Comment les écoles publiques d’ingénieurs font leur mue : Entretien avec Driss Bouami, Directeur de l’Ecole Mohammadia EMI

L’Ecole Mohammadia se fixe pour objectif de former 500 ingénieurs par an.

L’une des écoles d’ingénieurs les plus presigieuses au Maroc, l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI), a connu une réforme radicale qui a touché l’ensemble de ses programmes pédagogiques. Driss Bouami, directeur de l’école, fait le point.

Beaucoup d’écoles d’ingénieurs marocaines ont entamé une mue depuis quelques années pour répondre aux besoins du marché de l’emploi. Qu’en est-il de l’EMI  ?
Effectivement, depuis 2007, l’école a connu une réforme radicale qui a touché l’ensemble de ses programmes pédagogiques. Nous gardons une dimension scientifique qui a toujours fait la notoriété de l’école mais nous avons intégré en parallèle une dimension managériale qui manquait à nos étudiants et lauréats. Nous avons donc renforcé nos filières de base par des modules qui touchent aussi bien la gestion d’entreprise, le management, le marketing, la gestion des ressources humaines…Nous avons également introduit une composante pédagogique basée sur la réalisation de projets. Ainsi, durant les trois années de formation, les étudiants auront la possibilité de réaliser huit projets professionnels en plus du projet final en fin d’études. Il s’agit des études de cas qui auront pour objectif de développer des aptitudes d’auto-apprentissage chez les élèves. Cela développe chez eux une capacité d’autonomie mais aussi de travail d’équipe.

Vous êtes l’une des rares écoles qui dispensent une formation militaire. Pourquoi ?
Tout à fait. La formation militaire existe depuis 1982 et elle concerne tous les étudiants de l’école. Elle est dispensée à raison de deux semaines par trimestre et a pour objectif de développer chez les étudiants le sens de l’honneur, du devoir et de la discipline, mais aussi de les préparer à la fonction d’officiers de réserve.

Quelles sont les filières les plus sollicitées par les étudiants ?
Comme nous sommes une école polytechnique, nous avons huit filières, à savoir le génie civil, le génie industriel, le génie mécanique, le génie des procédés, le génie minéral, le génie informatique, le génie électrique et enfin la modélisation et informatique scientifique. L’école offre une vingtaine d’options réparties entre ces filières. Il faut rappeler que la moitié des modules est commune à tous les étudiants, quelle que soit la filière. De ce fait, l’ingénieur sera généraliste et disposera d’une grande capacité de mobilité et d’adaptation à différents domaines d’activité . Pour les filières les plus sollicitées, la demande dépend surtout du marché de l’emploi. Aujourd’hui, le génie civil, industriel et mécanique présentent beaucoup d’intérêts pour les étudiants vu l’essor économique que connaît le pays aussi bien dans l’industrie que les BTP. Mais la filière informatique ainsi que la spécialité télécoms ne sont pas en reste.

Combien de lauréats chaque année de l’école ?
La capacité d’accueil de l’école a nettement augmenté ces dernières années. Actuellement, nous sommes à des promotions de 450 lauréats alors que nous en avions 280. A terme, nous avons pour objectif de former 500 étudiants par an. D’un autre côté, nous sommes actuellement à une capacité de 480 places offertes dont 460 sont réservées aux élèves des classes préparatoires. Seulement 20 élèves sont issus des admissions parallèles. Ils sont souvent détenteurs d’un Bac+2 ou d’une licence. L’acceptation se fait sur étude de dossier et entretien.

Justement, on voit que les écoles admettent de plus en plus ce genre de profils, pourquoi ?
Il est vrai que certains étudiants choisissent en effet la voie des admissions parallèles pour intégrer une école d’ingénieurs, surtout pour acquérir une formation prisée sur le marché de l’emploi. Mais, il faut dire tout de même que la plupart des places offertes reste dédiée aux élèves des classes préparatoires. Il serait injuste de les priver de ces écoles d’ingénieurs.

Quel est le taux d’insertion?
Il est de 100 %. La notoriété de l’école y est pour quelque chose mais aussi parce que notre pays et le marché de l’emploi ont de plus en plus besoin d’ingénieurs.

Y a-t-il des secteurs d’activité qui sollicitent vos lauréats plus que d’autres ?
A vrai dire, tous les secteurs sont intéressés par les ingénieurs mais nous remarquons que depuis quelques années l’industrie avec toutes ses branches (agroalimentaire, chimie, mécanique…) reste le plus gros recruteur. On peut ajouter également les services, notamment les banques et assurances, mais aussi les bureaux de conseil qui s’intéressent de plus en plus aux profils d’ingénieurs. L’arrivée d’ingénieurs dotés d’une double compétence a quelque peu favorisé leur essor. Des profils combinant école d’ingénieurs et master de finance ont ainsi retenu l’attention des banques ou des divisions financières des entreprises. Elles sont à la recherche de collaborateurs alliant l’esprit scientifique d’un ingénieur et l’ouverture sur le monde économique offerte par un diplôme financier.