Comment tirer son épingle du jeu dans une entreprise en difficulté

Crises, difficultés organisationnelles, conflits sociaux, restructurations…, aucune entreprise n’est à  l’abri des problèmes.
Pour ne pas compromettre sa carrière, il est impératif d’analyser très vite la situation pour prendre la décision qui s’impose.
Refuser de s’embarquer dans un clan en cas de divergences de vues au sein du management.

Indépendamment de la conjoncture économique, les entreprises sont souvent exposées à des crises plus ou moins profondes. Conflit social, crise d’endettement, perte de parts de marché sans oublier les changements fréquents de stratégie, les réorganisations et autres restructurations, les problèmes ne manquent pas. A terme, les conséquences peuvent être néfastes pour le moral du personnel.

Perturbée dans son travail, Hakima B., assistante de direction dans une entreprise de services, avoue ne plus tenir le coup. Elle fait partie des nombreux salariés victimes d’objectifs irréalisables, de l’acharnement de leurs supérieurs, des peaux de banane entre collègues, des fraudes et autres contournements du droit du travail. «Entre un patron qui fait des siennes et une organisation qui tourne au fiasco, j’ai fini par contracter un ulcère. Depuis, je me fais suivre par un spécialiste», souligne-t-elle. Les exemples ne manquent pas.

Que l’on soit cadre ou simple employé, tout le monde peut être pris dans la tempête. Lorsque l’entreprise vit des problèmes de management, ce sont souvent les hauts cadres qui en subissent les conséquences. Quand les problèmes sont d’ordre économique, ce sont plutôt les employés qui en font les frais. Au final, le résultat est le même : sentiment de démotivation, crainte de perdre son emploi, stress permanent, multiplication des conflits sociaux et/ou individuels… Certes, il est difficile de vivre une crise, mais il est recommandé de ne jamais réagir dans la précipitation.

Les crises sont beaucoup plus difficiles à vivre lorsque les salariés n’ont pas de visibilité
Ahmed K., courtier d’assurances et ex-haut cadre dans une compagnie travaillant dans ce secteur, explique qu’il lui a fallu tenir bon pour ne pas subir les effets d’une réorganisation, mais surtout pour ne pas lâcher ses collaborateurs. Budget réduit d’un tiers, équipe divisée par deux, un management cultivant de plus en plus l’opacité… Il s’était retrouvé entre le marteau et l’enclume. «Du fait que la société ne voulait plus mettre les moyens, je n’avais pas le choix.

Je devais me séparer de certains de mes collaborateurs et mettre les autres sur les rails en leur expliquant que le challenge en valait la peine. Ils étaient prêts à suivre, à condition d’être rassurés sur leur avenir». Ahmed K. a tenu bon pendant plusieurs mois avant de se résoudre à quitter le navire. Il a au moins eu le mérite de maintenir une certaine sérénité dans son équipe. En effet, quand on en gère une, la situation est souvent délicate. Un manager qui n’a pas la possibilité d’informer ses collaborateurs, et donc de les rassurer en cas de problème, finit par perdre de sa crédibilité.

Mais tout le monde n’a pas cette patience. Le réflexe de survie pousse beaucoup à partir – surtout s’ils sont sûrs de retrouver rapidement un job – dès les premiers signaux de crise.

Pour Hassan Chraïbi, consultant associé au cabinet Ingéa, «les crises sont beaucoup plus difficiles à vivre lorsque les salariés n’ont pas de visibilité sur leur avenir». Il est vrai que l’entreprise doit informer, expliquer et rassurer, au besoin, si le problème vient d’elle-même. Mais rien n’empêche un employé de prendre les devants pour s’enquérir de la situation s’il sent que sa carrière est menacée.

Mohammed Emtil, auditeur social et directeur associé du cabinet Espace RH, explique : «Quand le salarié vit des moments difficiles, surtout s’il se sent victime d’iniquité, il doit avoir le courage de demander des explications au management». Le fait d’aller chercher l’information auprès de la direction, si l’entreprise ne communique pas, est une attitude positive et constructive. D’une part, cela permet de faire taire les éventuelles rumeurs sur son propre sort.

D’autre part, on montre ainsi sa volonté de trouver une solution. On doit toutefois se garder de tout misérabilisme. C’est-à-dire de pleurer sur son sort ou de quémander des passe-droits auprès de la direction. En effet, «mieux vaut aller voir sous d’autres cieux dès lors que l’on se sent indésirable».

Si le problème est d’origine externe et touche toute l’entreprise, autrement dit s’il est indépendant de la volonté des dirigeants, le meilleur moyen de survivre est de montrer que l’on peut adhérer à un plan de crise. Comment ? En affichant sa disponibilité à travailler avec moins de moyens. En clair, il faut se positionner parmi ceux sur lesquels l’entreprise pourra compter pour se tirer d’affaire. Néanmoins, M. Chraïbi tient à rappeler que les cadres ont souvent peur que leur image soit associée à celle de leur entreprise quand celle-ci perd sa notoriété. Il est inutile de rappeler, à ce propos, que suite à l’affaire Enron, aux Etats-Unis, beaucoup de consultants de l’ex-cabinet Arthur Anderson ont eu du mal à se recaser ailleurs. Et, lors des entretiens d’embauche, l’entreprise ou le cabinet qu’elle a mandaté n’hésitent pas, pour les postes importants, à fouiller dans le passé du candidat.

Ne pas laisser pourrir la situation
Si les difficultés sont causées par des divergences de vues au sein du management, la stratégie à suivre est tout autre. Surtout, il faut éviter d’afficher des affinités avec l’une ou l’autre des parties en conflit et ne pas se laisser embarquer dans les clans qui pourraient se former. Souvent, les plaies sont difficiles à refermer et gare au retour de bâton si l’on a été du côté des perdants.

Quoi qu’il en soit, à un certain moment, quand on sent qu’il n’est plus possible de s’épanouir, ou lorsque la solution proposée ne convient pas, il faut aller voir ailleurs. A ce niveau, chaque salarié, le cadre à plus forte raison, détient les clés de son destin.

Le meilleur moyen est de chercher en permanence à développer son employabilité. En effet, une entreprise ne lâche jamais ses meilleures compétences qui, c’est logique, sont convoitées par la concurrence. Un conseil : si l’on est décidé à partir, ne pas faire le dos rond trop longtemps en attendant que l’orage passe. Le pire peut arriver si on laisse pourrir la situation.