Des expériences douloureuses

Halima B.
Cadre commercial
«Il voulait me coller un abandon de poste»
«Je travaillais dans une société de distribution où j’ai connu toutes sortes de problèmes avec mon patron : harcèlement, dénigrement, chantage et bien d’autres dépassements. Mon séjour ne fut pas très long dans cette entreprise, mais j’ai constaté que les démissions et autres licenciements étaient très fréquents à cause d’une ambiance malsaine.
Le rythme s’est accéléré les derniers mois à cause d’une prétendue restructuration. Je sentais que j’étais dans le collimateur du patron. La preuve, il a commencé par me retirer tous les dossiers importants, me priver de réunions et reprendre à son compte mes gros clients. Par conséquent, je me cantonnais dans des tâches routinières sans aucune valeur ajoutée. Il n’a pas tardé à prendre sa décision.
Il y a quelques semaines, il m’a convoquée pour m’annoncer qu’il ne pouvait me garder plus de trois mois. Le temps de trouver un nouveau job. Mais une semaine plus tard, il revient sur sa décision et me licencie brutalement, donc sans préavis ni lettre de licenciement. Il m’a juste demandé de contacter son avocat pour régler les formalités. J’ai su tout de suite que c’était un stratagème pour me coller un abandon de poste.
Alors j’ai décidé de ne pas me laisser faire. J’ai entamé une première démarche auprès de l’inspecteur du travail, qui n’a rien donné. C’est pourquoi je viens de prendre un avocat.
Pour le moment, mon ex-employeur me propose une indemnité totale de 40 000 DH, hors solde de tout compte, alors que, si on s’en tient au Code du travail, j’ai droit à 65 000 DH, selon mon conseiller.»

Ahmed Soudari
Directeur commercial
«Méfiez-vous de vos propres écrits. Gardez ceux de la société»
«J’ai travaillé un an et demi en tant que cadre supérieur dans une société industrielle. Un jour, alors que nous étions en réunion avec le DG, j’ai contesté une décision qui me paraissait préjudiciable pour notre business. Je croyais qu’on allait en rester là. Trois jours plus tard, le DG me convoque et m’annonce sans autre forme de procès que je suis licencié. Je n’ai eu ni lettre de licenciement, ni même une attestation de travail. J’ai signé un solde de tout compte pour deux mois de salaire.
Je me suis donc adressé à la justice. Heureusement, j’avais gardé d’anciennes attestations de travail ainsi que des ordres de mission qui m’ont été remis à l’occasion de voyages à l’étranger. Cela a au moins permis d’établir la preuve que je travaillais au sein de ladite société. Mais la partie n’était pas gagnée pour autant. La société a produit une lettre de démission, signée par moi, qui datait de 9 mois. Effectivement, j’avais donné ma démission quelques mois après avoir intégré la société, estimant que les conditions de travail n’étaient pas adéquates. C’est le DG qui m’avait fait changer d’avis, m’endormant par des promesses, et je suis revenu sur ma décision. Mais la société avait gardé mon écrit.
Or la loi, du moins les textes en vigueur avant le nouveau Code du travail, stipule bien que, primo, un licenciement qui ne respecte pas la forme (lettre de licenciement, notamment) est considéré comme abusif et, secundo, que l’employé dispose d’un mois pour revenir sur sa démission. Donc, je n’étais pas démissionnaire mais bel et bien licencié de manière abusive.
Malheureusement, le juge n’a pas tenu compte de tout cela et a donné raison à la société. Bien entendu, tenant compte du fait que j’ai travaillé seulement 18 mois, deux mois de salaire représentent une indemnité correcte. Mais, pour le principe, il aurait fallu que le juge se prononce pour un licenciement abusif.»