujourd’hui un jeune créateur doit bénéficier d’informations et de conseils clairs sur les étapes et les voies qui s’ouvrent à lui. C’est l’une des missions du CJD mais aussi des organisations d’accompagnement pour faciliter la tâche à une large population. Mais ce travail d’accompagnement n’en est pas fini pour autant. Il faut aussi enseigner aux jeunes créateurs l’art d’entreprendre. C’est un métier qui s’apprend tous les jours. Il ne suffit pas d’être bon technicien ou bon connaisseur d’un secteur d’activité quelconque pour prétendre être chef d’entreprise. Avant de se lancer dans l’aventure, il faut mettre en adéquation la relation homme/projet. Le projet est peut-être bon en soi, mais correspond-il au profil de son porteur ? Les porteurs de projet négligent malheureusement trop souvent cette étape pour se concentrer uniquement sur la faisabilité économique, commerciale et juridique de leur projet. C’est une erreur ! la maturation d’une idée doit impérativement tenir compte d’éléments plus personnels.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les créateurs ?
Beaucoup de jeunes n’arrivent pas à percer par manque de confiance. Ils se sentent isolés dans leur démarche. C’est pourquoi il faut avoir le courage d’aller frapper à toutes les portes et ne pas hésiter à chercher l’information là où elle se trouve. Ils doivent aussi apprendre à s’adapter et à se remettre en cause. Beaucoup croient dur comme fer à leur projet et ne sont prêts pas à revoir d’autres champs d’intervention.

Et le financement ?
C’est la grande problématique pour les jeunes. Aujourd’hui, il existe certaines lignes spécialisées pour les PME, mais qui restent insuffisantes. Au CJD, nous militons pour qu’il y ait une multiplication de ces lignes qui doivent bénéficier à une large population. Aujourd’hui, certaines banques ont compris l’intérêt de soutenir les petits porteurs et qu’investir dans les PME est réellement un marché d’avenir. D’autres banques suivront certainement. De même pour les «business angels» et capital-risqueurs, qui ne sont actuellement accessibles qu’à certains projets, généralement innovants. Il ne faut pas non plus oublier les incubateurs qui peuvent être des partenaires importants.

En tant qu’association, quel est votre apport aux porteurs de projet ?
Nous leur recommandons fortement de ne pas s’isoler dans leur aventure. Aujourd’hui, il existe un panel d’institutions ou de structures qui peuvent apporter un appui technique mais aussi psychologique aux jeunes créateurs, et, en quelque sorte, leur donner une assurance dans leur projet.
En tant que force de réflexion, nous sommes là pour aider ces jeunes à se poser les bonnes questions et à résoudre eux-mêmes leur problématique. Nous leur recommandons également de ne pas choisir des métiers uniquement en fonction de l’importance des bénéfices qu’ils pensent pouvoir y faire, mais plutôt des métiers en adéquation avec leur personnalité. C’est important !

Justement, quelles sont les questions que doit se poser tout entrepreneur débutant ?
Je dirais qu’avant tout démarrage, il doit s’interroger sur ses propres contraintes. Est-il prêt à se sacrifier durant les premières années qui suivront la création ? Est-il prêt à affronter le stress lié à la création et à la gestion d’entreprise ? A t-il informé son entourage ? Le conjoint ou la famille sont-ils prêts à le soutenir financièrement en cas de besoin ? A-t-il prévu une issue de secours en cas d’échec ?
Après avoir vérifié la cohérence du projet personnel avec le projet de création, il faut également être sûr de connaître et comprendre son marché : ses concurrents, clients, partenaires…
Mais la réussite d’une entreprise ne dépend pas uniquement d’évènements extérieurs. Le développement du chiffre d’affaires, l’accroissement des parts de marché, l’apparition d’un bénéfice sont des événements économiques nécessaires à la pérennité de l’entreprise, mais non suffisants. Une question est primordiale : quelles compétences sont nécessaires pour mener à bien le projet ? La réponse à toutes ses questions est, encore une fois, indispensable si l’on veut mettre toutes les chances de son côté.

zakaria fahim Président du Centre des Jeunes dirigeants (CJD Maroc)
Nous recommandons aux entrepreneurs débutants de ne pas choisir des métiers uniquement en fonction de l’importance des bénéfices qu’ils pensent pouvoir y faire, mais qui soient plutôt en adéquation avec leur personnalité.