Des professionnels parlent de l’intérim

Kenza Boukili
Attachée commerciale chez Manpower Maroc
«La formule intéresse de plus en plus de cadres débutants»
L’intérim cadre commence à intéresser beaucoup de candidats, surtout les jeunes qui sont à la recherche d’une première expérience. Cet intérêt s’explique par le fait que ce choix professionnel est un moyen pour étoffer aussi bien son CV que ses compétences. L’intérim leur permet aussi d’assumer de réelles responsabilités au sein de l’entreprise, chose qu’ils ne font pas forcément en période de stage. Pour ceux qui sont en quête d’épanouissement et de polyvalence, il permet de suivre les tendances du marché et les secteurs porteurs. C’est aussi un moyen d’identifier les meilleures organisations de la place. Généralement, les cadres y trouvent des postes de remplacement et des possibilités de signer un contrat à durée indéterminée (CDI). C’est dire que la notion de pré-embauche est forte dans l’intérim des cadres, surtout s’ils sont bons. Sur le marché, les cabinets organisés jouent aussi un rôle important. Ils garantissent un contrat de travail dans une entreprise sérieuse avec un bon salaire et une couverture sociale. Parfois, certains cadres intérimaires bénéficient des mêmes avantages que les CDI (voiture, téléphone…), mais ces pratiques sont encore peu courantes.
Pour les entreprises, l’avantage est également indéniable. Elles ont clairement défini l’intérim comme un outil de flexibilité nécessaire à l’accompagnement de leur croissance, les situations de changements ou de gestion de projets. D’un autre côté, l’intérim cadre touche toutes les fonctions, du top management au cadre simple. On sait par exemple qu’il y a une forte demande de comptables et financiers lors des périodes de bilan. Mais il y a aussi des besoins parallèles pour d’autres fonctions comme le commercial ou autres.

Zahir Lamrani
DG de Best Intérim
«L’intérim n’est plus synonyme de précarité»
Actuellement, l’intérim ne se limite plus aux non-qualifiés. Dans cette proportion, les cadres sont encore peu nombreux, mais dans les années à venir ils représenteront une forte part de notre activité. Nous avons mis en place, depuis quelques années, un département «profils qualifiés» dont la mission est de diversifier les profils pour toucher plusieurs domaines d’expertise.
Au départ, les informaticiens et les comptables étaient les premiers auxquels les entreprises faisaient appel pour des missions ponctuelles. Aujourd’hui, de nouveaux profils sont venus s’ajouter à la liste, notamment les techniciens chimistes et agents administratifs (acheteurs, juristes, responsables RH, archivistes…). Pour les profils de commerciaux, nous avons des chargés de clientèle, superviseurs d’animation, vendeurs et aides vendeurs.
On enregistre aussi des besoins en assistantes anglophones ou hispanophones émanant d’entreprises étrangères. De même, pour renforcer leur force de vente, certaines entreprises n’hésitent plus à recourir à des commerciaux pour des actions ponctuelles. En moyenne, nous arrivons à placer entre 10 et 20 candidats par mois. Les secteurs les plus concernés sont les banques et assurances, services et informatiques.
Je pense que les freins à leur développement sont de deux ordres.
Tout d’abord, il y a la précarité, surtout pour les cadres. Ces derniers n’ont qu’une chose en tête : trouver un emploi stable. C’est pourquoi, en tant qu’agence d’intérim, nous devons les rassurer en leur proposant notamment de nouvelles missions. Il faut leur donner confiance et surtout leur montrer les bénéfices d’une telle alternative.
Le second problème se situe au niveau des entreprises. Il s’agit de la difficulté à trouver la personne en mesure d’assurer un remplacement et en assumer les contraintes, surtout pour les postes à responsabilités.

mohamed BenouarreK
DRH dans une multinationale
«Nous utilisons l’intérim pour les non-cadres mais tout dépend de la nature du travail»
Nous avons l’habitude de recourir à l’intérim pour des postes de non-cadres. Généralement, on le fait pour des remplacements. Quand la période d’absence est longue, nous faisons appel à des CDD. Aller jusqu’à assurer l’intérim pour des postes de top management?? Tout dépend en fait de la nature du travail. Il est évident qu’un intérimaire devra assumer les vrais responsabilités d’un cadre. Cela signifie qu’il doit avoir le recul nécessaire et une vraie connaissance de l’environnement de l’entreprise ainsi que de sa culture pour pouvoir prendre les décisions qui s’imposent. Cela n’est pas toujours facile car prendre des décisions ne peut se faire de manière isolée du contexte de l’entreprise.
Il faut aussi définir ce qu’est un cadre au sein de l’entreprise. Est-ce son ancienneté ou son cursus académique qui va le définir ? Car on peut être Bac+4, voire plus, et occuper un poste d’exécutant. Pour ma part, je pense que c’est un mélange des deux mais aussi la nature du travail au sein de l’entreprise qui fait que la personne peut être assimilée à un cadre ou pas. Ce dernier point est fondamental.