Comment ils ont concilié formation et boulot

Zakaria A.
Cadre financier
«Au bureau, je me concentre sur l’essentiel pour dégager du temps pour réviser mes cours le soir»
«Actuellement, je suis à ma deuxième année du cycle supérieur de gestion de l’Iscae, une formation de renommée internationale. Depuis une année déjà mes semaines sont chronométrées : quatre séances de trois heures par semaine, un week-end par mois bloqué sans compter les cours de rattrapage ou d’autres rendez-vous de travail en groupe. Au total, plus de 18 mois de cours intensément noyés de travaux et de devoirs personnels, soit deux heures en moyenne par jour. La solution? Au bureau, je me concentre sur l’essentiel. Au lieu de bosser à 100%, j’ai réorganisé mes tâches pour ne tourner qu’à 80%. Et donc, je gère mieux mon temps de travail pour dégager du temps pour réviser. Aussi, je délègue autant que faire se peut du travail. Si tout va bien sur le plan professionnel, il n’en est rien sur le plan privé. Pour le moment, les sorties familiales, voyages, dîners et bien d’autres activités sont en stand-by. Les seuls moments de répit ? Les jours fériés et autres congés.»

Mohamed Zahidi
Analyste financier
«Il faut associer sa hiérarchie dans le processus pour ne pas subir de contraintes»
«J’ai accepté de renouer avec la formation il y a plus de deux ans pour deux raisons principales. D’abord par ambition. Comme toute personne qui pense à son développement personnel, j’ai pensé le faire pour pouvoir faciliter davantage mon employabilité. Je l’ai fait aussi par challenge personnel. J’ai opté pour un Executive MBA de l’Université de Sherbrooke à l’Esig (Ecole supérieure internationale de gestion) : un programme assez chargé qui dure 18 mois. La qualité du programme et des intervenants y est également pour beaucoup. Et donc, accepter d’étudier chaque soir de 19 heures à 23 heures, même plus, sans compter le samedi, il fallait plus que du courage mais de la volonté. Je parcourais chaque jour une quinzaine de kilomètres du bureau au centre de formation, basé à Sidi Maarouf.
Pour ne pas me laisser envahir par la charge de travail, je dégageais du temps pour réviser quotidiennement mes cours. Il faut dire aussi que cette formation m’a beaucoup aidé sur le plan professionnel. Cela m’a permis de mettre en pratique des concepts appris en cours. Tout est donc question d’organisation.
Je pense aussi que pour réussir un tel challenge, il faut d’abord associer sa hiérarchie dans le processus. Si elle n’est pas informée de votre démarche ou pas impliquée, elle peut à tout moment casser votre organisation. Il fallait donc trouver un compromis pour pouvoir s’organiser durant la journée ou même le soir.
Le plus dur dans l’affaire ? L’incompréhension de mon entourage familial. Beaucoup me reprochaient mes absences fréquentes alors que je me sacrifiais pour avancer dans mes études. Ceci dit, je ne regrette rien.»

Amina Rahal
Directeur financier dans une PME
«Sans le soutien des proches collaborateurs, j’aurais succombé à la surcharge de travail»
«J’ai obtenu mon MBA option finance il y a plus de trois ans. C’était pour moi le meilleur tremplin pour progresser rapidement dans la vie professionnelle. Mais pour cela, il y avait un prix à payer. Ce n’était pas évident de mener une double vie de cadre et d’étudiante. J’avais également une autre difficulté de taille à gérer : la réticence de mon patron. Vu qu’il ne pouvait prendre en charge totalement ou en partie ma formation (plus de 100 000 DH pour les deux ans), il s’amusait même à défalquer mes absences de mon congé. Dans mon cas, la formation était étalée sur 24 mois avec des semaines bloquées. Il faut souligner aussi que cette formation en finances n’était pas reliée directement avec mon activité à savoir le marketing. C’est ce qui perturbait davantage mon organisation. Heureusement, je pouvais compter sur certains collaborateurs. Car la grande difficulté est de pouvoir réorganiser ses priorités en plus de la surcharge de travail. J’ai surtout appris à hiérarchiser mes missions et à mieux gérer l’urgence. Les collègues de service ont bien accepté mes nouvelles contraintes et m’ont épaulé efficacement.»

Aziz Jallili
Chef de projet informatique
« Pendant une année, ma vie privée a tourné au ralenti»
«Après quelques années d’activité professionnelle, le désir de se former est toujours bénéfique pour un cadre. Mon choix s’est vite porté sur un cycle de ressources humaines de l’Institut des ressources humaines (IRH) à Casablanca. Je voulais sortir de mon statut purement technique et toucher d’autres domaines comme la stratégie RH, la communication, le management des organisations, les outils RH… Ceci dit, cette initiative purement personnelle a été mal appréhendée en interne : est-ce pour être promu en interne ? Demander une augmentation? Occuper le poste de quelqu’un d’autre ? Rebondir ailleurs ? Bref, certains collègues spéculaient sur tout.
Au niveau timing, je n’avais pas de problème d’organisation puisque les cours étaient dispensés le vendredi soir et toute la journée du samedi. Un programme bien cadré contrairement à d’autres cursus qui proposaient des modules par semaine. Le hic ? J’avais tous mes week-ends mobilisés. Je ne pouvais prévoir ni voyages ni sorties avec mon entourage familial.»

Mohamed Amrani
Cadre dirigeant
«Il faut oublier qu’on est cadre»
«Il faut savoir laisser son ego de côté, oublier qu’on est cadre dirigeant et être prêt à retourner sur les bancs d’école. Reprendre ses études demande des sacrifices, surtout sur le plan familial. D’ailleurs, la décision a été collégiale sur ce plan. Pour ma part, j’ai choisi un MBA pour deux raisons. La première étant que cette formation émane d’une école canadienne prestigieuse. Et donc, on s’enrichit de la qualité des animateurs étrangers. La deuxième est que tous les modules sont en français et par conséquent le message passe plus facilement.Toutefois, on doit bien s’organiser pour être toujours au top du fait que les travaux à rendre viennent se greffer à votre travail quotidien. Heureusement que l’internet facilite les choses et qu’entre partenaires de groupe de travail, on peut se répartir les tâches.»

Avis d’expert
«Certains profitent de leurs congés ou des jours de récupération pour se former»

«Généralement, les formations se font pendant les jours de travail, les week-ends ou jours fériés. Le problème ne se pose pas quand l’initiative émane de l’entreprise et concerne les formations techniques ou pratiques à caractère opérationnel. En général, les employés s’organisent avec leur hiérarchie pour mettre en place le planning idoine. Cela n’empêche pas le rendement ou la productivité des employés même en cas d’absence. Au contraire, l’impact de ces jours formations peut être rapidement rentabilisé.

Quand il s’agit de formation longue durée et à l’initiative de l’intéressé, là aussi, il y a un consensus entre la hiérarchie et le concerné du moment que les absences n’entravent pas la marche du service. Il est parfois important d’exiger la présence de certains collaborateurs qui ont en charge un projet important alors qu’ils ont une formation en cours. Cela se passe au cas par cas et tout dépend donc de la surcharge de travail en interne. Ceci dit, certaines solutions existent toujours.

Souvent, certains vont profiter des congés ou des jours de récupération pour aller se former»

Mohammed Benouarrek DRH dans une multinationale