Comment exploiter le potentiel d’un collaborateur anticonformiste

Au Maroc, le premier souci d’un patron est de s’entourer de personnes qui ont les mêmes références que lui.
Rà¢leur, baratineur, hippie…, un anticonformiste peut être utile à  l’équipe.

Quels que soient les personnalités et les modes de fonctionnement individuels, le souci majeur pour un manager est d’avoir une équipe performante.

Le manager hippie, le milliardaire rebelle, l’aventurier casse- cou…, autant d’ima-ges pour personnaliser le plus célèbre des patrons anticonformistes, Sir Richard Branson, propriétaire de Virgin. Depuis Virgin Records, sa première affaire montée à l’âge de vingt-trois ans, le plus médiatisé des patrons a monté un groupe avec des activités aussi variées que la fourniture d’accès internet, le transport aérien, la fabrication de soda ou l’organisation de voyages dans l’espace, avec Virgin Galactic.
Patron excentrique, il est connu pour son esprit aventurier et extravagant : il a été le premier homme à traverser l’Atlantique en montgolfière, pour faire la promotion d’une de ses filiales de mode, il n’a ainsi pas hésité à s’habiller lui-même en robe de mariée et les exemples sont nombreux. Le milliardaire est anticonformiste jusque dans son mode de management : peu préoccupé par la gestion financière, il promeut un esprit festif parmi ses salariés et veut que chacun vienne travailler par plaisir et non par obligation.
Et ce n’est pas un hasard si des entreprises comme Virgin mais aussi Microsoft, Apple et bien d’autres sont arrivées en quelques années à devenir des entreprises modèles en matière de management. Et le plus souvent, l’histoire de ces entreprises est liée à leur patron anticonformiste. Selon Mohssine Benzakour, enseignant chercheur et psychosociologue, «ces personnes savent prendre des décisions qui vont à l’encontre de ce qui se fait. Ils ont un grand souci de leur indépendance» .
Dans le genre, Dov Charney, homme d’affaires canadien expatrié à Los Angeles, est connu pour ses frasques. En 1997, il crée American Apparel, entreprise de textile, qui deviendra très vite un grand succès marketing. Le PDG préfère choquer le bien-pensant en exhibant son look de hippie déguingandé – moustache, torse velu et lunettes tendance acteur ringard des années 1970- à la une des magazines économiques. Bien plus, pour ses campagnes de pub, il est toujours prêt à s’exhiber nu avec ses collaboratrices tout en affichant un discours responsable dans son entreprise. Il n’a pas à se plaindre de son pari : l’entreprise se porte bien.
Au Maroc, il est difficile d’imaginer de tels profils où les dirigeants anticonformistes se comptent sur les doigts.  «Le premier réflexe d’un patron, c’est de recruter des personnes qui ont les mêmes références que lui» , note Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprise. Et d’ajouter : «Les managers ont toujours besoin de jouer cette image de décideur, de leader incontournable, de père. Donc pas de place pour les anticonformistes et autres rebelles».
Pour sa part, Omar Kindi, coach certifié et DG du cabinet Ek Developpement, ajoute que «les dirigeants prêtent rarement l’attention à des personnes atypiques au sein de leur entreprise. Elles sont souvent rejetées».

Gérer ces personnes atypiques ne relève pas de l’impossible
Pourtant, gérer ces personnes atypiques qui se moquent du politiquement correct ne relève pas de l’impossible. Mohssine Benzakour considère que «l’anti-conformiste renvoie souvent à l’idée d’un contestataire, révolutionnaire», alors que pour bon nombre de spécialistes du comportement humain, sociologues, psychologues ou experts en management, la diversité est une source de performance. Stigmatiser dès le départ la nature d’une personne revient à passer ses qualités intrinsèques par pertes et profits. Libérer les initiatives, c’est d’abord respecter les particularismes. Prenons le cas du baratineur. On le reconnaît souvent  pour son langage facile. Malin, il prend facilement la parole en public. Ainsi, tout le monde le voit très actif, alors que, le reste du temps, il peut être moins performant. Bon communicateur, il est souvent apprécié pour ses qualités humaines. C’est pourquoi il peut être très utile dans des fonctions stratégiques : commercial, relations publiques, chargé des relations avec les syndicats…
Le râleur, souvent reconnu pour son éternelle insatisfaction, n’est jamais facile à vivre. Il peut semer la zizanie rien qu’en disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Son atout est pourtant qu’il sait effectivement donner le la. C’est pourquoi il est souvent bon pour diriger une équipe, histoire de la mettre constamment sous pression.

Fonctionnement collectif et définition individuelle des rôles sont les fondements d’une équipe

L’anticonformisme n’est pas seulement dans les idées mais aussi dans l’apparence physique. «Rien ne sert de faire plier un rasta à respecter un code vestimentaire si on voit qu’il est compétent dans son domaine», souligne M. Kindi.«Le rôle du manager est d’abord et avant tout de mobiliser le groupe autour d’enjeux communs», note le sociologue d’entreprise. Cela revient à fixer des objectifs clairs et mesurables autant que possible, mieux encore, de faire en sorte que son équipe se les approprie.
Autre point important : la définition des rôles de chaque membre dans l’équipe. S’ils ne sont pas clairement définis au départ et reformulés au fur et à mesure, cela peut entraîner des confusions et des conflits, jusqu’à remettre en cause la survie de l’équipe.
Ces deux points constituent, si l’on veut schématiser, les premiers fondements de l’équipe : fonctionnement collectif et définition individuelle des rôles.
Pour un manager, cela consiste à identifier, accepter et valoriser les atouts des collaborateurs pour tendre vers une meilleure adéquation profil/poste, prévenir et dénouer les conflits, améliorer le fonctionnement d’une équipe en la rendant plus soudée et cohérente…
Quand une personne qui fait fi des codes en vigueur est efficace et ne perturbe pas le fonctionnement de l’entreprise, on peut s’en accommoder.
«Quelles que soient les personnalités et les modes de fonctionnement individuel, le souci majeur pour un manager est d’avoir une équipe performante» , commente M. Al Motamassik.