Emploi à  Tanger : Avis d’Elias El Mehdi, DG de Samel Auto

« On constate une pénurie de profils de techniciens qualifiés notamment en électromécanique et en carrosserie »

Suite à une longue expérience sur l’axe Casablanca – Berrechid, j’ai décidé en 2009 d’investir dans le secteur automobile. Ma réflexion m’a mené inéluctablement vers le choix stratégique de la ville de Tanger car nous croyons que les opportunités d’affaires dans la région Nord du Royaume sont prometteuses pour plusieurs raisons:
– le bond des investissements à Tanger est une soupape pour décongestionner l’axe économique Settat-Casablanca-Rabat ;
– les nouvelles synergies sectorielles (notamment dans le secteur automobile en forte croissance) présentent pour nous une occasion idoine de développement. Nos clients à Tanger et dans la région Nord dans son ensemble sont friands de partenaires fiables, ce qui nous encourage à investir plus ;
– les régimes fiscaux incitatifs nous confortent aussi dans notre choix d’investissement.

Vu tous ces éléments, Tanger attire de plus en plus de compétences nationales en sus des compétences locales existantes. Après 4 années d’existence à Tanger, Samel Auto est bien ancrée dans la zone industrielle de Mghogha. Aujourd’hui, nous faisons partie du paysage socioéconomique local et y sommes parfaitement intégrés. Cependant, nous constatons une pénurie de profils de techniciens qualifiés notamment en électromécanique et en carrosserie. Ce sont les mêmes profils qui changent d’entreprise à chaque fois qu’on leur offre 500 DH de plus. Il existe un turnover terrible dans ce domaine. Même les Institus spécialisés de technologie appliquée (ISTA) ne forment que des profils en électromécanique et donc il est difficile de trouver un technicien spécialisé en carrosserie. Malheureusement, il n’y a que le débauchage qui fonctionne pour ce type de profils. Pour nous, le véritable challenge est de trouver de solides compétences et retenir les bons collaborateurs qui sont souvent chassés par les grands groupes internationaux.

Concernant les salaires, il faut compter entre 3 000  et 4 000  DH pour un technicien qualifié, 7 000 DH pour un chef d’équipe et 8 000 DH pour un responsable service clientèle. Si j’ai un autre vœu à formuler, ce serait de voir la région, Tanger en particulier, continuer sur la lancée de la formation qualifiante et que des ponts plus importants se créent entre l’entreprise et l’école dans l’intérêt de tous.
Je voudrais souligner par ailleurs que malgré tous les avantages offerts, beaucoup reste à faire pour protéger les PME régionales des risques existants. Si Tanger est une destination intéressante pour l’investissement qui est à la base de la création d’emplois, elle a aussi des problèmes qui lui sont propres. Tanger est loin des centres de décisions patronaux, ce qui fait que certains problèmes ne sont pas toujours bien perçus. Je cite ici les délais de paiement qui aujourd’hui étouffent la trésorerie des PME de la région sans que personne n’y voit une thématique d’importance nationale. Je pense également que tout le cadre institutionnel ne doit pas être pensé sous l’angle des investissements étrangers.